L’attente est terminée : le grappling brésilien débarque en UFC
Le 27 janvier 2024, la Jeunesse Arena de Rio de Janeiro a vibré au rythme d’un combat qui restera gravé dans les mémoires. Bia Mesquita, star montante du jiu-jitsu brésilien et multiple championne du monde de la discipline, faisait ses grands débuts en UFC face à la russe Irina Alekseeva. Les attentes étaient immenses, et la Brésilienne n’a pas déçu. En à peine 2 minutes et 14 secondes du second round, elle a scellé sa victoire par un rear-naked choke d’une fluidité déconcertante, envoyant un message fort à toute la division des poids coqs : le grappling pur est de retour dans l’octagon.
Pourtant, rien n’était gagné d’avance. Alekseeva, connue pour sa résistance et son expérience en sambo, représentait un défi de taille. Mais Mesquita a su imposer son jeu dès les premières secondes, transformant le combat en une classe de maître. « Je savais qu’elle était solide, mais jeais préparée à exploiter ses faiblesses au sol », confiait-elle en conférence de presse. Une préparation qui a payé.
"Je contrôle, donc je gagne" : la science du combat au sol
Dès le premier round, Mesquita a démontré pourquoi son surnom de "Lady GOAT" (Greatest Of All Time) n’était pas usurpé. Spécialiste des projections en judo et des transitions en jiu-jitsu, elle a systématiquement amené Alekseeva au tapis, où son avantage technique devenait écrasant. Les coups de coude en position montée ont rapidement ouvert des brèches dans la défense russe, tandis que les tentatives de retour d’Alekseeva se heurtaient à une garde hermétique.
Le moment clé ? Une série de balayages en chaîne qui ont épuisé Alekseeva, la forçant à commettre l’erreur fatale : tourner le dos. « C’est là que j’ai su que c’était fini », a expliqué Mesquita après le combat. « En grappling, on apprend que la patience est une arme. J’ai attendu qu’elle soit assez fatiguée pour ne plus pouvoir résister. » Une philosophie qui rappelle celle de Demian Maia, autre légende brésilienne du combat au sol.
La soumission finale, un rear-naked choke appliqué avec une précision millimétrée, a été saluée par les experts. Joe Rogan, commentateur historique de l’UFC, n’a pas hésité à la comparer aux meilleures performances de Charles Oliveira : « C’était textuel, presque académique. Pas de force brute, juste de la technique pure. »
34 ans et toutes ses dents : l’âge, un atout plutôt qu’un frein
Dans un sport où les athlètes atteignent souvent leur pic avant 30 ans, Bia Mesquita fait figure d’exception. À 34 ans, elle débarque en UFC avec un palmarès déjà chargé (championne du monde de jiu-jitsu à plusieurs reprises) et une maturité qui fait défaut à beaucoup de jeunes combattants. « Mon âge ? C’est mon avantage », lance-t-elle avec un sourire. « J’ai passé des années à affiner ma technique, à étudier les failles de mes adversaires. Je ne suis pas là pour apprendre, mais pour gagner. »
Son parcours est d’ailleurs un pied de nez aux critiques qui voyaient en elle une « vieille » débutante. Après des années dominées par le jiu-jitsu de compétition, Mesquita a transitionné vers le MMA en 2021, enchaînant les victoires avant d’attirer l’attention de l’UFC. Dana White, président de l’organisation, a d’ailleurs salué son « mental d’acier » après le combat : « Elle a prouvé qu’elle méritait sa place ici. Et elle va faire du bruit, c’est sûr. »
Pourtant, tous ne partagent pas cet enthousiasme. Certains analystes, comme Chael Sonnen, restent sceptiques : « Le grappling pur ne suffit pas en UFC. Elle devra prouver qu’elle peut tenir face à des frappeuses comme Raquel Pennington ou Aspen Ladd. » Un défi que Mesquita semble prête à relever, à en juger par ses déclarations post-combat : « Je veux les meilleures. Qu’elles viennent me chercher. »
Rio s’embrase : quand l’octagon devient une arène de samba
Au-delà de la performance technique, c’est l’ambiance électrique de la Jeunesse Arena qui a marqué les esprits. Le public brésilien, connu pour son soutien inconditionnel à ses athlètes, a transformé le combat en une véritable fête. Les chants de « Brasil! Brasil! » ont retenti dès l’entrée de Mesquita, tandis que les rythmes de samba ont accompagné ses moindres mouvements dans l’octagon. « C’était comme combattre avec 15 000 coachs derrière moi », a-t-elle confié, émue.
Un moment particulièrement symbolique ? Quand Mesquita a célébré sa victoire en dansant une passinho (pas de samba improvisé) au centre de la cage, sous les ovations. « Je voulais montrer que le MMA, c’est aussi une culture. Au Brésil, on se bat avec le cœur, mais on célèbre avec la musique. » Une touche de folie qui a conquis les réseaux sociaux, où la vidéo de sa danse a été vue plus de 2 millions de fois en 24 heures.
Cette dimension culturelle n’est pas anodine. Dans un sport souvent critiqué pour sa violence, Mesquita rappelle que le MMA peut aussi être un spectacle joyeux et festif. Une approche qui tranche avec l’image sérieuse, voire austère, de certaines stars de l’UFC. « Pourquoi choisir entre la guerre et la fête ? On peut avoir les deux », résume-t-elle.
Et maintenant ? Les défis qui attendent la "Lady GOAT"
Avec cette victoire, Mesquita s’impose comme une prétendante sérieuse dans la division des poids coqs, actuellement dominée par Amanda Nunes (même si cette dernière a récemment annoncé son départ). Mais le chemin sera semé d’embûches. Parmi les adversaires potentielles :
- Raquel Pennington (n°3 mondiale) : une frappeuse redoutable qui testerait sa résistance debout.
- Mayra Bueno Silva (n°7) : une autre Brésilienne, spécialiste des soumissions, pour un choc de styles.
- Holly Holm (ancienne championne) : un test ultime pour mesurer son niveau face à une légende.
Mesquita, elle, ne semble pas intimidée. « Je veux des combats qui font sens, qui font avancer ma carrière. Pas des matchs faciles. » Une philosophie qui plaît à Sean Shelby, matchmaker de l’UFC, qui a déjà évoqué une possible confrontation contre Bueno Silva d’ici l’été 2024. « Ce serait un combat de fou, deux Brésiliennes qui s’affrontent pour le titre de meilleure grappleuse de la division. Les fans adoreraient. »
Reste une question : jusqu’où peut aller Mesquita ? Son style, ultra-technique mais parfois lent en début de combat, pourrait-il lui coûter cher face à des adversaires plus explosives ? Daniel Cormier, double champion UFC, tempère : « Elle a le niveau pour être top 5, mais elle devra adapter son jeu. En UFC, il faut savoir tout faire : frapper, défendre les takedowns, et soumetre. » Un défi que la Brésilienne semble prête à relever, à en juger par son entraînement déjà repensé pour intégrer plus de boxe et de lutte.
Avec sa victoire contre Irina Alekseeva, Bia Mesquita n’a pas seulement marqué ses débuts en UFC – elle a redéfini ce que signifie être une combattante complète à 34 ans. Entre maîtrise technique, charisme hors norme et ambition dévorante, elle incarne une nouvelle génération de fighters qui refusent les limites. Son rear-naked choke contre Alekseeva restera comme l’un des moments forts de l’UFC Rio, mais c’est surtout ce qui vient après qui passionne : une Brésilienne déterminée à prouver que le grappling peut dominer l’octagon, même face aux frappeuses les plus redoutées.
Une chose est sûre : dans la division des poids coqs, on ne parlera plus de nouveaux talents sans citer son nom. Et si l’histoire se répète, comme pour Ronda Rousey ou Demian Maia, Mesquita pourrait bien devenir la prochaine icône incontournable du MMA féminin. À suivre, donc. De très près.

