L’Ascension d’un Anti-Héros : Quand le MMA Rencontre le Showbiz
Imaginez un combattant qui fume des cigarettes en conférence de presse, assume ses nuits arrosées sur Instagram, et déclare sans sourciller que le MMA est « 50% talent, 50% spectacle ». Carlos Prates, 28 ans, incarne cette folie assumée. Originaire de Rio de Janeiro, ce striker de la Fighting Nerds a transformé ses « défauts » en atouts, créant un personnage aussi fascinant que déroutant. À l’heure où les athlètes sont formatés pour plaire aux sponsors, Prates joue les trouble-fêtes – et ça marche. Son secret ? Une authenticité brutale qui rappelle l’époque où le MMA était encore un sport de marginaux, avant l’ère des contrats mirifiques et des discours politiquement corrects.
Son approche n’est pas sans rappeler celle de Jorge Masvidal dans ses débuts, ou même d’un Nick Diaz en moins philosophique. Mais là où Diaz misait sur la provocation verbale, Prates, lui, laisse son style de vie parler pour lui. « Je ne suis pas un moine. Je vis comme je combat : sans filtre », déclarait-il lors d’une interview pour MMA Junkie. Un positionnement qui lui vaut une base de fans ultra-engagée, prête à le suivre même dans les défaites – à condition qu’elles soient spectaculaires.
UFC 322 : Le Combat qui Peut Tout Changer (ou Tout Casser)
Le 3 août 2024, lors du UFC 322 à Las Vegas, Prates affronte Leon Edwards, l’actuel champion des poids mi-moyens. Un défi colossal : Edwards, technicien redoutable et gestionnaire de combat hors pair, représente tout ce que Prates n’est pas. Là où le Brésilien mise sur l’explosivité et les coups de poing dévastateurs (son taux de KO s’élève à 65% en 15 combats), le Britannique excelle dans la précision et l’endurance. Pour les bookmakers, Prates part outsider – mais c’est justement dans ces configurations qu’il brille.
Son plan ? Un KO dans les deux premiers rounds. « Leon est un grand champion, mais il n’a jamais affronté quelqu’un comme moi. Quelqu’un qui n’a pas peur de perdre, parce que je sais que le public retient les gars qui osent », a-t-il lancé lors de l’UFC Media Day. Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer : une victoire éclatante propulserait Prates dans le top 3 de la division, avec en ligne de mire un combat de titre d’ici 2025. À condition de ne pas se faire piéger par la défense légendaire d’Edwards, capable d’étouffer les assauts les plus féroces.
Fun fact : Prates a étudié les combats d’Edwards contre Kamaru Usman (notamment leur trilogie) et en a tiré une conclusion surprenante : « Leon gagne toujours aux points, mais il n’a jamais affronté un striker qui le pousse à reculer. Ce sera mon job. » Une analyse osée, mais qui montre sa confiance en son jeu de jambes et sa puissance de frappe.
Le Paradoxe Prates : Quand les Vices Deiennent des Vertus
Dans un sport où la discipline est reine, Prates assume ses écarts avec une désinvolture déconcertante. Cigarettes avant les entraînements ? « Ça me détend. » Sorties nocturnes à deux semaines d’un combat ? « J’ai besoin de décompresser. » Des déclarations qui feraient hurler les nutritionnistes, mais qui, étrangement, renforcent son aura. « Les fans en ont marre des robots. Ils veulent des vrais mecs, avec des défauts », explique Chael Sonnen, commentateur et ancien combattant, lors d’un podcast.
Pourtant, derrière l’image du « bad boy » se cache un athlète méticuleux. Prates travaille son explosivité avec Rafael Cordeiro (l’entraîneur de champions comme Anderson Silva), et son jeu de jambes a été peaufiné par des sessions avec d’anciens danseurs de capoeira. « Je ne suis pas stupide. Je sais que je dois compenser mes excès par un travail acharné », confie-t-il. Un équilibre précaire, mais qui, pour l’instant, fonctionne : ses trois dernières victoires se sont soldées par des KO en moins de 90 secondes.
Le revers de la médaille ? Certains experts, comme Daniel Cormier, mettent en garde : « À long terme, ce style de vie te rattrape. Regarde ce qui est arrivé à Diego Sanchez : le talent ne suffit pas si tu ne respectes pas ton corps. » Un avertissement que Prates balaye d’un revers de main : « Je vis dans le présent. Si je meurs à 40 ans, au moins j’aurai vécu. »
La Division des Poids Mi-Moyens : Un Terrain de Jeu (Très) Miné
Même avec une victoire contre Edwards, Prates devra composer avec une concurrence féroce. Sean Brady (invaincu et technicien redoutable), Belal Muhammad (un grappler implacable), ou encore Shavkat Rakhmonov (le prodige kazakh) attendent leur heure. Sans oublier Khamzat Chimaev, dont le retour est annoncé pour fin 2024. Dans ce contexte, Prates mise sur un atout imparable : son pouvoir de starification.
« Le UFC a besoin de personnages comme lui », analyse Ariel Helwani, journaliste spécialisé. « Dana White adore les gars qui vendent des PPV. Si Prates bat Edwards de manière spectaculaire, il deviendra une priorité, peu importe les autres prétendants. » Une réalité confirmée par les chiffres : ses combats génèrent déjà 20% de vues en plus sur UFC Fight Pass par rapport à la moyenne de la division. Preuve que son pari – le spectacle avant tout – pourrait bien être gagnant.
Reste une question : jusqu’où peut-on aller en misant sur l’audace pure ? Nate Diaz a prouvé qu’on pouvait construire une carrière sur le charisme, mais jamais atteindre le sommet sans une rigueur minimale. Prates, lui, semble déterminé à réécrire les règles. « Je ne veux pas être champion pendant 10 ans. Je veux être le mec dont on se souvient dans 20 ans », déclare-t-il. Un objectif ambitieux, qui passe d’abord par un KO contre Edwards.
Derrière le Show : La Méthode (Secrète) de Prates
Si Prates cultive l’image de l’éternel fêtard, ses entraîneurs révèlent une toute autre réalité. À Kings MMA en Californie, où il s’entraîne depuis 2023, son emploi du temps est ultra-structuré : séances de strike à 6h du matin, sparring avec des partenaires comme Joanna Jędrzejczyk (pour travailler les angles), et analyse vidéo jusqu’à minuit. « Carlos est un génie du timing. Il sait exactement quand frapper et quand reculer », explique son coach en striking.
Son arme secrète ? Une préparation mentale hors norme. Prates travaille avec un psychologue sportif qui l’aide à canaliser son agressivité. « Je ne veux pas être en colère dans la cage. Je veux être heureux, comme un gamin qui joue. C’est comme ça que je frappe le plus fort », confie-t-il. Une approche qui rappelle celle de Israel Adesanya, mais en version plus chaotique.
Autre détail surprenant : Prates étudie… la comédie. Il prend des cours d’improvisation pour mieux gérer les conférences de presse et les interviews. « Je veux que les gens rient, qu’ils soient émus, qu’ils me détestent ou qu’ils m’adorent. Mais je ne veux pas qu’ils m’oublient », déclare-t-il. Une stratégie qui paie : ses face-offs avec Edwards ont généré plus de 5 millions de vues sur YouTube, un record pour un combat de poids mi-moyens.
Et Si Tout Dérapait ? Le Scénario Catastrophe
Bien sûr, le rêve de Prates pourrait virer au cauchemar. Une défaite par soumission contre Edwards, et son image de « bad boy invincible » s’effriterait. Pire : si son style de vie finit par affecter ses performances (blessures à répétition, baisse d’endurance), le UFC pourrait le reléguer aux prelims, là où les combats sont moins médiatisés.
« Carlos joue avec le feu », prévient Joe Rogan. « Dans ce sport, tu ne peux pas tricher indéfiniment. Un jour, ton corps te rappelle à l’ordre. » Prates le sait, mais assume : « Je préfère brûler vite et fort que de m’éteindre lentement comme une bougie. » Une philosophie qui force le respect, même chez ses détracteurs.
Pour l’instant, les paris sont ouverts. Les bookmakers donnent Edwards favori à 65%, mais Prates a déjà prouvé qu’il adorait défier les pronostics. Une chose est sûre : que ce soit par un KO historique ou une défaite mémorable, le UFC 322 marquera un tournant dans sa carrière. Et dans l’histoire du MMA, où les showmen comme lui sont de plus en plus rares.

