Le 1er juin 2024, quand Islam Makhachev a franchi les portes de l'octogone pour l'UFC 322, quelque chose avait changé. Non pas son regard de prédateur, ni cette confiance tranquille qui le caractérise, mais un détail bien plus significatif : le chiffre "170" brodé sur sa ceinture. Après avoir dominé la division des poids légers comme peu avant lui, le Dagestanais s'attaquait à un nouveau défi, aussi audacieux qu'inédit dans l'histoire récente du MMA.
L'ascension inégalée d'un roi des 155 livres
Avec quatre défenses consécutives de son titre en poids légers - un record absolu - Makhachev a marqué son époque. De sa victoire écrasante contre Charles Oliveira en 2022 à son duel tactique face à Alexander Volkanovski en 2023, il a démontré une maîtrise technique et une intelligence de combat rares. "Je n'ai plus rien à prouver à 155 livres", confiait-il récemment. "J'ai battu tous les meilleurs, certains plusieurs fois. Maintenant, je veux de nouveaux défis."
Ce qui frappe chez Makhachev, c'est sa capacité à désamorcer les styles les plus dangereux. Contre les frappeurs comme Dustin Poirier, il a utilisé son grappling. Face aux grapplers comme Oliveira, il a dominé en striking. Cette polyvalence explique pourquoi les experts le considèrent comme le meilleur combattant livre pour livre depuis 2022.
Pourquoi les 170 livres ? La stratégie derrière le mouvement
Contrairement à d'autres champions qui montent de catégorie par nécessité (difficulté à faire le poids), Makhachev a fait ce choix par ambition pure. "Je veux être le premier à détenir deux ceintures simultanément dans deux catégories différentes", a-t-il déclaré lors du media day. Mais derrière cette déclaration se cache une stratégie bien plus fine :
- Éviter l'usure : À 32 ans, il préfère affronter des adversaires plus grands plutôt que de continuer à se priver pour les 155 livres
- Créer des super-combats : Les 170 livres offrent des noms plus médiatisés (Usman, Edwards, Covington)
- Legacy building : Devenir le premier double champion actif depuis Daniel Cormier en 2018
Son entraîneur Javier Mendez a révélé que cette décision mûrissait depuis 2023 : "Nous savions qu'après Volkanovski, il n'y avait plus de défis suffisants à 155. Islam a besoin de se sentir menacé pour donner le meilleur de lui-même."
Usman : l'adversaire idéal pour un combat historique
"Il est le plus grand nom des poids mi-moyens. Un combat contre lui serait parfait pour mon premier vrai test à 170 livres." Les mots de Makhachev résonnent comme une déclaration de guerre. Kamaru Usman, avec ses cinq défenses de titre et son règne de 1 500 jours, représente exactement le genre d'adversaire qui pourrait légitimer son arrivée dans la division.
Ce qui rend ce combat potentiel si excitant, c'est le contraste des styles :
- Usman : Striking explosif, pression constante, expérience inégalée à 170 livres
- Makhachev : Grappling élite, contrôle au sol, intelligence tactique
Usman lui-même semble enthousiaste : "Un combat entre deux anciens #1 mondiaux, ça ne s'est jamais vu. Ce serait historique pour le sport."
Topuria dans le viseur : le plan B qui fait trembler l'Europe
Si Makhachev a clairement Usman en ligne de mire, il a aussi évoqué un autre nom qui fait frémir les fans européens : Ilia Topuria. Le Géorgien, champion des poids plumes, a créé la sensation en 2023 en battant Volkanovski. "Topuria est très talentueux, mais il est encore jeune dans le game. Ce serait intéressant dans un an ou deux", tempère Makhachev.
Ce qui rend cette perspective fascinante, c'est que Topuria représente peut-être le futur là où Usman incarne le passé récent des 170 livres. Un combat entre les deux offrirait :
- Un duel de styles (Topuria plus explosif vs Makhachev plus technique)
- Un choc de générations (32 ans vs 27 ans)
- Une bataille pour la domination européenne dans le MMA
Les défis qui attendent Makhachev à 170 livres
Pourtant, tous les experts ne partagent pas cet enthousiasme. L'ancien champion Tyron Woodley met en garde : "Les mecs à 170 livres sont plus grands, plus forts, et ils frappent plus dur. Islam va devoir s'adapter rapidement."
Les principaux obstacles :
- La puissance de frappe : À 155, Makhachev encaisse peu. À 170, des frappeurs comme Edwards ou Covington pourraient le tester.
- L'endurance : Porter 15 livres de plus pendant 25 minutes n'est pas anodin.
- La hiérarchie établie : Leon Edwards, Colby Covington et Shavkat Rakhmonov ne vont pas lui offrir le titre facilement.
Ce que ce mouvement signifie pour le MMA
Au-delà du cas Makhachev, cette aventure pourrait redéfinir les frontières des catégories :
- Inspirer d'autres champions à tenter le double (comme Topuria à l'avenir)
- Créer de nouveaux super-combats entre divisions
- Rendre les ceintures plus "fluides" entre les catégories
Une chose est sûre : que Makhachev réussisse ou échoue, son aventure à 170 livres va changer la donne. Comme il le dit lui-même avec ce sourire énigmatique : "Je ne suis pas venu pour participer. Je suis venu pour dominer. Encore une fois."

