Un incident qui divise : quand un coup de doigt change le cours de l’UFC 321
Le combat tant attendu entre Tom Aspinall et Ciryl Gane pour le titre intérimaire des poids lourds de l’UFC a tourné court lors de l’UFC 321, le 13 juillet 2024. À peine cinq minutes après le début du premier round, un coup de doigt accidentel dans l’œil d’Aspinall a forcé l’arrêt du combat, déclenchant une vague de réactions contrastées. Parmi les voix les plus fermes, celle d’Ante Delija, combattant croate des poids lourds, résonne avec une clarté inhabituelle dans un milieu où les polémiques font souvent rage.
Pour Delija, qui totalise 33 combats professionnels sans jamais avoir été impliqué dans un incident similaire, la situation est inacceptable. Dans une interview accordée à MMA Junkie, il a déclaré : « Je ne comprends pas comment cela peut arriver si souvent. Un coup de doigt, c’est une faute grave, qu’elle soit intentionnelle ou non. Les règles doivent être appliquées avec rigueur, sinon c’est l’intégrité du sport qui est en jeu. » Une prise de position qui tranche avec la tolérance parfois observée face à ce type d’accidents, souvent minimisés sous prétexte de « faire partie du jeu ».
Delija va plus loin en proposant des sanctions financières pour les combattants responsables de fautes répétées, même non intentionnelles : « Si tu blesse ton adversaire à cause d’une négligence, tu dois en assumer les conséquences. Une amende, une suspension, peu importe – mais il faut que ça fasse mal. » Une approche radicale, mais qui reflète sa philosophie : le MMA est un sport de combat, pas un spectacle où tout est permis.
« Aspinall a fait le bon choix » : quand la santé prime sur le spectacle
Contrairement à une partie des fans et certains combattants – comme Jon Jones, qui a critiqué Aspinall sur les réseaux sociaux pour son « manque de mental » –, Delija soutient sans réserve la décision du Britannique. « Tom a fait ce qu’il fallait, point final. » Pour lui, continuer le combat avec une blessure oculaire aurait pu entraîner des séquelles irréversibles, un risque inacceptable pour un athlète professionnel.
Delija s’appuie sur son expérience pour étayer son argument : « J’ai vu des gars se battre avec des côtes cassées, des entorses… mais un œil, c’est différent. Une seule erreur, et ta carrière peut être finie. » Il rappelle aussi que Aspinall n’est pas un novice : ancien champion de Cage Warriors et invaincu à l’UFC avant sa défaite face à Curtis Blaydes en 2022, il connaît les exigences du haut niveau. « Si lui dit que c’est fini, c’est fini. Les critiques devraient se taire. »
Cette position tranchée s’inscrit dans une vision plus large du sport. Delija, connu pour son engagement en faveur de la sécurité des combattants, avait déjà milité pour l’interdiction des coups de genou au sol dans certaines fédérations européennes. Une cohérence qui force le respect, même si elle va à l’encontre de l’image « tout est permis » parfois associée au MMA.
Derrière les gants : l’amitié qui dépasse la compétition
Ce qui rend le discours de Delija encore plus remarquable, c’est sa relation personnelle avec Tom Aspinall. Les deux hommes s’entraînent régulièrement ensemble à la Team Kaobon de Liverpool, un détail qui éclaire leur complicité. « Tom est un frère pour moi, explique Delija. On se pousse mutuellement à devenir meilleurs, mais sans jamais oublier le respect. » Une dynamique rare dans un univers où les rivalités sont souvent exacerbées pour des raisons marketing.
Cette amitié explique aussi pourquoi Delija refuserait catégoriquement un éventuel combat de titre contre Aspinall : « Même si Dana White me le proposait demain, je dirais non. Pas question. » Une position qui peut surprendre dans un milieu où les opportunités de ceindre la ceinture sont rares, mais qui illustre ses valeurs intransigeantes. « Les trophées, ça s’oublie. Les vraies relations, non. »
Cette loyauté ne l’empêche pas d’être lucide sur les capacités d’Aspinall. Selon lui, le Britannique aurait dominé Gane sans l’incident : « Techniquement, Tom était supérieur. Ciryl est un grand combattant, mais Aspinall avait le contrôle. » Une analyse partagée par d’autres observateurs, comme le commentateur Daniel Cormier, qui a souligné la pression constante exercée par Aspinall avant l’arrêt.
UFC Vegas 110 : Delija face à Cortes-Acosta, un test crucial pour l’avenir
Alors que le débat sur l’UFC 321 fait encore rage, Delija, lui, a les yeux rivés sur son prochain combat. Le 24 août 2024, il affrontera Waldo Cortes-Acosta lors de l’UFC Vegas 110, un duel qui s’annonce explosif dans la catégorie des poids lourds. Son adversaire, bien que sortant d’une défaite face à Sergei Pavlovich en mars 2024, reste un striker redoutable, connu pour ses coups de pied dévastateurs.
Delija, conscient du danger, adopte une approche méthodique : « Waldo est un killer. Il a perdu contre Pavlovich, mais avant ça, il avait enchaîné les victoires. Je ne le sous-estime pas une seconde. » Pour se préparer, il a intensifié ses séances de boxe et de lutte, deux domaines où Cortes-Acosta est moins à l’aise. « Je dois imposer mon jeu au sol. Si je le fais, je gagne. »
Une victoire lui permettrait de se rapprocher des top 10 de la division, mais Delija évite de se projeter trop loin : « Je prends les combats un par un. Parler de titre maintenant, c’est prématuré. » Une prudence qui contraste avec l’attitude de certains de ses pairs, obsédés par les classements. Pourtant, avec 6 victoires en 8 combats à l’UFC, dont un succès marquant contre Marcin Tybura en 2023, son potentiel est indéniable.
Et si on lui demande s’il pourrait un jour affronter Aspinall pour la ceinture, il sourit : « On verra… Mais pas avant qu’il ait battu Gane, et que je sois prêt. En attendant, je me concentre sur Waldo. » Une réponse qui résume bien son état d’esprit : ambition sans précipitation, respect avant tout.
« Le MMA a besoin de plus d’éthique » : le plaidoyer de Delija
Au-delà de sa carrière, Ante Delija milite pour un changement de mentalité dans le MMA. Selon lui, les incidents comme celui de l’UFC 321 sont le symptôme d’un problème plus large : « On glorifie trop la violence, et pas assez le respect. Les combattants doivent être des exemples, pas des brutes. » Il cite en modèle des athlètes comme Israel Adesanya ou Alexander Volkanovski, qui allient performance et fair-play.
Pourtant, il reconnaît que la route est longue. Les règles unifiées du MMA prévoient déjà des sanctions pour les fautes graves, mais leur application reste inégale. « Certains arbitres ferment les yeux, d’autres sont trop stricts. Il faut une cohérence. » Delija propose même la création d’un comité disciplinaire indépendant, inspiré de ceux du football ou du tennis, pour examiner les cas litigieux.
Son engagement ne s’arrête pas aux mots. En 2023, il a cofondé une association pour soutenir les combattants blessés en Croatie, leur offrant un accès à des soins médicaux subventionnés. « On nous voit comme des machines à frapper, mais on est des humains avant tout. » Une philosophie qui, espère-t-il, inspirera la nouvelle génération.
Alors que l’UFC continue de grandir, avec des records d’audience et des contrats toujours plus lucratifs, des voix comme celle de Delija rappellent que l’intégrité du sport ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du spectacle. « Le jour où on oubliera ça, le MMA perdra son âme. »

