"Poatan" contre le mur : quand le kickboxing ne suffit plus
**Alex Pereira** a bâti sa légende sur des coups de pied dévastateurs et un palmarès en GLORY (33-7) qui force le respect. Pourtant, à 36 ans, le Brésilien paie le prix d’une transition tardive vers le MMA. Son KO contre **Jan Błachowicz** en 2023 (UFC 291) avait redonné espoir à ses fans, mais les experts soulignent un problème récurrent : **son incapacité à s’adapter aux grapplers**. Contre Israel Adesanya (2 fois), puis face à Ankalaev en 2022, Pereira a montré des limites criantes en défense au sol et en mobilité.
*"Il avance comme un tank, mais sans la capacité de pivoter ou d’esquiver"*, analyse **Fernando Halim**, commentateur brésilien. Pire, ses statistiques UFC révèlent un déclin alarmant : **seulement 3,1 strikes significatifs par minute** en 2023 (contre 4,8 en 2021), et **aucun takedown réussi** depuis son arrivée dans l’Octogone. *"Il compte sur sa puissance, mais quand elle diminue avec l’âge, il ne reste rien"*, résume Halim.
Face à Ankalaev, ce handicap pourrait être fatal. Le Russe, lui, a passé les deux dernières années à **disséquer chaque faille** de Pereira, comme il l’a confié à RT Sport : *"Son jeu de jambes est lourd, ses combinaisons sont toujours les mêmes. En 2022, j’ai sous-estimé sa gauche. Cette fois, je sais exactement où frapper."*
Ankalaev : la machine russe en mode "destruction silencieuse"
Avec un record de **18-1-1** et une série de 10 combats sans défaite (dont 8 victoires), **Magomed Ankalaev** incarne la régularité et l’efficacité. Son unique revers ? Juste celui contre Pereira en 2022 – un KO au 3e round après avoir dominé les deux premiers. *"Une erreur de jeunesse"*, assume-t-il aujourd’hui. Depuis, il a enchaîné les performances chirurgicales : victoire par soumission contre **Anthony Smith** (2022), puis un KO froid contre **Johnny Walker** (2023) qui a marqué les esprits.
Son atout majeur ? **Une polyvalence redoutable**. Ankalaev alterne entre un **strike précis** (58% de précision, 3e meilleur taux des mi-lourds UFC) et un **grappling étouffant** (1,8 takedown/combat, 62% de réussite). *"Il peut gagner de 10 façons différentes"*, souligne son coach **Sukhrab Magomedov**, ancien champion de sambo. Contrairement à Pereira, Ankalaev a **évolué tactiquement** après chaque combat. *"En 2022, j’ai trop respecté sa puissance. Aujourd’hui, je sais comment le casser psychologiquement"*, confie-t-il.
La clé du combat ? **Le mental**. Pereira, habitué à dominer en kickboxing, semble perdu quand son adversaire résiste à ses coups. Ankalaev, lui, a prouvé qu’il savait **garder son sang-froid** même sous pression – comme contre Walker, où il a encaissé un uppercut monstrueux avant de répondre par un KO au round suivant.
"Il n’a rien pour nous surprendre" : le verdict sans appel de Magomedov
Les déclarations du coach **Sukhrab Magomedov** ont fait l’effet d’une bombe lors de la conférence de presse de l’UFC 320. *"Pereira n’a rien changé depuis 2022. Il mise sur les mêmes coups, les mêmes feintes. À 36 ans, quand tu n’évolues pas, tu récules"*, a-t-il lancé, avant d’ajouter : *"Magomed va lui montrer ce que ça fait d’affronter un vrai combattant complet."*
Les chiffres lui donnent raison :
- Takedowns : Pereira **0/9 combats UFC** vs Ankalaev **1,8/combat** (62% de réussite).
- Défense au sol : Pereira **50%** (moyenne UFC) vs Ankalaev **85%**.
- Précision en strike : Pereira **42%** (en baisse depuis 2021) vs Ankalaev **58%**.
*"Alex est comme un boxeur qui ne sait que frapper fort, mais qui ne sait pas danser"*, image Magomedov. *"Magomed, lui, sait tout faire : boxer, lutter, soumettre. Et samedi, il va le prouver."* Une confiance qui s’appuie sur un détail révélateur : lors de leur premier combat, Ankalaev a **dominé les stats** (120 strikes significatifs contre 95 pour Pereira) avant de se faire surprendre par un crochet du gauche au 3e round. *"Une erreur que je ne referai pas"*, promet le Russe.
Derrière les projecteurs : la préparation secrète d’Ankalaev
Alors que Pereira s’entraînait publiquement à **Bahia**, sous les yeux des médias brésiliens, Ankalaev a choisi **l’isolement total** dans les montagnes du Dagestan. *"Pas de distractions, pas d’interviews. Juste le travail"*, explique Magomedov. Leur camp d’entraînement ? Un mélange de **sparrings avec des lutteurs olympiques** (pour simuler la pression au sol) et de **sessions de strike avec des partenaires plus grands** (pour reproduire la portée de Pereira).
*"On a étudié chaque combat de Pereira, même ses défaites en kickboxing"*, révèle un membre de l’équipe sous couvert d’anonymat. *"On a remarqué qu’il panique quand on lui coupe l’Octogone. Alors on a travaillé des enchaînements pour le coller contre la cage."* Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer face à un Pereira connu pour **perdre en confiance** quand son plan A échoue (comme contre Adesanya à l’UFC 287).
Autre détail intrigant : Ankalaev a passé une semaine à **Moscou** pour travailler avec **Fedor Emelianenko**, légende du MMA russe. *"Pas pour les techniques, mais pour le mental"*, précise Magomedov. *"Fedor lui a appris à gérer la pression d’un combat pour le titre. Parce que samedi, ce n’est pas juste une revanche… c’est un couronnement."*
UFC 320 : le co-main event qui pourrait voler la vedette
Si **Ankalaev vs Pereira** promet un choc de styles, le combat entre **Merab Dvalishvili** (16-4) et **Cory Sandhagen** (17-4) pourrait bien **dépasser les attentes**. En jeu ? Une place de challenger pour le titre des poids coqs, détenu par **Sean O’Malley**.
**Dvalishvili**, surnommé *"The Machine"*, impose un **grappling étouffant** (11 takedowns en 3 derniers combats, 40% de contrôle au sol). *"Personne ne respire quand je suis sur eux"*, avertit le Géorgien. Face à lui, **Sandhagen**, strikeur créatif aux **17 victoires par KO/TKO**, mise sur sa **mobilité** et ses **coups de genou sautés** pour contrer les tentatives de projection.
*"C’est un duel entre la force brute et l’intelligence"*, analyse **Daniel Cormier**. *"Si Merab arrive à amener Cory au sol, ce sera un calvaire. Mais si Sandhagen garde la distance, il peut le KO d’un coup."* Un scénario qui rappelle **Dvalishvili vs Sterling** (2023), où le Géorgien a dominé avant de s’incliner aux points.
Avec deux styles aussi opposés, ce combat a tout pour **devenir un classique**. Et si Pereira vs Ankalaev déçoit, **Dvalishvili vs Sandhagen** pourrait bien sauver la soirée.
Si le Russe l’emporte, comme le prédit son coach, ce ne sera pas juste une victoire. Ce sera **la fin d’un mythe** – celui du kickboxeur invincible – et le début d’une nouvelle ère pour les poids mi-lourds. Quant à Pereira, une défaite signifierait peut-être **le début de la fin**. À 36 ans, avec un jeu de plus en plus limité, les options se réduisent : **rebondir ou disparaître**.
Et pendant ce temps, dans l’ombre, **Dvalishvili et Sandhagen** se battront pour un ticket bien plus concret : **le droit d’affronter O’Malley**. Une preuve que, même sans titre en jeu, **l’UFC 320 a tout pour marquer l’histoire**.

