UFC 322 : Le sacre qui consacre une légende
Le 15 novembre 2024, le Madison Square Garden de New York a vibré sous les cris de **"Makhachev ! Makhachev !"** alors qu’Islam, surnommé "The Eagle", s’agenouillait après un combat maîtrisé de bout en bout contre son adversaire. En s’emparant de la ceinture des **poids mi-moyens** (jusqu’à 77 kg), le Dagestanais devenait officiellement le sixième double champion simultané de l’histoire de l’UFC – un club ultra-restreint où figurent des noms comme Conor McGregor, Daniel Cormier ou Amanda Nunes. Mais contrairement à ses prédécesseurs, Makhachev a accompli cet exploit sans jamais perdre son titre de poids légers (70 kg), qu’il détient depuis octobre 2022.
Ce soir-là, face à un adversaire pourtant redoutable, Makhachev a déployé son grappling étouffant et ses projections de sambo, signature de son style. **"Je savais qu’il allait essayer de me frapper fort au début, a-t-il expliqué en conférence de presse. Mais une fois au sol, c’était fini."** Les statistiques parlent d’elles-mêmes : 12 tentatives de soumission en 5 rounds, un contrôle au sol de 8 minutes sur 10, et une victoire par étranglement en triangle au 4ᵉ round. Dana White, président de l’UFC, n’a pas hésité à qualifier cette performance de **"chef-d’œuvre technique"**.
"J’ai attendu trop longtemps" : la confession qui surprend
De retour dans son village natal de Makhachkala, au Dagestan, Islam Makhachev a accordé une interview rare à la chaîne locale Dagestan 24. Entre deux sourires et des poignées de main avec des fans, il a lâché une phrase qui a fait le tour des réseaux : **"Je regrette de ne pas être passé en mi-moyens plus tôt. Peut-être en 2022, après ma défense de titre contre Oliveira."** Une déclaration qui contraste avec l’image d’un champion toujours sûr de ses choix.
Pour comprendre ce revirement, il faut remonter à ses débuts. **"Au début, mon objectif était juste d’entrer dans le top 15 de l’UFC, confie-t-il. Puis, en y arrivant, j’ai visé le top 10. Ensuite, le titre. À chaque étape, je me disais : ‘Attends encore un peu…’"** Une prudence qui s’explique par les risques physiques : **"Monter de catégorie, c’est affronter des mecs plus gros, plus forts. Il fallait que je sois à 100% sûr de mon niveau."** Son entraîneur, Javier Mendez (American Kickboxing Academy), abonde : **"Islam est un perfectionniste. Il ne voulait pas sauter le pas avant d’avoir tout maîtrisé en poids légers."**
Pourtant, les signes étaient là. Dès 2021, des analystes comme Joe Rogan soulignaient que son style **"étouffant"** conviendrait parfaitement aux mi-moyens, où les combats au sol sont moins fréquents. **"Il a le physique pour, et son sambo est une arme mortelle contre des strikeurs purs",** analysait Rogan dans son podcast. Makhachev, lui, préférait écouter son instinct… et son équipe.
Le secret de l’invincibilité : entre sambo et mental d’acier
Comment expliquer une telle domination ? La réponse tient en trois mots : sambo, discipline, mental. Dès l’âge de 10 ans, Islam Makhachev est initié au sambo, cet art martial russe mêlant judo et lutte, par son père. **"On s’entraînait dans un dojo sans chauffage, avec des tapis troués, se souvient-il. Mais c’est là que j’ai appris à souffrir."** Une rigueur qui paie : à 16 ans, il devient champion du monde junior de sambo.
Son passage au MMA, en 2010, est une évidence. **"Le sambo m’a donné une base incroyable pour le grappling, mais j’ai dû apprendre à frapper",** explique-t-il. Son alliance avec l’AKA (où il côtoie Khabib Nurmagomedov, son mentor) et des partenaires d’entraînement comme Daniel Cormier ou Luke Rockhold accélère sa progression. Résultat : un style **"hybride"** où il alterne entre projections violentes, étranglements et coups précis.
Mais c’est son mental qui impressionne le plus. **"Islam ne doute jamais, même quand il est mené au score",** révèle son coach. Preuve en est son combat contre Alexander Volkanovski en 2023 (UFC 294), où il a renversé la tendance en 3ᵉ round après avoir encaisse des coups puissants. **"La douleur, c’est temporaire. La défaite, c’est pour toujours",** répète-t-il souvent. Une philosophie qui explique pourquoi, malgré des adversaires toujours plus coriaces, il n’a pas perdu depuis 2015.
Et maintenant ? Vers un super-combat contre Leon Edwards ?
Avec deux ceintures autour de la taille, la question se pose : que reste-t-il à prouver pour Islam Makhachev ? Les rumeurs vont bon train. La plus persistante ? Un super-combat contre Leon Edwards, champion des poids mi-moyens avant lui et toujours invaincu dans cette catégorie. **"Ce serait le combat ultime, admet Makhachev. Deux champions, deux styles opposés… Mais il faut que ce soit au bon moment."**
Les bookmakers voient déjà ce duel comme **"le plus gros combat de l’histoire des mi-moyens"**, avec des cotes serrées (Makhachev favori à 1.75 contre 2.10 pour Edwards). **"Leon a un excellent jiu-jitsu et des coups dévastateurs, analyse le Dagestanais. Mais je sais comment neutraliser ça."** Dana White, lui, salive déjà : **"Ce combat pourrait battre tous les records d’audience. On parle de 3 millions de PPV !"**
D’autres options sont sur la table :
• Une trilogie contre Volkanovski (après deux victoires controversées).
• Un défi en poids welters (84 kg) pour affronter Kamaru Usman.
• Ou même… une retraite surprise. **"Je ne veux pas finir comme certains, qui s’accrochent trop longtemps",** glisse-t-il, énigmatique.
Une chose est sûre : à 33 ans, Makhachev est à l’apogée de sa carrière. **"Je veux laisser un héritage, pas juste des titres, conclut-il. Montrer aux jeunes du Dagestan que tout est possible."** Et si son plus grand combat était finalement contre lui-même – et ses propres limites ?
Derrière le champion : l’homme et ses paradoxes
Peu de gens le savent, mais Islam Makhachev est un passionné… de poésie. **"J’aime Lermontov, un poète russe du 19ᵉ siècle. Ses mots me rappellent le Dagestan : durs, mais beaux",** confie-t-il. Une facette qui contraste avec son image de **"machine à gagner"**. Autre surprise : il est père de trois enfants et avoue **"détester les voyages"** malgré son métier. **"Je préfère être à la maison, avec ma famille, à manger du khinkali (raviolis caucasiens) plutôt que d’être en hôtel à Las Vegas."**
Son rapport à la célébrité est tout aussi paradoxal. **"Je ne veux pas être une star, juste un combattant respecté",** assure-t-il. Pourtant, au Dagestan, il est une idole : des fresques murales à son effigie ornent les rues de Makhachkala, et des centaines de jeunes s’inscrivent chaque année au sambo grâce à lui. **"Islam a changé notre région, explique un entraîneur local. Avant, les gosses rêvaient de football. Maintenant, ils veulent être comme lui."**
Même ses rivaux le respectent. Dustin Poirier, qu’il a battu en 2022, déclare : **"C’est le guy le plus humble que j’aie jamais affronté. Il te casse en deux, puis te serre la main comme si de rien n’était."** Une humilité qui cache une détermination sans faille. **"Quand je monte dans la cage, je ne suis plus Islam. Je suis ‘The Eagle’. Et les aigles ne perdent pas."**
La question n’est plus de savoir s’il peut perdre, mais qui osera le défier. Et surtout : jusqu’où ira-t-il ? Une chose est sûre : le Dagestan, l’UFC, et le monde du MMA tout entier ont les yeux rivés sur lui. **La légende est en train de s’écrire.**

