La naissance d'un phénomène internet
Le 1er juin 2024, lors de l'UFC 322, une scène insolite a captivé les fans du monde entier. Alors que Leon Edwards, l'ancien champion des poids mi-moyens, enchaînait les coups depuis une position dominante, Carlos Prates est resté d'un calme olympien. Son visage presque indifférent, entre résignation et sérénité, a immédiatement déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. En quelques heures, des milliers de montages ont fleuri sur Twitter, Instagram et TikTok, transformant cette expression en l'un des mèmes les plus partagés de l'année dans l'univers du MMA.
Ce qui frappe dans cette séquence, c'est le contraste saisissant entre la violence habituelle de l'octogone et l'attitude décontractée du Brésilien. Là où la plupart des combattants affichent une intensité extrême, Prates semblait presque s'ennuyer. Une attitude qui a immédiatement séduit les fans, habitués aux visages déformés par l'effort et la souffrance. Comme l'a noté le commentateur Joe Rogan pendant le combat : "On dirait qu'il attend le bus plutôt que de subir les coups d'un ancien champion !"
"J'ai déjà connu bien pire à l'entraînement"
Interrogé en conférence de presse après sa victoire, Prates a levé le voile sur les raisons de son calme apparent : "Je m'entraîne régulièrement avec Caio Borralho, qui est une véritable machine en grappling. Quand Leon était sur mon dos, je savais qu'il n'avait pas le même niveau technique. J'ai déjà connu bien pire à l'entraînement."
Cette déclaration a surpris les observateurs, habitués à voir les combattants minimiser les qualités de leurs adversaires. Ici, Prates ne sous-estime pas Edwards, mais place simplement la barre plus haut en citant son partenaire d'entraînement. Une confiance qui s'est avérée justifiée lorsque le Brésilien a infligé un KO spectaculaire au deuxième round, envoyant Edwards au tapis avec une série de coups précis.
L'analyse technique confirme d'ailleurs cette assurance : selon les statistiques de l'UFC, Prates a bloqué 72% des frappes de Edwards dans cette position, un taux exceptionnellement élevé pour un combattant en position inférieure. Son coach, Rafael Cordeiro, a d'ailleurs révélé : "Carlos a un QI de combat incroyable. Il sait exactement quand économiser son énergie et quand exploser."
L'anti-héros qui bouscule les codes du MMA
Ce qui fascine dans la personnalité de Prates, c'est son refus catégorique de jouer un rôle. Dans un univers où les combattants cultivent souvent une image de guerriers invincibles, le Brésilien assume sans complexe son amour pour les soirées, la musique électro et un mode de vie festif. "Je suis là pour divertir, pas pour faire semblant d'être un moine", confie-t-il régulièrement, une philosophie qui tranche avec l'austérité de certains de ses collègues.
Cette authenticité se retrouve même dans sa préparation physique. Là où la plupart des athlètes de haut niveau suivent des régimes draconiens, Prates a déjà avoué manger des burgers la veille des pesées, tout en réussissant à faire le poids. Une approche qui horrifie les nutritionnistes mais enchante les fans, qui y voient le symbole d'un MMA plus humain et moins formaté.
Son style vestimentaire participe aussi à cette image d'anti-héros : tatouages visibles, coiffures excentriques et entrées dans la cage accompagnées de musique techno. Lors de l'UFC 322, il est même entré sur le ring avec un masque de lion doré, clin d'œil à son surnom "Le Roi de la Jungle". Ces détails, qui pourraient sembler anecdotiques, contribuent à faire de lui l'un des combattants les plus reconnaissables de la promotion.
Derrière le sourire : un combattant redoutable
Il serait cependant une erreur de réduire Carlos Prates à son image de "bad boy" festif. Derrière le sourire et les poses décontractées se cache un athlète d'une redoutable efficacité. Son palmarès parle de lui-même : 18 victoires pour seulement 3 défaites, avec 12 victoires avant la limite. Son taux de finition de 67% place d'ailleurs Prates parmi les combattants les plus dangereux de sa catégorie.
Son parcours est tout aussi impressionnant. Originaire de Belo Horizonte, il a commencé le jiu-jitsu brésilien à 14 ans avant de se tourner vers le MMA. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n'a pas eu de parcours amateur significatif, passant directement professionnel avec seulement 5 combats amateurs à son actif. Une trajectoire fulgurante qui témoigne de son talent naturel.
Les experts s'accordent d'ailleurs à dire que son style hybride, mélangeant un grappling technique et une boxe explosive, en fait un adversaire particulièrement difficile à préparer. Comme l'a analysé le spécialiste Robin Black : "Prates a cette capacité rare à passer du mode 'détendu' au mode 'tueur' en une fraction de seconde. C'est ce qui le rend si imprévisible et dangereux."
L'avenir : entre divertissement et ambition sportive
Avec sa victoire contre Edwards, Prates s'est propulsé dans le top 5 des poids mi-moyens. Une position qui lui ouvre désormais les portes des plus grands défis. Interrogé sur ses objectifs, il a été clair : "Je veux la ceinture, mais à ma manière. Je ne vais pas changer qui je suis pour plaire à Dana White ou aux sponsors."
Cette ambition sportive ne l'empêche pas de continuer à cultiver son image de showman. Il a d'ailleurs déjà annoncé vouloir organiser une "Prates Party" après chaque combat, avec DJ set et invités surprises. Une idée qui a immédiatement séduit les promoteurs, toujours à la recherche de nouveaux formats pour attirer les jeunes fans.
Son prochain combat, probablement programmé pour la fin de l'année, s'annonce déjà comme un événement. Les bookmakers le donnent d'ailleurs favori face à la plupart des combattants du top 10, preuve que son approche décontractée ne trompe pas sur son niveau réel. Comme le résume parfaitement son coach : "Carlos est comme un canard sur l'eau - il semble détendu à la surface, mais sous l'eau, il pédale comme un fou."
Le mot de la fin : quand le MMA rencontre la culture internet
Le phénomène Prates illustre parfaitement comment le MMA moderne dépasse désormais le cadre purement sportif. Son expression virale, son style de vie et son approche décomplexée du combat en font un produit parfait pour l'ère des réseaux sociaux. Là où d'autres combattants peinent à percer malgré leurs performances, Prates a réussi l'exploit de devenir une star mondiale en une seule soirée.
Cette viralité a d'ailleurs des conséquences concrètes : ses followers Instagram sont passés de 200 000 à plus d'1,5 million en une semaine, et ses vidéos TikTok cumulent des dizaines de millions de vues. Un succès qui n'a pas échappé à l'UFC, toujours à l'affût de nouvelles personnalités pour élargir son audience.
Comme le note le sociologue du sport Loïc Wacquant : "Prates incarne cette nouvelle génération de sportifs qui comprennent que la performance pure ne suffit plus. Il faut aussi créer du contenu, des émotions, une connexion avec le public. En cela, il est peut-être plus représentatif de notre époque que les champions traditionnels."

