Un Brésilien en quête d’histoire
Carlos Prates n’est pas un combattant comme les autres. À 30 ans, ce natif de Rio de Janeiro incarne une génération de Brésiliens déterminés à marquer l’UFC d’une empreinte indélébile. Avec un palmarès impressionnant – cinq victoires par KO en cinq combats UFC – il aborde l’UFC 322 avec une ambition démesurée : battre Leon Edwards et s’offrir une place pour le titre des poids mi-moyens. "Ce n’est pas juste une question de gagner, c’est une question de comment je gagne", confie-t-il, le regard brûlant de détermination. Son style explosif, mêlant boxe agressive et précision chirurgicale, a déjà fait trembler plus d’un adversaire. Mais Edwards, ancien champion et vétéran de la division, représente un défi d’une toute autre envergure.
Pour comprendre l’audace de Prates, il faut remonter à ses débuts. Issu d’un milieu modeste, il a transformé sa rage en carburant, enchaînant les victoires dans les petites organisations brésiliennes avant d’attirer l’attention de l’UFC. Son entrée tonitruante dans l’Octogone – une série de KOs en moins de deux rounds – a rapidement fait de lui un outsider redouté. Pourtant, malgré ce parcours sans faute, les sceptiques pointent son manque d’expérience face à l’élite. "Prates n’a jamais affronté un top 5. Edwards va le dévorer", estimait récemment l’analyste Daniel Cormier. Une critique que le Brésilien balaye d’un revers de main : "Les mots ne gagnent pas les combats. Moi, je frappe fort, et je frappe juste."
Edwards : un adversaire à double tranchant
Leon Edwards n’est plus l’homme invaincu qui dominait la division il y a deux ans. Après des défaites contre Kamaru Usman (par décision) et Colby Covington (par KO), le Britannique traverse une période de doute. Pourtant, c’est précisément cette vulnérabilité apparente qui rend ce combat si dangereux pour Prates. "Un lion blessé reste un lion", rappelle l’entraîneur Trevor Wittman, soulignant que Edwards, dos au mur, pourrait sortir une performance tactique redoutable.
Statistiquement, Edwards excelle dans les combats longs et techniques. Son jeu de jambes, ses contre-attaques et sa gestion du pace ont souvent étouffé des adversaires plus explosifs que Prates. Face à Jorge Masvidal en 2021, il avait ainsi démontré une patience implacable, attendant la faille pour frapper. "Leon ne prendra aucun risque inutile. Il va chercher à user Prates, à le faire douter", prédit l’ex-champion Michael Bisping. Une stratégie qui pourrait s’avérer payante : Prates, habitué à conclure rapidement, n’a jamais été testé au-delà du troisième round en UFC.
Mais le Brésilien a anticipé ce scénario. Pour ce combat, il s’est entouré de Caio Borralho, spécialiste du grappling, afin de peaufiner ses amenées au sol et sa défense. "Je ne veux pas qu’Edwards me dicte le combat. Si je dois l’emmener au sol pour mieux le frapper après, je le ferai", explique-t-il. Une approche hybride qui pourrait surprendre, d’autant que Prates a toujours privilégié le strike. "C’est un pari risqué. Soit il réussit un KO early, soit Edwards le noie dans les détails", analyse le journaliste Ariel Helwani.
"Je ne veux pas d’une décision, je veux un spectacle"
Si Prates a un credo, c’est bien celui-ci : finir le combat avant les juges. Ses cinq victoires en UFC se sont toutes soldées par un KO, souvent dans les premières minutes. Face à Michel Pereira en 2023, il avait ainsi envoyé son adversaire au tapis en 1 minute et 42 secondes, avec une combinaison droite-gauche d’une violence rare. "Quand je touche quelqu’un, il tombe. Point final", lance-t-il, sans fausse modestie.
Pourtant, Edwards n’est pas Pereira. Le Britannique, malgré ses défaites récentes, reste un maître des distances. Son reach supérieur (74 pouces contre 72 pour Prates) et sa capacité à contrer pourraient neutraliser l’agressivité brésilienne. "Prates va devoir entrer dans la poche de Leon sans se faire punir. C’est comme traverser un champ de mines", image l’entraîneur Firas Zahabi. Pour y parvenir, Prates mise sur sa vitesse et ses feintes, travaillées avec le légendaire coach Rafael Cordeiro. "Je vais le faire réagir, puis BOOM – il ne verra même pas le coup venir", promet-il.
Mais que se passera-t-il si le KO ne vient pas ? Prates, conscient de ce risque, a préparé un plan B : "Si je dois gagner aux points, je le ferai. Mais je vous promets que ce ne sera pas ennuyeux." Une déclaration qui en dit long sur sa mentalité. Contrairement à Edwards, souvent critiqué pour ses combats trop calculés, Prates assume pleinement son rôle d’entertainer. "Les fans paient pour voir du sang, de la sueur et des émotions. Je leur donnerai ça", assure-t-il.
Et après ? Le titre en ligne de mire
Une victoire contre Edwards propulserait Prates dans une toute autre dimension. Actuellement, la division des poids mi-moyens est dominée par Ian Garry (invaincu) et Belal Muhammad (en quête d’un titre), mais aucun des deux n’incarne autant la menace immédiate qu’un Prates victorieux. "Si Carlos bat Leon, il devient le combattant le plus dangereux de la division du jour au lendemain", estime Dana White. Un avis partagé par les bookmakers, qui voient déjà Prates comme un favoris surprise pour le prochain combat de titre.
Pourtant, le chemin sera semé d’embûches. Garry, avec son style technique et son aura médiatique, représente un obstacle de taille. "Ian est le futur, mais Prates est le présent. Ce serait un combat explosif", s’enthousiasme le commentateur Joe Rogan. Quant à Muhammad, son expérience et sa résilience en feraient un adversaire coriace. Mais Prates, lui, ne pense qu’à une chose : "Je veux ce titre. Peu importe qui se dressera sur mon chemin."
Reste une question : le Brésilien est-il prêt à gérer la pression d’un combat pour la ceinture ? Son équipe, consciente de ce défi, a intégré des séances de préparation mentale avec le psychologue sportif Brian Cain. "Le talent physique ne suffit pas. Il faut une armure psychologique", explique Cain. Prates, lui, semble déjà prêt : "Je ne ressens pas la pression. Je suis la pression."
Derrière les gants : la machine Prates
Peu de gens savent que Prates a failli abandonner le MMA en 2019, après une série de défaites dans les petites ligues brésiliennes. "J’avais plus d’argent pour manger que pour m’entraîner", confie-t-il. C’est un appel de son ancien coach, Marcos "Parrumpinha", qui l’a remis sur les rails. "Il m’a dit : 'Tu as le feu en toi. Arrête de pleurnicher et viens te battre.' Ce jour-là, tout a changé."
Aujourd’hui, Prates s’entraîne à American Top Team en Floride, aux côtés de stars comme Dustin Poirier et Joanna Jędrzejczyk. Son emploi du temps ? Deux séances par jour, entre strike, grappling et conditionnement. "Je ne compte pas les heures. Je compte les coups que je vais donner à Edwards", lance-t-il en riant. Son régime alimentaire, supervisé par la nutritionniste Dawn Weatherwax, est tout aussi strict : 5 000 calories par jour, réparties en sept repas, avec un focus sur les protéines et les glucides complexes.
Mais ce qui frappe le plus chez Prates, c’est sa relation avec ses fans. Contrairement à beaucoup de combattants, il passe des heures à répondre aux messages sur les réseaux sociaux, partageant des conseils et des moments de sa vie quotidienne. "Ils sont ma famille. Sans eux, je ne serais rien", déclare-t-il, ému. Une proximité qui lui vaut une base de supporters ultra-motivée, prête à envahir les gradins de l’UFC 322.
Dans un sport où les légendes se forment en une nuit, Prates a l’opportunité de marquer l’histoire. Reste à savoir si son KO, si redouté, suffira à faire tomber un géant comme Edwards. Une chose est certaine : ce combat, personne ne voudra le rater.

