UFC 320 : quand une accusation de triche relance la guerre froide entre Ankalaev et Pereira
À une semaine de l’un des chocs les plus attendus de l’année, l’UFC 320 du 17 août 2024 à Las Vegas s’annonce déjà comme un duel bien au-delà du sportif. Magomed Ankalaev, champion des poids mi-lourds, a en effet relancé les hostilités en accusant Alex Pereira d’avoir utilisé une technique interdite lors de leur premier affrontement en mars dernier : le greasing, soit l’application d’une substance lubrifiante sur le corps pour rendre les prises plus difficiles. Une pratique sanctionnée par les règles de l’UFC, mais difficile à prouver en plein combat.
Lors d’une conférence de presse tendue à Las Vegas, Ankalaev n’a pas mâché ses mots : *"Dès les premiers rounds, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Son corps était anormalement glissant, comme s’il avait été enduit de vaseline ou d’un produit similaire. J’ai immédiatement prévenu mon coach. En compétition, on sait quand un adversaire est naturellement glissant… et là, ce n’était pas naturel."* Une déclaration qui fait écho aux 12 tentatives de takedowns infructueuses du Russe durant le combat, un taux d’échec exceptionnellement élevé pour un lutteur de son calibre.
Pourtant, malgré ces difficultés, Ankalaev avait remporté la victoire aux points (48-47, 48-47, 47-48), prouvant une nouvelle fois sa domination technique face à l’ancien champion des poids moyens. Mais cette fois, l’enjeu dépasse le simple titre : il s’agit de l’honneur, et de la crédibilité d’un sport où la tricherie, même subtile, reste un tabou absolu.
"Il ment" : Pereira contre-attaque, la vidéo qui divise les réseaux
Comme à son habitude, Alex Pereira n’est pas resté silencieux. Le Brésilien, connu pour son franc-parler, a riposté en accusant Ankalaev d’avoir fui une confrontation au UFC Performance Institute, le centre d’entraînement officiel de l’UFC. Selon Pereira, les deux hommes auraient dû se croiser pour une séance médiatique, mais le Russe se serait "caché". Une version catégoriquement rejetée par Ankalaev : *"J’étais en kinésithérapie à ce moment-là. On m’a dit qu’il était dans le bâtiment, mais je ne l’ai pas vu. Puis il sort une vidéo où il prétend que je me cachais… C’est du mensonge pur. Il cherche juste à me déstabiliser avant le combat."*
La fameuse vidéo, partagée sur les réseaux sociaux, montre en effet Pereira marchant dans les couloirs du Performance Institute en appelant Ankalaev, sans que ce dernier ne réponde. Un montage qui a rapidement enflammé les débats, certains fans accusant le Dagestanais de manquer de respect, tandis que d’autres y voient une manipulation médiatique de la part de Pereira. *"C’est du théâtre"*, a même lancé un entraîneur proche d’Ankalaev sous couvert d’anonymat. *"Alex sait très bien comment jouer avec les émotions des fans."*
Greasing : une pratique rare, mais pas inexistante dans le MMA
Si l’accusation d’Ankalaev peut sembler surprenante, elle n’est pas sans précédent. L’histoire du MMA compte plusieurs cas avérés de greasing, le plus célèbre restant celui de Cub Swanson en 2014, qui avait été pénalisé pour avoir utilisé de la vaseline sur son torse. Les règles de l’UFC sont claires : toute substance externe (huile, crème, vaseline en excès) est interdite, car elle peut fausser l’équilibre du combat, notamment en rendant les takedowns et les soumissions plus difficiles.
*"Un combattant qui ‘grease’ gagne un avantage déloyal, surtout contre un lutteur comme Ankalaev"*, explique Daniel Cormier, ancien double champion UFC et commentateur pour ESPN. *"Si Pereira a vraiment fait ça, c’est grave. Mais il faut des preuves, et c’est là que ça devient compliqué."* En effet, contrairement à d’autres sports, le MMA ne dispose pas de contrôles systématiques pour détecter ce type de tricherie en temps réel. Tout repose sur la vigilance des arbitres et des coins, qui peuvent demander un nettoyage si un combattant semble trop glissant.
Lors du premier combat entre les deux hommes, aucun avertissement officiel n’avait été donné par l’arbitre. Pourtant, les images montrent bien Ankalaev essuyant plusieurs fois ses gants sur le short de Pereira, un geste qui pourrait indiquer une tentative de neutraliser la substance. *"Je n’ai pas porté plainte sur le moment parce que je voulais gagner proprement"*, a confié le Russe. *"Mais maintenant, je veux que tout le monde sache la vérité."*
17 août : un combat qui dépasse le titre, une question d’honneur
Avec ces accusations, la dimension psychologique du combat revanche prend une ampleur inédite. Pereira, connu pour son mental d’acier, devra gérer la pression d’être perçu comme un tricheur aux yeux d’une partie du public. À l’inverse, Ankalaev, souvent critiqué pour son style trop défensif, a ici l’opportunité de se poser en défenseur de l’éthique sportive.
*"Ce n’est plus juste une question de ceinture"*, analyse Chael Sonnen, légende du MMA et expert pour ESPN. *"C’est une guerre personnelle. Si Pereira perd, beaucoup diront que c’est parce qu’il n’a pas pu tricher. S’il gagne, Ankalaev aura l’impression d’avoir été volé deux fois. Dans les deux cas, ça va exploser."*
Les parieurs, eux, restent divisés. Malgré sa victoire en mars, Ankalaev n’est pas le favori (cote à +120 contre -140 pour Pereira chez les bookmakers). Une situation qui s’explique par le style explosif du Brésilien, capable de terminer un combat à tout moment, mais aussi par le doute semé par ces accusations. *"Si Alex a vraiment greasé la première fois, est-ce qu’il va recommencer ? Et si oui, est-ce qu’Ankalaev sera prêt ?"*, s’interroge un analyste de MMA Fighting.
Derrière les coups, une rivalité qui puise dans les différences culturelles
Au-delà des accusations, ce qui fascine dans ce duel, c’est le contraste total entre les deux hommes. Ankalaev, le Dagestanais méthodique, issu d’une région où le combat est une tradition séculaire, incarne la précision technique et le respect des règles. Pereira, lui, est le Brésilien flamboyant, ancien kickboxeur adepte des KO spectaculaires, qui assume un côté "bad boy" et une communication provocatrice.
*"C’est un peu le choc entre l’Est et l’Ouest"*, résume Laura Sanko, commentatrice pour l’UFC. *"Magomed représente l’école russe du MMA, où tout est calculé, où on ne laisse rien au hasard. Alex, c’est l’improvisation, l’instinct, le spectacle. Deux philosophies qui ne peuvent pas se comprendre."* Une opposition qui se retrouve même dans leurs stratégies médiatiques : là où Pereira multiplie les déclarations tapageuses, Ankalaev reste mesuré, préférant parler après les combats.
Cette différence de tempérament explique peut-être pourquoi leurs échanges verbaux sont si violents. Pour Pereira, proviquer fait partie du jeu. Pour Ankalaev, c’est une insulte à son intégrité. *"Je ne suis pas comme lui. Je ne joue pas avec les mots"*, a-t-il lancé. *"Mais si il veut une guerre, il l’aura. Dans la cage, pas en dehors."*
Ce que l’UFC risque (ou gagne) avec cette polémique
Pour l’UFC, cette polémique est à double tranchant. D’un côté, elle alimente le buzz autour d’un PPV (Pay-Per-View) déjà très attendu, avec des ventes qui pourraient dépasser le million selon les estimations. De l’autre, elle pose la question de l’image du sport : si les accusations d’Ankalaev s’avèrent fondées, cela jetterait une ombre sur la crédibilité des contrôles anti-triche de l’organisation.
*"L’UFC a tout intérêt à ce que ce combat se passe sans nouveau scandale"*, estime Ariel Helwani, journaliste spécialisé. *"Mais en même temps, ils adorent le drama. C’est un équilibre difficile."* Dana White, le président de l’UFC, n’a pas encore réagi publiquement, mais son silence en dit long : dans l’univers du MMA, toute publicité est bonne à prendre, même (surtout ?) si elle vient d’une polémique.
Une chose est sûre : après le 17 août, rien ne sera plus comme avant. Soit Pereira lave son honneur en dominant Ankalaev, soit le Russe confirme sa supériorité et enterre définitivement les doutes. Dans les deux cas, l’UFC 320 restera comme l’un des combats les plus chargés émotionnellement de l’histoire récente. Et peut-être, aussi, comme un tournant dans la lutte contre les pratiques douteuses en MMA.

