L'Héritage d'une Reine du Tapis : Dix Couronnes Mondiales avant l'Octogone
Avant même de fouler le sol du UFC, Bia Mesquita avait déjà gravé son nom dans l'histoire des sports de combat. Originaire de Rio de Janeiro, la Brésilienne s'est imposée comme l'une des plus grandes figures du jiu-jitsu brésilien (BJJ) en accumulant un palmarès exceptionnel : dix titres mondiaux sous l'égide de l'International Brazilian Jiu-Jitsu Federation (IBJJF), sans compter ses victoires aux championnats panaméricains et européens. Mais c'est au ADCC World Championship, considéré comme le "Super Bowl" du grappling, qu'elle a véritablement marqué les esprits. En 2019, elle a remporté l'or dans la catégorie des -60 kg, dominant des adversaires réputées pour leur agressivité et leur technique.
Son surnom, "The Lady Goat" (Greatest Of All Time au féminin), n'est pas usurpé. Mesquita a révolutionné le jiu-jitsu féminin par son style offensif, mêlant garde dynamique, passages de garde explosifs et soumissions créatives. Contrairement à de nombreux compétiteurs qui misent sur la défense, elle impose son rythme dès les premières secondes, forçant ses adversaires à s'adapter ou à subir. Cette approche agressive, couplée à une précision chirurgicale, lui a valu une réputation de "tueuse" sur les tapis, où elle a souvent soumis ses rivales en moins de cinq minutes.
Pourtant, malgré ce succès, Mesquita a choisi de relever un défi bien plus périlleux : le passage au MMA. Une décision qui, à l'époque, a suscité des interrogations. Le jiu-jitsu et le MMA, bien que complémentaires, exigent des compétences radicalement différentes. Là où le premier se concentre sur la technique pure au sol, le second impose une polyvalence extrême : striking, gestion des distances, résistance aux coups et stratégie globale. Peu d'athlètes parviennent à effectuer cette transition avec succès, et encore moins à le faire en conservant un bilan invaincu.
La Transition qui a Sidéré les Experts : Six Combats, Six Victoires, Zéro Défaite
Lorsque Bia Mesquita a annoncé son passage au MMA en 2023, les réactions ont été mitigées. Si certains saluaient son courage, d'autres doutaient de sa capacité à s'adapter à un sport où les coups de poing et les coups de pied jouent un rôle central. Pourtant, en l'espace de douze mois, elle a balayé tous les scepticismes. Son bilan parle de lui-même : six combats, six victoires, dont quatre par soumission et une par KO technique. Une performance d'autant plus impressionnante qu'elle a affronté des adversaires expérimentées, comme la Canadienne Ashley Nichols, qu'elle a vaincue par étranglement arrière en moins de deux rounds.
Son secret ? Une approche méthodique et un travail acharné sur ses points faibles. Consciente que son jeu au sol, bien que dominant, ne suffirait pas en MMA, elle a rejoint l'American Top Team (ATT), l'une des meilleures écuries au monde, pour perfectionner son striking et sa défense contre les takedowns. Sous la houlette de coachs comme Ricardo Liborio, elle a affiné sa boxe et ses coups de pied, tout en apprenant à gérer les phases de clinch et les échanges debout. "Au début, c'était frustrant, confie-t-elle dans une interview accordée à MMA Fighting. En jiu-jitsu, tu contrôles tout. En MMA, tu dois accepter de prendre des coups pour en donner. C'est une mentalité complètement différente."
Son combat contre Montse Rendon ce samedi au UFC Vegas 114 sera un test crucial. Rendon, bien que moins expérimentée (3-1 en MMA professionnel), possède un style agressif et une bonne endurance. Pour Mesquita, l'enjeu est double : confirmer sa place parmi les prétendantes au titre des poids coq féminins et prouver qu'elle peut dominer des adversaires qui ne viennent pas du grappling. Une victoire par soumission serait idéale, mais une décision unanime suffirait à envoyer un message fort à la division.
Le "Package Complet" : Pourquoi le UFC Mise sur Bia Mesquita
Dans un sport où les athlètes sont souvent jugés autant sur leurs performances que sur leur potentiel médiatique, Bia Mesquita coche toutes les cases. Son palmarès en jiu-jitsu, son bilan invaincu en MMA et son style spectaculaire en font une candidate sérieuse pour le titre, mais c'est son profil global qui intéresse particulièrement le UFC. Contrairement à de nombreuses combattantes qui peinent à s'exprimer en anglais ou à capter l'attention des médias, Mesquita maîtrise parfaitement la langue de Shakespeare et possède un charisme naturel devant les caméras.
Lors de sa première apparition au UFC Rio en 2023, elle avait d'ailleurs marqué les esprits par son aisance en conférence de presse, répondant avec humour et intelligence aux questions des journalistes. "Je veux que les gens voient au-delà du combat, avait-elle déclaré. Je veux qu'ils voient une femme qui se bat pour ses rêves, mais aussi pour inspirer les autres." Ce discours, couplé à son parcours atypique, en fait une figure idéale pour promouvoir le MMA féminin, notamment auprès d'un public latino-américain et européen.
Le UFC, qui cherche depuis des années à développer sa division féminine des poids coq, voit en elle une future star. Avec des combattantes comme Amanda Nunes (retraitée en 2023) et Julianna Peña (en déclin), l'organisation a besoin de nouveaux visages pour dynamiser la catégorie. Mesquita, avec son mélange de technique, de détermination et de personnalité, pourrait bien être la pièce manquante. "Elle a tout pour devenir la prochaine grande championne, estime Joe Rogan, commentateur emblématique du UFC. Son jiu-jitsu est élite, et elle progresse à une vitesse folle en striking. Si elle continue comme ça, elle sera intouchable."
Montse Rendon : L'Adversaire qui Peut Tout Changer
Si Bia Mesquita est la favorite incontestée de ce combat, Montse Rendon n'est pas venue à Las Vegas pour faire de la figuration. La Mexicaine, âgée de 28 ans, affiche un bilan de 3 victoires pour une seule défaite, et possède une expérience en boxe amateur qui pourrait poser problème à la Brésilienne. Son style, basé sur une pression constante et des combinaisons de coups, contraste avec celui de Mesquita, plus technique et axé sur le grappling.
Pour Rendon, ce combat représente une opportunité en or. Une victoire contre une athlète de la stature de Mesquita propulserait sa carrière et lui ouvrirait les portes d'affrontements plus prestigieux. "Je sais que tout le monde voit Bia comme la favorite, mais je suis là pour gagner, a-t-elle déclaré lors de la pesée. Je me suis entraînée dur, et je suis prête à tout donner dans l'octogone."
Le duel promet d'être technique, avec un premier round probablement dominé par Rendon en striking, tandis que Mesquita tentera de ramener le combat au sol. Si la Brésilienne parvient à amener son adversaire dans son domaine de prédilection, les chances de soumission seront élevées. À l'inverse, si Rendon réussit à maintenir la distance et à toucher avec précision, elle pourrait créer la surprise. "Ce combat est un vrai test pour Bia, analyse Daniel Cormier, ancien champion du UFC. Si elle gagne par KO ou décision, ça prouvera qu'elle est prête pour le top 5. Si elle se fait surprendre, ça montrera qu'elle a encore du travail à faire en striking."
L'Avenir du MMA Féminin : Mesquita, une Nouvelle Ère ?
Au-delà du résultat de ce samedi, le parcours de Bia Mesquita soulève une question plus large : le grappling peut-il devenir une voie royale vers le MMA de haut niveau ? Historiquement, les athlètes issus du jiu-jitsu ont eu du mal à s'imposer dans l'octogone, en raison de leur manque d'expérience en striking. Pourtant, des exceptions comme Demian Maia (ancien prétendant au titre des poids moyens) ou Nate Diaz (connu pour son style "stockton slaps") ont prouvé que la transition était possible, à condition de travailler dur sur ses lacunes.
Mesquita, avec son bilan parfait et sa progression fulgurante, pourrait bien devenir la nouvelle référence pour les grapplers souhaitant se lancer dans le MMA. Son succès ouvrirait la porte à d'autres athlètes, comme Gabrielle Garcia (championne de jiu-jitsu en +80 kg) ou Ffion Davies (spécialiste du no-gi), qui envisagent elles aussi une carrière en MMA. "Le jiu-jitsu est une base incroyable, mais il faut accepter de tout réapprendre, explique Renato Barreto, coach de MMA basé à Rio. Bia a cette intelligence de combat qui lui permet de s'adapter rapidement. C'est ce qui fait la différence."
Si elle remporte ce combat, Mesquita pourrait rapidement se retrouver face à des adversaires comme Maycee Barber ou Irene Aldana, deux combattantes du top 10 qui représentent un palier supplémentaire en termes de niveau. À long terme, une confrontation contre la championne actuelle, Raquel Pennington, n'est pas à exclure. Mais pour l'instant, l'objectif est clair : rester invaincue et continuer à impressionner, combat après combat.
Quoi qu'il arrive ce week-end, une chose est sûre : Bia Mesquita a déjà marqué l'histoire du sport de combat. Que ce soit sur les tapis de jiu-jitsu ou dans l'octogone du UFC, elle incarne une nouvelle génération d'athlètes, où technique, ambition et charisme se mêlent pour redéfinir les limites du possible.
Bia Mesquita n'est pas seulement une combattante invaincue ; elle est le symbole d'une transition réussie entre deux mondes du combat, où la maîtrise technique rencontre l'intensité du MMA. Son duel contre Montse Rendon au UFC Vegas 114 pourrait bien être le tremplin qui la propulsera vers les sommets de la division des poids coq, voire vers un futur combat pour le titre.
Au-delà des résultats, son parcours inspire une génération d'athlètes à sortir de leur zone de confort et à relever des défis jugés impossibles. Si elle continue sur cette voie, "The Lady Goat" pourrait bien devenir bien plus qu'une légende du jiu-jitsu : une icône du MMA féminin, capable de rivaliser avec les plus grandes.
Une chose est certaine : ce samedi, tous les regards seront tournés vers l'octogone du Meta Apex, où se jouera bien plus qu'un simple combat. Ce sera l'histoire d'une reine qui refuse de se contenter d'un seul trône.

