Magomed Ankalaev : L’artisan silencieux du grappling moderne
Depuis son entrée dans l’UFC en 2018, Magomed Ankalaev a construit sa réputation sur une constance rare. Avec un record de 12 victoires, 1 nul et 1 no contest sur ses 14 derniers combats, le Russe incarne la régularité dans une division où les bouleversements sont fréquents. Sa seule défaite récente ? Un rear-naked choke subi face à Paul Craig en 2018 — un combat qu’il a depuis largement effacé des mémoires.
Ce qui frappe chez Ankalaev, c’est sa capacité à dominer sans éclat. Là où d’autres champions misent sur des KO spectaculaires, lui préfère une approche chirurgicale. Ses statistiques parlent d’elles-mêmes : 5,12 takedowns en moyenne par 15 minutes (UFC Stats), un top control étouffant, et un striking précis qui use ses adversaires. « Il ne laisse aucune ouverture », confiait récemment son entraîneur, Khabib Nurmagomedov, lui-même expert en domination méthodique.
Pourtant, cette rigueur a ses détracteurs. Certains fans lui reprochent un style « trop sûr », un manque de finitions spectaculaires. Une critique qu’Ankalaev balaye d’un revers : « Gagner est l’objectif, pas de faire plaisir au public. » Une philosophie qui pourrait bien être mise à l’épreuve face à Pereira, maître du spectacle.
Alex Pereira : Le knockout artist en quête de rédemption
Si Alex Pereira a un défaut, c’est bien sa franchise. Après sa défaite face à Ankalaev à l’UFC 313 (49-46, 48-47, 48-47), le Brésilien n’a pas hésité à pointer du doigt son manque de préparation : « J’étais à 40 % seulement. » Une déclaration qui a alimenté les moqueries… mais aussi l’attente pour cette revanche.
Car Pereira, c’est avant tout une histoire de puissance pure. Ancien champion du monde de muay-thaï, il a transposé cette explosivité dans l’Octogone avec un succès fulgurant : 7 victoires par KO en 10 combats UFC, dont des fins spectaculaires contre Israel Adesanya (deux fois) et Jan Błachowicz. Son style ? Un mélange de low kicks dévastateurs et de crochets du gauche qui ont envoyé plus d’un adversaire au tapis.
Mais face à Ankalaev, Pereira a montré ses limites. Incapable de trouver la faille dans le grappling du Russe, il a subi un contrôle au sol qu’il n’avait jamais connu. « Je n’ai pas pu imposer mon jeu », a-t-il reconnu. Pour l’UFC 320, il promet une version améliorée : « Cette fois, ce sera différent. » Reste à voir si son muay-thaï pourra percer la défense d’acier d’Ankalaev.
UFC 313 : Quand la controverse alimente la revanche
Leur premier duel, en mars 2024 à l’UFC 313, est resté dans les mémoires pour deux raisons : une victoire controversée d’Ankalaev… et une performance en demi-teinte de Pereira. Les juges ont tranché en faveur du Russe (49-46, 48-47, 48-47), mais les statistiques racontaient une autre histoire :
- Pereira a atterri plus de coups significatifs (72 contre 65).
- Ankalaev a dominé en takedowns (4/6 réussis) et en top control (plus de 6 minutes).
- Le Brésilien a semblé manquer de rythme en fin de combat, une première dans sa carrière UFC.
« Les juges ont vu ce qu’ils ont voulu voir », a lâché Pereira après le combat, avant d’ajouter : « Mais cette fois, je ne leur laisserai pas le choix. » Une promesse qui résonne comme un avertissement pour Ankalaev.
UFC 320 : Ce qui changera (ou pas) le 18 mai
La revanche est prévue pour le 18 mai 2024 à Abou Dhabi, et les enjeux sont clairs :
1. La préparation physique : Pereira a-t-il vraiment sous-estimé Ankalaev ?
Le Brésilien a changé d’équipe pour ce camp d’entraînement, s’entourant de spécialistes du wrestling pour contrer le grappling du Russe. « On a travaillé spécifiquement les sorties de takedowns et le travail contre la cage », explique son nouveau coach. De son côté, Ankalaev mise sur la continuité : « Je fais ce que je sais faire. Lui, il doit tout réinventer. »
2. La stratégie : Pereira peut-il éviter le sol ?
En mars, Pereira a passé plus de 7 minutes au sol. Un cauchemar pour un frappeur comme lui. Pour l’UFC 320, il devra soit :
- Améliorer son takedown defense (seulement 50 % de réussite face à Ankalaev).
- Trouver un KO early : son meilleur atout, mais risqué contre un adversaire aussi solide.
« S’il me met au sol une fois, ce sera déjà trop », prévient Pereira.
3. Le mental : Qui gérera mieux la pression ?
Ankalaev, champion en titre, a l’avantage de la sérénité. Pereira, lui, porte le poids de ses déclarations. « Si je perds, je prends ma retraite », a-t-il lancé en conférence de presse. Une pression supplémentaire qui pourrait jouer en faveur du Russe.
Derrière les gants : Quand deux philosophies s’affrontent
Au-delà des techniques, ce combat oppose deux visions du MMA.
D’un côté, Ankalaev, l’ingénieur : chaque mouvement est calculé, chaque round une équation à résoudre. « Je ne cherche pas la gloire, je cherche la victoire », répète-t-il. Son modèle ? Khabib Nurmagomedov, autre maître du contrôle sans fioritures.
De l’autre, Pereira, l’artiste. Pour lui, le MMA est un spectacle. « Si les gens paient pour nous voir, on doit leur donner un show. » Son idole ? Anderson Silva, roi des finitions improbables.
Cette divergence se retrouve jusque dans leur préparation. Ankalaev s’entraîne dans le silence des montagnes du Dagestan, tandis que Pereira s’entoure de musique et de fans au Brésil. « Lui, il combat pour l’héritage. Moi, je combats pour l’émotion », résume le Brésilien.
Le 18 mai, ce ne seront pas seulement deux combattants qui s’affronteront, mais deux conceptions du sport.
Les pronostics : Qui part favori ?
Malgré les déclarations de Pereira, les bookmakers donnent Ankalaev légèrement favori (cote moyenne : 1.65 contre 2.20 pour le Brésilien). Pourquoi ?
- L’expérience au sommet : Ankalaev a défendu son titre avec succès, Pereira l’a perdu face à Jamahal Hill.
- La constance : Le Russe n’a pas connu de défaite depuis 6 ans.
- Le style : Son grappling neutralise les frappeurs, comme l’a montré leur premier duel.
Pourtant, les experts soulignent un facteur X : la motivation. « Pereira a quelque chose à prouver. Ankalaev, lui, a déjà tout gagné », analyse Daniel Cormier. Une dynamique qui pourrait renverser les pronostics.
Le 18 mai, l’UFC 320 ne sera pas qu’un combat. Ce sera un règlement de comptes, un choc de styles, et peut-être un tournant pour la division des poids mi-lourds. Magomed Ankalaev a la technique, la régularité et le titre. Alex Pereira a la puissance, l’orgueil blessé et une promesse à tenir.
Une chose est sûre : après les polémiques de l’UFC 313, aucun des deux ne voudra laisser le moindre doute. *« Cette fois, ce sera clair »*, assure Pereira. Ankalaev, lui, se contente d’un sourire : *« Les mots ne gagnent pas les combats. »*
Reste à savoir qui, entre l’artisan et l’artiste, imposera sa vision du MMA. La réponse dans quelques jours… sous les projecteurs d’Abou Dhabi.

