Un scénario trop familier : quand l’octogone imite la polémique
Samedi 20 juillet 2024, le UFC Apex de Las Vegas a été le théâtre d’un combat qui restera gravé dans les mémoires – mais pas pour les raisons espérées. Dès le premier round, Ante Delija, le colosse croate et partenaire d’entraînement de Tom Aspinall, porte un coup de doigt accidentel dans l’œil de Waldo Cortes-Acosta. L’arbitre Mark Smith intervient immédiatement, et le combat est mis en pause. Les images montrent clairement le Dominicain, une main sur l’œil, visiblement sonné.
La scène rappelle étrangement le choc Gane vs. Aspinall survenu une semaine plus tôt à l’UFC 303, où un eye poke avait également interrompu l’action, déclenchant une vague de critiques sur la gestion de ces incidents. Cette fois encore, les réseaux sociaux s’embrasent : "Deux semaines de suite, c’est inadmissible !", s’indigne un utilisateur, tandis qu’un autre souligne : "Les fighters prennent des risques énormes, un doigt dans l’œil peut changer une carrière."
Après une vérification vidéo et une consultation médicale express, Cortes-Acosta décide de reprendre le combat. Une décision qui s’avérera fatale… pour Delija. En à peine 20 secondes, le Dominicain, malgré une vision manifestement altérée, enchaîne avec une précision chirurgicale : un crochet du gauche suivi d’un uppercut du droit envoie son adversaire au tapis. Le KO est si brutal que Delija met plusieurs secondes à se relever, visiblement sonné.
"Je veux Aspinall !" : quand la victoire se transforme en déclaration de guerre
Le public du UFC Apex explose. Waldo Cortes-Acosta, les bras levés, savoure son triomphe – mais ce n’est que le début. Au micro de Daniel Cormier, il lance, le regard déterminé : "Tom Aspinall, je te vois ! Tu es le prochain ! Je veux ce titre, et je vais te le prendre !" Une provocation qui fait immédiatement le tour des médias, d’autant que Cortes-Acosta et Aspinall s’étaient déjà échangés des piques sur les réseaux sociaux ces dernières semaines.
Pour les observateurs, ce défi n’a rien d’anodin. Aspinall, actuellement n°3 des lourds, est en pleine reconstruction après sa défaite contre Ciryl Gane. Un combat contre Cortes-Acosta, désormais n°7, pourrait être le match parfait pour relancer sa dynamique – ou au contraire, le plonger dans une nouvelle crise. "Waldo a prouvé qu’il avait les nerfs solides, mais Aspinall est une autre paire de manches", tempère l’analyste Laura Sanko.
Derrière le KO : le débat qui divise le MMA
Au-delà de l’exploit sportif, ce combat relance une question récurrente : faut-il systématiser l’arrêt définitif après un eye poke ? Les avis sont partagés. Du côté des puristes, on estime que "un combattant doit pouvoir choisir de continuer, c’est une question d’honneur", comme le défend l’ancien champion Stipe Miocic. À l’inverse, des voix comme celle du médecin Dr. Duncan French (UFC Performance Institute) rappellent que "les risques de lésions oculaires permanentes sont réels. La sécurité doit primer."
Statistiquement, les eye pokes sont plus fréquents qu’on ne le pense : selon une étude de FightNomics, ils surviennent dans 12% des combats de MMA, avec un pic dans la division lourde en raison des gabarits imposants. Pourtant, seul 1 combat sur 5 est arrêté définitivement après un tel incident. "C’est un problème structurel", estime le journaliste Ariel Helwani, "les règles doivent évoluer pour protéger les athlètes."
Cortes-Acosta : l’outsider qui veut bousculer l’ordre établi
Avec cette victoire, Waldo Cortes-Acosta (10-1 en MMA, 4-0 à l’UFC) s’impose comme le nouvel homme à abattre dans la division lourde. Son parcours est celui d’un outsider : originaire de Saint-Domingue, il a dû quitter son pays natal pour s’entraîner aux États-Unis, cumulant les petits boulots pour financer sa passion. "Je me bats pour ma famille, pour ceux qui croient en moi. Ce KO, c’est pour eux", confie-t-il en conférence de presse.
Son style, à mi-chemin entre la boxe cubaine (héritage de son entraîneur Ismael Salas) et le jiu-jitsu brésilien, en fait un adversaire redoutable. Contre Delija, il a démontré une capacité rare à gérer le stress : "Beaucoup se seraient effondrés après un eye poke. Lui, il a frappé plus fort", salue son coach. Prochaine étape ? Un duel contre un top 5, avec en ligne de mire… le titre.
Delija : la désillusion et les leçons à tirer
Pour Ante Delija (20-6), la défaite est amère. Le Croate, connu pour son grappling dominant, avait pourtant bien commencé le combat, contrôlant les échanges au sol avant l’incident. "Je ne voulais pas le toucher à l’œil, c’est arrivé. Mais il a su en profiter, chapeau à lui", reconnaît-il, fair-play. Pourtant, les critiques pleuvent : certains lui reprochent un "manque de réactivité" après la reprise, tandis que d’autres pointent un problème de condition physique (il a perdu 5 kg en 2 semaines pour faire le poids).
Son entraîneur, Marin Soljačić, tempère : "Ante a 34 ans, il n’est pas fini. On va analyser les erreurs et revenir plus fort. La division lourde est impitoyable, mais c’est ça qui la rend belle." Une chose est sûre : après ce revers, Delija devra reconstruire sa crédibilité face à des adversaires de moindre envergure avant de prétendre à nouveau au top 10.
À suivre de près : la réponse de Tom Aspinall au défi de Cortes-Acosta… et les potentielles annonces de Dana White sur les changements réglementaires.

