Le monde du MMA retient son souffle. Après sa victoire éclatante contre Charles Oliveira à l’UFC 317, Ilia Topuria est devenu le nouveau visage des poids légers – une division historiquement dominée par des légendes comme Khabib Nurmagomedov ou Islam Makhachev. Mais qui sera son premier défenseur ? Le champion en titre des poids légers, Makhachev, a tranché : "Donnez-lui Arman Tsarukyan. Là, on verra de quoi il est vraiment capable."
Makhachev vs Dana White : deux visions pour Topuria
Alors que le président de l’UFC, Dana White, évoque régulièrement des noms comme Paddy Pimblett (11ᵉ mondial) pour leur potentiel "box-office", Makhachev adopte une approche radicalement différente. Pour lui, un champion ne se mesure pas à sa capacité à vendre des PPV, mais à sa capacité à dominer les meilleurs. Et dans cette optique, Arman Tsarukyan (7ᵉ mondial, 21-3) incarne le défi parfait.
Le Russe ne mâche pas ses mots : "Pimblett est un bon combattant, mais il n’a jamais affronté un top 5. Tsarukyan, lui, a déjà battu des gars comme Mateusz Gamrot ou Damir Ismagulov. C’est un vrai test, pas un combat pour faire joli." Une déclaration qui sonne comme un désaveu des stratégies promotionnelles de l’UFC, souvent critiquées pour privilégier le spectacle à la sportivité.
Statistiquement, le contraste est frappant :
- Topuria : 17-0, mais seulement 3 combats dans le top 15 (Oliveira, Josh Emmett, Bryce Mitchell).
- Tsarukyan : 21-3, avec 7 victoires contre des top 15, dont 4 par décision unanime.
- Pimblett : 20-3, mais 0 victoire contre un top 10 (sa meilleure performance : Tony Ferguson, alors 12ᵉ mondial).
Tsarukyan : le "problème" que Topuria n’a pas envie d’affronter
Pourquoi Tsarukyan fait-il si peur ? Parce qu’il représente l’anti-Topuria : là où le Géorgien-Espagnol mise sur un style explosif et spectaculaire, l’Arménien est un maître des détails. Son jeu de jambes, sa gestion de la distance et sa capacité à neutraliser les grapplers (comme contre Gamrot) en font un adversaire redoutable pour quiconque vise le titre.
Makhachev, qui s’est entraîné avec Tsarukyan par le passé, connaît ses forces : "Il a une intelligence de combat rare. Il ne se précipite pas, il attend que tu fasses une erreur, et là… boum. Topuria aime le rythme élevé, mais Arman peut le casser." Une analyse qui rejoint celle de l’ancien champion Michael Chandler, qui avait déclaré après sa défaite face à Oliveira : "Tsarukyan est le genre de gars qui te fait regretter d’être monté en poids légers."
Le problème ? Topuria et son équipe semblent éviter sciemment ce matchup. Lors d’une récente interview, son entraîneur, Fernando Lopez, a glissé : "Ilia veut des combats qui font sens pour sa carrière. Tsarukyan est un bon combattant, mais il y a d’autres options plus intéressantes." Sous-entendu : moins risquées.
Le piège du "combattant marketing" : pourquoi Pimblett serait une erreur
Si l’UFC penche pour Pimblett, c’est avant tout pour son charisme médiatique. Le Britannique, star des réseaux sociaux, garantit des ventes de PPV et une exposition maximale. Mais Makhachev voit dans ce choix un danger pour la crédibilité de la division :
"Imaginez : Topuria bat Pimblett, tout le monde dit ‘ouais, mais Pimblett n’était pas un vrai défi’. Il perd ? C’est la catastrophe. Tsarukyan, au moins, même en cas de défaite, Topuria garde son statut. Parce que tout le monde sait que c’est un vrai combat."
L’histoire récente lui donne raison. En 2022, Leon Edwards avait défendu son titre contre Colby Covington (un "vrai" prétendant) avant d’affronter Kamaru Usman – une stratégie qui avait renforcé sa légitimité. À l’inverse, Jorge Masvidal avait payé cher son combat "marketing" contre Ben Askren (alors 11ᵉ mondial), vu comme une étape trop facile avant un titre.
Pour Daniel Cormier, commentateur pour ESPN, le choix est clair : "Si Topuria veut être considéré comme un grand champion, il doit affronter Tsarukyan. Sinon, on restera toujours dans le doute."
Derrière les coulisses : les calculs de l’UFC et l’ombre de Khabib
Pourquoi l’UFC hésite-t-elle à organiser Topuria vs Tsarukyan ? Parce que ce combat comporte un risque financier. Tsarukyan, bien que technique, n’a pas le même pouvoir d’attraction qu’un Pimblett ou qu’un Conor McGregor (toujours évoqué pour un retour). Or, après le succès mitigé de l’UFC 300 (critiqué pour ses cartons trop prévisibles), Dana White veut éviter les risques.
Autre facteur : l’héritage de Khabib Nurmagomedov. Makhachev, son protégé, sait que la division des poids légers a été construite sur des défis extrêmes (comme Khabib vs Ferguson, annulé 5 fois avant de ne jamais avoir lieu). En poussant pour Tsarukyan, il perpétue cette philosophie : un champion doit affronter les meilleurs, peu importe les enjeux business.
Une source proche de l’UFC a confié sous anonymat : "On sait que Topuria vs Tsarukyan serait un combat incroyable techniquement, mais est-ce que ça vend 700 000 PPV ? Non. Pimblett, même en cas de défaite, garantit 500 000 ventes rien qu’avec ses fans britanniques." Un dilemme classique entre sport et spectacle.
Scénarios possibles : vers un Topuria vs Tsarukyan en 2025 ?
Trois options se dessinent pour Topuria :
- Tsarukyan à l’UFC 320 (avril 2025) : Le scénario idéal pour Makhachev, mais peu probable sans pression médiatique.
- Pimblett à l’UFC 319 (décembre 2024) : Un combat "safe" pour l’UFC, mais risqué pour la crédibilité de Topuria.
- Attendre McGregor : Si le Irlandais revient en 2025, ce serait un méga-combat… mais McGregor n’a plus combattu depuis juillet 2021.
Tsarukyan, lui, semble prêt. Après sa victoire contre Joel Alvarez en mars 2024, il a lancé : "Je veux le titre. Donnez-moi Topuria, et je vous montre comment on bat un champion." Une déclaration qui a fait réagir Makhachev : "Enfin quelqu’un qui parle comme un vrai compétiteur, pas comme un influenceur."
Reste une question : Topuria acceptera-t-il le défi ? Son dernier post Instagram ("Je veux les meilleurs, pas les plus bruyants") pourrait être un indice… ou une stratégie pour faire monter les enchères.

