Halloween 2024 : quand le MMA rencontre l'horreur... littéralement
Le 31 octobre 2024 restera gravé dans les mémoires des fans de MMA, mais pas pour les raisons espérées. Alors que les enfants frappaient aux portes pour des bonbons, Tom Aspinall offrait à ses 2 millions d'abonnés Instagram une image bien plus glaçante : un selfie avec un eye patch noir, le visage partiellement caché, légende à l'appui - "Trick or treat, motherf*ckers". Le clin d'œil macabre ne s'arrêtait pas là. Dans une story suivante, il partageait un montage comparant Ciryl Gane à Freddy Krueger, le tueur aux griffes d'acier de la saga Les Griffes de la Nuit. "Quand tu réalises que ton pire cauchemar est devenu réalité", pouvait-on lire en légende.
Derrière cette mise en scène digne d'un film d'horreur se cache une réalité bien plus sombre. Trois semaines après l'UFC 321, la blessure oculaire d'Aspinall refuse de guérir. Son père, Tony, a révélé à MMA Junkie que son fils souffrait encore de "vision floue et de sensibilité extrême à la lumière", des symptômes qui "ne devraient pas persister aussi longtemps après un simple eye poke". Pire : des consultations avec un ophtalmologiste spécialisé sont prévues cette semaine pour écarter tout risque de déchirure rétinienne ou de glaucome traumatique - des complications qui pourraient mettre fin à sa carrière.
Le timing de cette révélation, à la veille d'Halloween, n'est pas anodin. Aspinall, connu pour son sens aigu du storytelling, a transformé sa convalescence en spectacle. "Je voulais montrer aux gens à quel point c'est sérieux", a-t-il confié à ESPN MMA. "Les gens pensent qu'un eye poke, c'est juste une petite gêne. Mais quand tu ne peux plus conduire parce que les phares des voitures te brûlent les yeux, ça devient un vrai problème."
Cette stratégie de communication a un double tranchant. D'un côté, elle humanise le combattant, montrant les coulisses souvent ignorées des blessures en MMA. De l'autre, elle attise les braises d'une polémique qui divise les fans depuis le 12 octobre.
UFC 321 : 2 minutes et 14 secondes qui ont tout changé
Retour en arrière. Le 12 octobre 2024, le TD Garden de Boston retient son souffle. Pour la première fois depuis le départ de Jon Jones, le titre des poids lourds est à portée de main. Tom Aspinall, invaincu depuis 2020 (7-0 à l'UFC), affronte Ciryl Gane, l'ancien champion intérimaire en quête de rédemption après sa défaite face à Jones. Les bookmakers donnent un léger avantage à l'Anglais (1.75 contre 2.10 pour le Français).
Le combat commence tambour battant. Gane, fidèle à son style, multiplie les coups de pied bas et les jabs précis. Aspinall, lui, cherche le clinch. À 2:14 du premier round, alors que les deux hommes sont à distance, Gane lance un jab du droit. Son pouce, mal positionné, vient heurter l'œil gauche d'Aspinall. La réaction est immédiate : le Britannique s'effondre, les mains sur le visage, hurlant de douleur. L'arbitre Marc Goddard intervient aussitôt.
Cinq minutes de pause. Les médecins de l'UFC examinent Aspinall, qui cligne des yeux frénétiquement, incapable de les ouvrir pleinement. "Je ne vois plus rien de cet œil", murmure-t-il à son coach. Malgré plusieurs tentatives pour reprendre, la douleur persiste. Goddard n'a d'autre choix que de déclarer un no-contest - une première pour un combat de titre depuis UFC 210 (Daniel Cormier vs Anthony Johnson).
Dans le chaos qui suit, une image marque les esprits : Aspinall, assis sur son tabouret, un eye patch improvisé avec du ruban adhésif, tandis que Gane, visiblement contrarié, tape du poing contre la cage. "Je n'ai pas fait exprès !", criera-t-il plus tard en conférence de presse. Trop tard : la machine à polémique est lancée.
"Il a abandonné" vs "Il a failli perdre un œil" : le MMA divisé
Dès l'annonce du no-contest, les réseaux sociaux s'embrasent. Deux clans s'affrontent :
#TeamAspinall (soutenu par des légendes comme Daniel Cormier et Michael Bisping) :
• "Un eye poke, c'est comme un coup bas - si tu ne peux pas continuer, c'est un no-contest point final." (DC)
• "Les gens qui disent qu'il a simulé n'ont jamais reçu un vrai coup de doigt dans l'œil. Ça peut perforer le globe oculaire !" (Dr. Jeffrey Davidson, ophtalmologiste spécialisé dans les sports de combat)
• "Gane a de la chance qu'Aspinall n'ait pas porté plainte. En boxe, ça aurait été une disqualification directe." (@MMAHistoryToday)
#TeamGane (avec des voix comme Henry Cejudo et Israel Adesanya) :
• "Dans la rue, tu te prends un doigt dans l'œil, tu continues à te battre. Là, c'est un titre mondial, et il abandonne ?" (Cejudo)
• "Tom est un guerrier, mais là, il a vu l'occasion de sauver son invincibilité. Smart move." (Adesanya)
• "Regardez les ralentis : le doigt a à peine effleuré son sourcil. Il a exagéré." (@UFCTonight, compte parodique)
Le débat prend une tournure surréaliste quand Dana White, le président de l'UFC, déclare en conférence de presse : "C'est la pire merde que j'aie vue depuis longtemps. On a un titre vacant, deux mecs qui veulent se battre, et ça finit comme ça ? Putain..." Avant d'ajouter, après une pause : "...Mais bon, si le médecin dit qu'il ne peut pas continuer, on n'a pas le choix."
Ce qui alimentera les théories du complot : selon MMA Fighting, Aspinall aurait refusé une troisième évaluation médicale sur place, préférant déclarer forfait. Une décision que son équipe justifie par "la peur d'aggraver la blessure", mais que ses détracteurs interprètent comme une preuve de simulation.
Dans l'ombre des projecteurs : ce que cache vraiment la blessure d'Aspinall
Loins des polémiques, la réalité médicale est bien plus inquiétante que ce que laissent entendre les mémes sur Freddy Krueger. Selon un rapport obtenu par Bloody Elbow (via une source proche de l'UFC), les premiers examens ont révélé :
• Une hémorragie sous-conjonctivale (sang dans le blanc de l'œil)
• Une possible lésion cornéenne (la cornée est la "vitrine" de l'œil)
• Une pression intraoculaire élevée (signe avant-coureur de glaucome)
• Des maux de tête persistants, suggérant une possible commotion oculaire
Le Dr. Paul Vinger, ophtalmologiste consultant pour la commission athlétique du Nevada, explique : "Un eye poke peut sembler bénin, mais la force générée par un jab en MMA (jusqu'à 500 psi) peut causer des dommages internes similaires à un coup de poing direct. Le problème, c'est que les symptômes peuvent s'aggraver 48 à 72h après l'impact."
C'est exactement ce qui s'est produit pour Aspinall. "Le lendemain du combat, je me suis réveillé avec l'impression d'avoir un couteau planté dans l'œil", a-t-il confié à The Mac Life. "Et depuis, ça empire certains jours. Les lumières vives me donnent des nausées. Hier, j'ai dû quitter un restaurant parce que les néons me faisaient mal."
Son entraîneur en jiu-jitsu, John Danaher, a partagé une anecdote révélatrice : "Tom a essayé de s'entraîner au grappling la semaine dernière. Après 10 minutes, il a dû arrêter parce qu'il ne voyait plus les prises venir de son côté gauche. C'est comme si son champ visuel avait rétréci."
Face à ces symptômes, l'équipe d'Aspinall a pris une décision radicale : consulter le Dr. Alan Crandall, un spécialiste de la rétine à Salt Lake City, connu pour avoir sauvé la carrière de plusieurs athlètes (dont le boxeur Errol Spence Jr après son accident de voiture). Le rendez-vous est prévu pour le 5 novembre, et les résultats pourraient être déterminants.
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour le titre des poids lourds
Avec Aspinall en convalescence et Gane dans l'expectative, la division des poids lourds est dans le flou le plus total. Voici les options qui s'offrent à l'UFC :
1. Le rematch immédiat (peu probable)
• Pour : C'est la solution la plus juste sportivement. Les fans veulent voir ce combat aller à son terme.
• Contre : Aspinall ne sera pas prêt avant début 2025. Gane, lui, veut combattre avant Noël.
• Verdict : Dana White a déjà écarté cette option : "On ne peut pas bloquer la division pendant 3 mois."
2. Gane vs Sergei Pavlovich (favoris)
• Pour : Pavlovich (8-1 à l'UFC, #3 du ranking) est en forme et mérite sa chance.
• Contre : Style peu spectaculaire, risque de combat ennuyeux.
• Date probable : UFC 323 (21 décembre 2024, Las Vegas)
3. L'option surprise : Jon Jones
• Scénario : Jones, toujours "champion honoraire", pourrait faire son retour pour unifier les ceintures.
• Problème : Il demande 15 millions de dollars... et un adversaire à sa mesure.
• Dana White : "Jon veut se battre ? Qu'il signe un contrat et on en parle."
4. Le chaos total : un tournoi à 4
• Idée : Gane vs Pavlovich et Stipe Miocic vs Jailton Almeida, les vainqueurs s'affrontent en 2025.
• Avantage : Ça relancerait l'intérêt pour la division.
• Inconvénient : Trop complexe à organiser avant l'été 2025.
Pendant ce temps, Aspinall observe depuis les coulisses. Son manager, Tim Simpson, a laissé entendre qu'il "ne serait pas contre un combat de retour contre un top 5 en mars 2025", histoire de prouver qu'il est toujours dans la course. "Tom veut ce titre plus que tout. S'il doit passer par Pavlovich ou Stipe pour y retourner, il le fera."
Quant à Gane, il reste étrangement silencieux. Son dernier post Instagram, un simple "Patience..." avec une photo de lui en train de s'entraîner, a été interprété comme un signe de frustration. "Ciryl est déçu, mais il sait que le business continue", confie une source proche de son équipe. "Il va prendre le combat qu'on lui propose, gagner, et forcer l'UFC à lui donner ce qu'il mérite."
Freddy Krueger, les médecins et l'avenir : ce qu'Aspinall ne vous dit pas
Derrière les posts provocateurs et les déclarations chassées, une question persiste : Tom Aspinall reviendra-t-il aussi fort ? Les blessures oculaires en MMA ont une histoire troublante :
• Charles Oliveira (2016) : Un eye poke contre Michael Chandler lui a causé une déchirure rétinienne. Il a mis 8 mois à récupérer.
• Donald Cerrone (2019) : Après un eye poke contre Justin Gaethje, il a développé un décollement de rétine. "J'ai failli perdre la vue", avait-il confessé.
• Joanna Jedrzejczyk (2018) : Une blessure similaire l'a forcée à porter des lunettes de protection pendant 6 mois.
Le cas d'Aspinall est d'autant plus préoccupant qu'il cumule plusieurs facteurs de risque :
• Antécédents : Il a déjà subi un eye poke en 2021 (contre Sergei Spivac), sans conséquences.
• Style de combat : Son jeu de clinch le expose aux coups accidentels.
• Génétique : Son père a révélé qu'il souffrait de "yeux sensibles" depuis l'enfance.
"Les médecins m'ont dit que j'avais une cornée plus fine que la moyenne", a admis Aspinall dans une interview rare avec BBC Sport. "C'est comme si j'avais une vitrine en verre fin, alors que la plupart des mecs ont du plexiglas. Un choc violent, et ça casse."
Cette vulnérabilité explique pourquoi son équipe envisage désormais des lunettes de protection pendant les entraînements (une première pour un poids lourd), et pourquoi ils ont contacté le Dr. Brian Boxer Wachler, un spécialiste californien qui a traité Conor McGregor après ses problèmes de vision en 2018.
"On explore toutes les options, y compris la chirurgie au laser préventive", confie Tony Aspinall. "Tom a 31 ans et au moins 5 bonnes années devant lui. On ne va pas gâcher ça à cause d'un accident."
Ironie du sort : alors qu'il jouait les durs avec son déguisement d'Halloween, Aspinall a peut-être involontairement révélé sa plus grande faiblesse. Et dans le monde impitoyable des poids lourds, où chaque détail compte, cette information pourrait bien changer la donne pour ses futurs adversaires.

