Un octogone qui parle brésilien : la stratégie payante de Mesquita
Le 14 septembre 2024, l'UFC Vegas 114 a offert un spectacle inattendu : Bia Mesquita, nouvelle recrue du MMA, a terrassé Montserrat Rendon en seulement 1 minute et 47 secondes. Un résultat qui a surpris les observateurs, mais aussi l'athlète elle-même. "On s'attendait à ce que ce combat soit plus difficile", a-t-elle confié à Ag Fight, soulignant le profil de son adversaire, habituée aux décisions serrées. Pourtant, dès les premiers échanges, Mesquita a trouvé une faille dans la garde de Rendon, lui permettant de placer un coup décisif suivi d'une transition au sol.
Cette efficacité s'explique par une préparation minutieuse. Contrairement à ses débuts où elle avouait "faire des caresses en donnant des coups", Mesquita a affûté son ground and pound sous la houlette de Marcos Parrumpa, entraîneur à l'American Top Team. "Maintenant, je frappe avec précision. C'est devenu une arme pour amener le jiu-jitsu", explique-t-elle. Une évolution cruciale, car dans le MMA moderne, la capacité à enchaîner frappes et soumissions fait souvent la différence.
Du tatami à l'octogone : l'art subtil de la transition
Bia Mesquita n'est pas une novice dans les sports de combat. Avec un palmarès impressionnant en jiu-jitsu brésilien (plusieurs titres mondiaux), elle aborde le MMA avec un avantage certain : une maîtrise du sol qui désarçonne ses adversaires. Pourtant, la transition n'est pas aussi simple qu'il y paraît. "En jiu-jitsu, on travaille la technique pure. En MMA, il faut ajouter la puissance, la précision des coups, et surtout, la gestion du stress", analyse-t-elle.
Son parcours illustre cette adaptation. Lors de ses premiers entraînements de ground and pound, elle se sentait "désajustée", comme si son corps refusait d'associer la douceur des clés articulaires à la violence des frappes. Aujourd'hui, après deux ans de travail ciblé, elle combine les deux avec une fluidité remarquable. "C'est comme apprendre à danser sur un rythme différent", compare-t-elle. Une métaphore qui résume bien l'évolution d'une athlète habituée aux combats au sol, mais qui doit désormais intégrer la dimension verticale du MMA.
Cette polyvalence est devenue sa marque de fabrique. Lors de l'UFC Vegas 114, elle a prouvé qu'elle pouvait passer d'une phase de striking à une soumission en quelques secondes, un atout rare dans la division féminine des poids coqs. "Son jiu-jitsu est si solide que ses adversaires n'osent plus s'engager au sol", note un analyste de l'UFC. Une pression psychologique qui joue en sa faveur avant même le début du combat.
Montserrat Rendon : une adversaire sous-estimée ?
Si Bia Mesquita a dominé le combat, Montserrat Rendon n'est pas une adversaire à prendre à la légère. Avec un record de 10 victoires (dont 7 par décision), la Mexicaine était réputée pour sa résistance et sa capacité à tenir jusqu'au dernier round. "Son style rappelle celui de certaines combattantes asiatiques, très défensif mais redoutable en contre", explique un entraîneur de MMA basé à Mexico.
Pourtant, face à Mesquita, Rendon a semblé désorientée. "Elle n'a pas su gérer la pression au sol", observe un journaliste présent à l'événement. Une erreur stratégique, car en MMA, une fois au sol, les options se réduisent comme peau de chagrin. Mesquita, elle, a exploité cette faiblesse avec une précision chirurgicale, enchaînant coups de poing et tentatives de soumission jusqu'à la victoire par KO technique.
Ce combat pose une question cruciale : les combattantes spécialisées dans les décisions aux points sont-elles adaptées au rythme actuel du MMA, où l'agressivité et la capacité à finir les combats rapidement deviennent primordiales ? Pour Rendon, ce revers pourrait être un tournant. Pour Mesquita, en revanche, c'est une confirmation : son style hybride, mêlant jiu-jitsu et striking, est taillé pour l'élite du MMA.
L'American Top Team : un laboratoire d'innovations pour le MMA féminin
Le succès de Bia Mesquita ne s'explique pas seulement par son talent individuel. Son intégration à l'American Top Team (ATT), l'une des plus prestigieuses écuries de MMA au monde, a joué un rôle clé. Sous la direction de Marcos Parrumpa, elle a bénéficié d'un programme d'entraînement sur mesure, axé sur le développement du ground and pound et des transitions entre striking et grappling.
"L'ATT a une approche scientifique du MMA", explique un ancien membre de l'équipe. "Ils analysent les faiblesses de chaque athlète et conçoivent des exercices spécifiques pour les corriger." Dans le cas de Mesquita, cela s'est traduit par des séances hebdomadaires dédiées au ground and pound, une compétence souvent négligée par les pratiquants de jiu-jitsu en transition vers le MMA.
Cette méthodologie porte ses fruits. Mesquita n'est pas la seule à avoir progressé rapidement sous la bannière de l'ATT. Des combattantes comme Amanda Nunes ou Joanna Jedrzejczyk ont également bénéficié de cette approche, prouvant que l'écurie sait adapter ses méthodes aux spécificités du MMA féminin. "Chez nous, on ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes. On travaille les mêmes techniques, avec la même intensité", affirme un entraîneur de l'ATT.
Pour Mesquita, cette philosophie a été déterminante. "Avant, je pensais que le MMA était juste du jiu-jitsu avec des coups de poing. Maintenant, je comprends que c'est un sport à part entière, avec ses propres règles et ses propres défis", confie-t-elle. Une prise de conscience qui se reflète dans ses performances.
Le futur du MMA féminin : Mesquita comme modèle ?
Avec deux victoires en deux combats au UFC, Bia Mesquita s'impose comme l'une des révélations du MMA féminin. Son parcours pourrait inspirer d'autres spécialistes du jiu-jitsu à franchir le pas, à l'image de ce qu'a fait Ronda Rousey il y a une décennie. "Son succès montre que les athlètes avec un background en grappling peuvent réussir en MMA, à condition de travailler leur striking et leur cardio", analyse un expert du sport.
Pourtant, des défis subsistent. Le MMA féminin reste une discipline en pleine évolution, où les combattantes doivent constamment s'adapter aux nouvelles tendances. "Aujourd'hui, les athlètes doivent être complètes. Une spécialiste du striking doit savoir se défendre au sol, et vice versa", souligne un entraîneur. Dans ce contexte, Mesquita incarne un modèle d'équilibre, alliant technique et agressivité.
Son prochain combat sera crucial. Face à une adversaire plus expérimentée en MMA, elle devra prouver que sa victoire contre Rendon n'était pas un coup de chance. "Je veux continuer à progresser. Chaque combat est une leçon", déclare-t-elle. Une humilité qui contraste avec l'assurance qu'elle dégage dans l'octogone.
À 30 ans, Bia Mesquita a encore de belles années devant elle. Si elle maintient ce rythme, elle pourrait bien devenir l'une des figures majeures du MMA féminin, aux côtés de noms comme Amanda Nunes ou Valentina Shevchenko. Une perspective qui, il y a encore deux ans, semblait lointaine pour cette spécialiste du jiu-jitsu. Aujourd'hui, elle est à portée de main.
La victoire de Bia Mesquita à l'UFC Vegas 114 marque un tournant dans sa carrière, mais aussi dans la perception du MMA féminin. Son parcours illustre l'importance d'une transition bien préparée, où chaque détail compte, du ground and pound à la gestion du stress. Alors que le MMA continue d'évoluer, des athlètes comme elle montrent que l'expertise technique, alliée à une approche stratégique, peut faire la différence.
Pour les fans, cette performance est un rappel que le MMA est un sport en constante mutation, où les spécialistes d'une discipline peuvent se réinventer. Pour Mesquita, c'est une étape de plus vers l'élite. Et si son prochain combat confirme son potentiel, elle pourrait bien devenir la nouvelle référence du MMA féminin.
Une chose est sûre : dans un sport où l'imprévisible est la règle, Bia Mesquita a su écrire une page de son histoire avec panache. Et ce n'est probablement qu'un début.

