"Je déteste ça." La phrase est tombée comme un couperet lors d’un entretien avec TNT Sports. Dana White, président de l’UFC, n’y va pas par quatre chemins : pour lui, refuser un combat par amitié est une "hérésie sportive". Une position radicale, mais cohérente avec sa philosophie du MMA, où seuls les meilleurs doivent s’imposer, qu’importe les liens personnels. Pourtant, cette fois, c’est un champion en titre qui se retrouve dans sa ligne de mire : Tom Aspinall, le redoutable poids lourd britannique.
"Je rendrais ma ceinture" : la déclaration explosive d’Aspinall
Tout a commencé quand Tom Aspinall, actuel champion des poids lourds de l’UFC, a lâché une bombe en conférence de presse : "Si l’UFC me demande d’affronter Ante Delija [son coéquipier et ami], je refuserai. Et si ça signifie perdre ma ceinture, alors je la rendrai." Une prise de position qui a fait l’effet d’un séisme dans le milieu. Pour Aspinall, l’amitié passe avant la compétition – un principe que Dana White, lui, ne peut pas tolérer.
Delija, combattant croate évoluant aussi chez Xtreme Couture (la salle d’entraînement d’Aspinall), est un partenaire d’entraînement de longue date. Les deux hommes s’entraident quotidiennement, forgent leur jeu ensemble… et voici que l’UFC pourrait les opposer. Un dilemme moral que White balaye d’un revers de main : "Dans le sport, on ne choisit pas ses adversaires. Soit tu veux être le meilleur, soit tu ne l’es pas."
Pourtant, Aspinall n’est pas le premier à se retrouver dans cette situation. Merab Dvalishvili, prétendant au titre des poids coqs, avait lui aussi refusé de défier Aljamain Sterling – son ami et mentor – tant que ce dernier détenait la ceinture. Résultat ? White avait gelé ses aspirations au titre, le privant de toute opportunité jusqu’au départ de Sterling. "Si tu ne veux pas combattre les meilleurs, alors tu ne mérites pas d’être champion," avait-il asséné.
L’UFC et ses duels fratricides : une tradition controversée
Dana White le rappelle : l’histoire de l’UFC regorge de combats entre amis ou coéquipiers. Certains sont même devenus légendaires :
• Chuck Liddell vs Tito Ortiz (UFC 47, 2004) : Deux anciens coéquipiers chez The Pit qui se sont déchirés pour le titre des mi-lourds.
• Randy Couture vs Vitor Belfort (UFC 46, 2004) : Couture, alors entraîneur de Belfort, l’a affronté pour prouver sa suprématie.
• Jon Jones vs Rashad Evans (UFC 145, 2012) : Une amitié brisée par une rivalité pour la ceinture des mi-lourds.
Pour White, ces exemples démontrent une vérité simple : "Le respect se gagne en combattant, pas en évitant les défis." Pourtant, certains athlètes, comme Georges St-Pierre, ont toujours refusé de combattre des coéquipiers, estimant que certaines lignes ne doivent pas être franchies.
Mais alors, pourquoi une telle incompréhension entre White et ses athlètes ? La réponse tient peut-être à la culture du MMA. Dans les sports individuels comme le tennis ou la boxe, les duels entre amis sont monnayés (voir Floyd Mayweather vs Oscar De La Hoya). Mais au sein d’une équipe, où les combattants partagent leur quotidien, la donne change. "On s’entraîne pour se dépasser, pas pour se détruire," confie un entraîneur anonyme de Jackson Wink MMA.
"C’est du business" : la vision impitoyable de Dana White
Pour le patron de l’UFC, le MMA est avant tout une industrie. Et dans le business, "les sentiments n’ont pas leur place". White assume un discours cash : "Les fans veulent voir les meilleurs s’affronter. Point." Si un champion refuse un combat par amitié, il prive les spectateurs d’un spectacle… et l’UFC d’un pay-per-view juteux.
Pourtant, cette rigidité a un coût. Certains combattants, comme Khabib Nurmagomedov, ont quitté l’UFC en partie à cause de cette pression. Khabib avait toujours refusé de combattre son ami Islam Makhachev, préférant protéger leur relation plutôt que de céder aux exigences promotionnelles. "Certaines choses sont plus importantes que l’argent ou les ceintures," avait-il déclaré en 2021.
Alors, qui a raison ? Les puristes, comme White, estiment que le sport doit rester sacré. Les autres, comme Aspinall ou Khabib, défendent une vision plus humaine du MMA, où les liens comptent autant que les victoires. Une chose est sûre : cette polémique ne fera pas taire les débats… et pourrait bien changer la donne pour les futures générations de combattants.
Derrière les projecteurs : ce que les combattants en pensent vraiment
"Personne ne comprend ce que c’est de devoir frapper un pote à pleine puissance." Ce témoignage anonyme d’un combattant UFC résume le dilemme. Dans les coulisses, beaucoup avouent redouter ce scenario :
• "On passe des heures à s’entraîner ensemble. Comment ensuite se regarder en face après un KO ?" (Un poids moyen sous contrat UFC)
• "White parle depuis son bureau. Lui, il ne monte pas dans la cage." (Un vétéran des poids légers)
• "Si tu blesse gravement un ami, tu dois vivre avec ça. L’UFC ne paiera pas ta thérapie." (Un entraîneur de renom)
Pourtant, d’autres, comme Colby Covington, assument sans complexe : "Si l’UFC me demande de combattre mon frère, je le ferai. C’est le jeu." Une position extrême, mais qui illustre bien la fracture culturelle au sein du MMA moderne.
Et Tom Aspinall dans tout ça ? Le champion britannique, connu pour son franc-parler, n’a pas reculé : "Je ne trahirai pas mes principes pour une ceinture. Si l’UFC ne veut plus de moi à cause de ça, tant pis." Une déclaration qui force le respect… mais qui pourrait bien lui coûter cher. Car dans l’univers impitoyable de Dana White, les compromis n’existent pas.

