Le coup de théâtre qui a tout gâché
2h17 du matin à Riyad, le 30 mars 2024 : le Co-Main Event de l’UFC 321 s’annonce comme un choc de styles entre Tom Aspinall, le redoutable grappler britannique, et Ciryl Gane, l’artiste martial français souvent critiqué pour son manque d’agressivité. Pourtant, en à peine 1 minute et 23 secondes, tout bascule. Un coup de doigt accidentel dans l’œil gauche d’Aspinall – un geste aussi banal qu’involontaire – force l’arbitre Marc Goddard à arrêter le combat. Résultat : un no contest qui laisse les 18 000 spectateurs du Delta Center et des millions de fans sur le carreau.
La frustration est palpable. D’un côté, Gane, enfin libéré de ses chaînes mentales, venait d’enchaîner une série de jabs d’une précision diabolique, faisant saigner le nez d’Aspinall dès les premières secondes. De l’autre, le Britannique, connu pour son wrestling dominant, tentait désespérément des high kicks – une arme rarement vue dans son arsenal. Daniel Cormier, en commentateur pour ESPN, n’a pas caché son enthousiasme : "C’est le Ciryl Gane qu’on attendait depuis des années ! Il est en train de démonter Aspinall debout, et ça, c’est énorme."
Pourtant, derrière ce scénario tragique se cache une vérité plus grande : ce combat, s’il avait duré, aurait pu redéfinir la division des poids lourds. Pourquoi ? Parce que Gane venait de prouver qu’il pouvait imposer son jeu contre un top 3 mondial, là où il avait échoué face à Jon Jones en 2022. Et Aspinall, lui, découvrait les limites de son style face à un adversaire capable de neutraliser ses takedowns avec une aisance déconcertante.
"Il était en train de le casser" : l’analyse sans filtre de Daniel Cormier
Daniel Cormier n’y est pas allé par quatre chemins. Pour l’ancien double champion UFC, ce combat – aussi court soit-il – a révélé la performance la plus aboutie de Ciryl Gane depuis son arrivée dans l’organisation. "Il était confiant, précis, et surtout, il ne reculait pas. Contre Jon Jones, il avait peur de s’engager. Là, il a pris les devants, et ça change tout", a-t-il expliqué en post-fight.
Les chiffres donnent raison à DC :
- 5 jabs significatifs landed en 83 secondes (soit 60% de précision, un taux exceptionnel pour un poids lourd).
- 0 takedown réussi pour Aspinall, malgré 2 tentatives – un échec rare pour le spécialiste du double-leg.
- 1 high kick bloqué par Gane, suivi d’une contre-attaque immédiate avec un crochet du gauche.
Mais le plus surprenant reste la réaction d’Aspinall. D’habitude si maître de ses émotions, le Britannique a semblé déstabilisé dès les premières secondes. Son nez en sang, ses tentatives de takedowns avortées, et surtout, cette fracture dans son gameplan : pour la première fois, il devait chasser son adversaire, alors qu’il est habitué à être chassé. Une inversion des rôles qui, selon les observateurs, aurait pu lui coûter cher sur la durée.
Gane 3.0 : la renaissance d’un combattant en quête de rédemption
Il y a un an, après sa défaite face à Jon Jones à l’UFC 285, Ciryl Gane était au plus mal. Critiqué pour son manque d’agressivité, moqué pour son style jugé "trop technique et pas assez spectaculaire", le Français semblait avoir perdu cette étincelle qui l’avait mené au titre intérimaire en 2021. Pourtant, contre Aspinall, il a tout changé.
"J’ai travaillé mon mental. Contre Jones, j’avais peur de me faire dominer. Aujourd’hui, je sais que je peux battre n’importe qui debout", avait-il confié en conférence de presse. Et les faits lui donnent raison :
- Une garde haute et mobile : Gane a évité 100% des high kicks d’Aspinall, une statistique rare chez les lourds.
- Un jeu de jambes fluide : il a forcé le Britannique à se déplacer latéralement, le sortant de sa zone de confort.
- Des contre-attaques instantanées : chaque tentative de projection d’Aspinall se terminait par un jab ou un teep (coup de pied frontal).
"C’est le Gane qu’on voulait voir depuis son combat contre Volkov. Enfin, il assume son statut de striker d’élite", a salué Laura Sanko, co-commentatrice pour l’UFC. Même son entraîneur, Fernand Lopez, a reconnu une évolution majeure : "Il a compris qu’il devait dicter le combat, pas seulement réagir. Ça, c’est la marque des grands champions."
Et maintenant ? Les scénarios possibles après ce no contest
La question brûle les lèvres de tous les fans : que faire après ce no contest ? La réponse n’est pas simple, mais plusieurs pistes se dessinent :
- Un rematch immédiat : Dana White a déjà évoqué cette possibilité, arguant que "les fans méritent de voir la fin de ce combat". Problème : Aspinall a subi une fracture du nez et pourrait être indisponible 3 à 6 mois.
- Gane vs un autre top 5 : Sergei Pavlovich ou Jailton Almeida pourraient être des adversaires logiques pour garder le Français en activité.
- Un titre intérimaire : Si Jon Jones (champion en titre) reste inactif, l’UFC pourrait organiser un combat pour un titre intérimaire entre Gane et Stipe Miocic.
Du côté d’Aspinall, la déception est immense. "Je voulais prouver que j’étais le meilleur. Maintenant, je dois attendre, et ça me tue", a-t-il posté sur X (ex-Twitter). Pourtant, une chose est sûre : s’il y a bien un combat qui peut relancer sa carrière, c’est celui-ci. Car battre un Gane en pleine confiance, ce serait un message fort envoyé à toute la division.
Quant à Gane, il se retrouve dans une position délicate. D’un côté, il a prouvé qu’il était de retour au sommet. De l’autre, il n’a pas de victoire concrète à ajouter à son palmarès. "Je veux un vrai combat, pas un no contest. Si l’UFC me propose un autre adversaire, je serai prêt", a-t-il déclaré. Une chose est sûre : après cette performance, plus personne ne doute de son potentiel. Reste à savoir s’il pourra enfin concrétiser.
Derrière les gants : le détail qui a tout changé
Peu de gens le savent, mais Ciryl Gane a modifié un détail crucial dans sa préparation pour ce combat : son équipe de sparring. Après sa défaite contre Jones, il a décidé de s’entraîner avec des wrestlers purs, comme l’ancien champion olympique Henry Cejudo, pour mieux comprendre les mécanismes de défense anti-takedowns.
"Avant, je m’entraînais surtout avec des strikers. Résultat : je ne comprenais pas comment les lutteurs pensaient. Aujourd’hui, je sais anticiper leurs mouvements", a-t-il révélé. Et ça se voit. Contre Aspinall, il a contrecarré 100% des tentatives de projection, un exploit rare contre un spécialiste du genre.
Autre changement : son régime mental. Gane a travaillé avec un psychologue du sport pour gérer son stress en combat. "Contre Jones, j’étais paralysé par la peur de perdre. Là, j’ai combattu librement", a-t-il admis. Une libération qui pourrait bien être la clé de son retour au sommet.
La balle est maintenant dans le camp de l’UFC. Un rematch s’impose, non seulement pour les fans, mais pour l’équité sportive. Car une chose est sûre : ce duel inachevé a déjà changé la donne chez les poids lourds. Et la suite promet d’être explosive.

