Quand le Tatami Rencontre l’Octogone : L’Ascension Fulgrante de Mesquita
Imaginez une athlète qui, à 6 ans, enchaîne les compétitions de jiu-jitsu comme d’autres collectionnent les autocollants. 22 ans plus tard, Beatriz "Bia" Mesquita s’apprête à fouler l’octogone de l’UFC Rio, non pas en tant qu’inconnue, mais comme une légende vivante du grappling brésilien. Dix fois championne du monde de jiu-jitsu, ceinture noire depuis ses 19 ans, elle a transformé son art en une arme redoutable pour le MMA. *"Le jiu-jitsu, c’est comme un échiquier : chaque mouvement est un coup d’avance"*, confie-t-elle, les yeux pétillants d’une détermination tranquille.
Son passage chez les professionnels ? Un sans-faute. En 12 mois seulement, elle décroche le titre des bantamweights à la Legacy Fighting Alliance (LFA), avec un palmarès de 4 victoires pour 1 défaite – cette dernière remontant à ses tout débuts, en 2021. *"Perder m’a appris plus que toutes mes victoires"*, assume-t-elle, évoquant ce revers face à Karolina Owczarz, qui l’a poussée à peaufiner son striking et son wrestling. Une adaptation fulgurante, rendue possible par son intégration à l’American Top Team (ATT), le temple floridien où s’entraînent les meilleurs.
Pourtant, ce qui frappe chez Mesquita, c’est son absence totale de précipitation. Alors que beaucoup de débutants en UFC subissent la pression des projecteurs, elle, semble déjà chez elle. *"Je ne cours pas après la gloire. Je construis quelque chose de solide, combat après combat"*, explique-t-elle, loin des déclarations tape-à-l’œil. Une philosophie qui rappelle étrangement celle de sa mentore, Kayla Harrison – mais nous y reviendrons.
"Russian Ronda" vs. La Reine du Grappling : Un Choc de Styles Inévitable
Son adversaire du 15 juin 2024, Irina Alekseeva, n’a pas été choisie au hasard. Surnommée la *"Russian Ronda"* en référence à Ronda Rousey (pour son agressivité et son jeu au sol), la Russe de 29 ans affiche un record de 6 victoires pour 2 défaites, avec une prédilection marquée pour les soumissions (4 de ses 6 succès). *"Elle aime le grappling, donc je pense qu’elle acceptera l’échange au sol"*, analyse Mesquita, un sourire en coin. Une invitation à danser sur son terrain de prédilection.
Mais derrière cette confiance apparente se cache une préparation chirurgicale. Mesquita a disséqué les combats d’Alekseeva, notamment sa défaite face à Klaudia Sygula en février 2023 – un combat où la Polonaise a exploité les lacunes en défense de soumission de la Russe. *"Irina a du mal à gérer la pression quand elle est dos au tapis. Elle panique et ouvre des brèches"*, révèle Mesquita, qui s’est entraînée aux côtés de Sygula à l’ATT. Un avantage psychologique non négligeable.
Statistiquement, Alekseeva affiche un takedown accuracy de 30% (UFC Stats) et une défense de soumission perfectible (elle a été soumise 2 fois en 8 combats). Des chiffres qui font saliver Mesquita, spécialiste des armbars et des étranglements. *"Mon objectif ? L’amener au sol dans les deux premières minutes et conclure avant la fin du premier round"*, annonce-t-elle, sans fanfaronnade. Une stratégie qui repose sur sa capacité à enchaîner takedowns et transitions fluides, comme elle l’a démontré contre Talita Bernardo (victoire par armbar en 1 minute 23 pour le titre LFA).
Pour contrer le clinch d’Alekseeva, Mesquita a travaillé avec Ed Ruth, ancien lutteur de la NCAA et spécialiste des double-leg takedowns. *"Je sais qu’elle va essayer de me coller contre la cage. Mais chaque fois qu’elle le fera, ce sera une opportunité pour moi de la retourner"*, explique-t-elle, évoquant des drills spécifiques pour exploiter les déséquilibres de son adversaire. Une préparation qui tranche avec l’improvisation souvent vue chez les débutants.
Dans l’Ombre de Harrison, mais avec Son Propre Style
Impossible d’évoquer Beatriz Mesquita sans parler de Kayla Harrison. La double championne olympique de judo (2012, 2016) et actuelle reine des bantamweights de l’UFC a pris la Brésilienne sous son aile à l’ATT. *"Kayla m’a accueillie comme une sœur. Elle m’a appris à gérer la pression et à croire en mon jiu-jitsu, même face à des frappeuses"*, raconte Mesquita, visiblement émue.
Leur relation va bien au-delà du simple partenariat d’entraînement. *"On s’entraîne ensemble presque tous les jours. Parfois, elle me domine au sol – et c’est normal, c’est une légende. Mais ces moments me rendent plus forte"*, avoue-t-elle. Une dynamique qui rappelle celle de Georges St-Pierre et Rashad Evans à leur époque : une émulation saine, où la compétition cède le pas à la transmission.
Pourtant, Mesquita refuse de se voir comme une simple héritière. *"Kayla est une inspiration, mais je veux écrire ma propre histoire. Elle a son style, j’ai le mien"*, insiste-t-elle. Là où Harrison mise sur une puissance explosive et un judo dévastateur, Mesquita privilégie la technique pure et les enchaînements subtils. *"En jiu-jitsu, on gagne par l’intelligence, pas par la force. En MMA, c’est la même chose – sauf qu’il faut aussi savoir frapper"*, résume-t-elle, philosophique.
Son objectif à court terme ? *"Une victoire nette contre Alekseeva, puis deux autres succès. Après, on verra pour les classements."* Une prudence qui contraste avec l’ambition démesurée de certaines recrues. Mesquita sait que la division des bantamweights est l’une des plus compétitives de l’UFC, avec des athlètes comme Raquel Pennington, Holly Holm, ou encore Julianna Peña. *"Je ne me projette pas à 5 ans. Je me concentre sur samedi, puis sur le combat suivant. Le reste viendra naturellement."*
Et si un jour elle devait affronter Harrison ? *"Ce serait un honneur, mais aussi un casse-tête"*, rit-elle. *"Elle connaît mon jeu mieux que personne. Mais je la connais aussi. Ce serait un combat de cerveaux, pas de muscles."* Une hypothèse qui, pour l’instant, reste lointaine – Harrison, âgée de 33 ans, pourrait bien prendre sa retraite d’ici là. *"Si elle est encore là quand j’aurai mon niveau, pourquoi pas ? Mais aujourd’hui, mon seul adversaire, c’est Irina."*
Rio, le Public, et la Pression… ou Pas
Combattre à Rio de Janeiro, devant ses proches, ses amis, et une foule connue pour son énergie électrique : pour beaucoup, ce serait un cauchemar. Pour Mesquita, c’est un cadeau. *"Je ne ressens aucune pression. Juste de l’excitation. Ces gens m’ont vue grandir, ils savent ce que je vais leur offrir"*, déclare-t-elle, sereine.
La pesée, souvent source de stress pour les combattants, est pour elle une simple formalité. *"Je pèse déjà 67 kg à quatre jours du combat. Je n’ai jamais raté une limite de poids de ma vie"*, assure-t-elle, rappelant que le jiu-jitsu, contrairement au MMA, impose une pesée le jour même des compétitions. Une discipline héritée de décennies de compétition, où chaque gramme compte. *"En jiu-jitsu, si tu rates le poids, tu es disqualifié. Pas de seconde chance. Ça t’apprend la rigueur."*
Son approche méthodique tranche avec l’urgence habituelle des nouveaux venus en UFC. *"J’ai encore 24 heures pour récupérer après la pesée. Tout sera parfait vendredi"*, affirme-t-elle, confiante. Un sang-froid qui contraste avec l’effervescence du Jeunesse Arena, où le public brésilien, réputé pour son soutien inconditionnel, promet d’enflammer les lieux. *"Entendre les cris, sentir l’énergie… Ça va me donner des ailes"*, prédit-elle, les yeux brillants.
Pour cette fille de Rio, ce combat est bien plus qu’un début à l’UFC : c’est l’aboutissement d’un rêve d’enfant. *"Petite, je regardais les événements UFC à la télé en me disant : ‘Un jour, ce sera moi.’ Aujourd’hui, c’est une réalité. Et je ne compte pas m’arrêter là."*
Derrière les Coulisses : La Routine d’une Championne
À Jacarepaguá, le quartier de Rio où Mesquita a grandi, tout le monde la connaît. *"Bia, la fille qui fait des prises de jiu-jitsu dans la rue"*, comme elle se décrit elle-même. Mais derrière cette image décontractée se cache une routine d’athlète de haut niveau.
Une journée type ? Réveil à 6h, session de jiu-jitsu le matin, entraînement de striking l’après-midi, suivie de wrestling et de sparring. *"Je finis toujours par une séance de yoga ou de méditation. Le mental, c’est 50% du combat"*, explique-t-elle. Un équilibre qu’elle a appris à préserver, même dans les moments les plus intenses.
Son régime alimentaire ? *"Rien d’extrême. Je mange de tout, mais en quantités contrôlées. Pas de ‘cheat meals’ avant un combat, mais je ne me prive pas non plus. La clé, c’est la constance."* Une approche qui lui permet de garder son poids stable, sans les coupes de poids drastiques qui épuisent tant de combattants.
Et pour se détendre ? *"Je joue de la guitare. Ça me vide l’esprit."* Une passion qu’elle a découverte adolescent, et qui lui permet de décrocher entre deux sessions. *"La musique et le jiu-jitsu, c’est pareil : il faut sentir le rythme."*
Enfin, son rituel avant un combat ? *"J’écoute ‘Berimbau Pulse’ de Baden Powell – un morceau de bossa nova qui me rappelle mes racines. Puis je visualise chaque étape du combat, comme un film."* Une préparation mentale qui, couplée à son talent, pourrait bien faire d’elle la prochaine star brésilienne de l’UFC.

