Un choc de philosophies : l’explosivité australienne vs. la méthode dagestanaise
Le 15 novembre 2024, l’UFC 322 à New York opposera deux visions radicalement opposées des arts martiaux mixtes. D’un côté, Jack Della Maddalena, l’Australien au style offensif et spectaculaire, adulé pour ses KO fulgurants et son agressivité debout. De l’autre, Islam Makhachev, maître incontesté du grappling dagestani, une approche où chaque mouvement est un piège, chaque contrôle une sentence. Pour Belal Muhammad, lui-même 9ᵉ mondial chez les welters, ce combat est un "matchup cauchemardesque" pour l’Australien. "Jack a du cœur et du talent, mais il n’a jamais affronté ce niveau de pression au sol. C’est comme envoyer un boxeur pur face à un samboïste de haut niveau : le résultat est écrit d’avance.", lance-t-il sans détour.
La clé du combat ? Le sol. Della Maddalena, malgré ses 13 victoires en 15 combats, a montré des faiblesses criantes dans ce domaine. Sa défaite face à Leon Edwards en mai 2024 (par décision unanime) a révélé son incapacité à se défendre contre un grappler méthodique. Or, Makhachev n’est pas Edwards : c’est un spécialiste du contrôle asphyxiant, formé dans les montagnes du Dagestan où le combat au sol est une religion. "Ils ne te laissent pas respirer. Même quand tu crois t’échapper, tu es déjà dans leur prochain mouvement.", explique Muhammad, qui a pu s’entraîner avec l’équipe de Makhachev à Eagle FC.
Dagestan vs. Australie : quand l’expérience écrase le talent brut
Belal Muhammad insiste sur un point crucial : l’abîme d’expérience. Makhachev, 33 ans, est un vétéran des combats de haut niveau, avec des victoires contre des légendes comme Dustin Poirier ou Charles Oliveira. Della Maddalena, 27 ans, bien que prometteur, n’a jamais affronté un adversaire capable de désamorcer son jeu debout tout en le dominant au sol. "Jack est comme un coureur de 100 mètres face à un marathonien. Au début, il a l’avantage, mais dès que Makhachev l’amène au tapis, c’est fini.", compare Muhammad.
Le parallèle avec Khamzat Chimaev vs. Dricus Du Plessis (UFC 279) est frappant. Comme Della Maddalena, Du Plessis était un striker redouté, mais Chimaev l’a étouffé en 17 secondes grâce à un takedown explosif suivi d’un étranglement. Makhachev, bien que moins explosif que Chimaev, possède une technique encore plus raffinée. "Khamzat, c’est la force brute. Islam, c’est la précision chirurgicale. Les deux sont mortels.", précise Muhammad. Pour lui, Della Maddalena devra non seulement éviter les takedowns, mais aussi survivre aux transitions – un domaine où Makhachev excelle, avec un taux de réussite de 60% en contrôle au sol (source : UFC Stats).
Le grappling dagestani : une "science" sous-estimée en Occident
Ce qui rend Makhachev si dangereux, selon Muhammad, c’est sa maîtrise du "grappling asymétrique", une spécialité dagestanaise. Contrairement aux lutteurs occidentaux, qui privilégient la force ou les enchaînements prévisibles, les Dagestanais utilisent des mouvements en spirale pour déséquilibrer l’adversaire. "Ils ne te poussent pas, ils te tirent dans leur jeu. Tu penses contrer un takedown, mais en réalité, tu tombes droit dans leur garde.", décrit Muhammad, fasciné par cette approche.
Un exemple ? Le combat Makhachev vs. Oliveira (UFC 280), où le Russe a dominé le Brésilien au sol pendant 18 minutes sur 25, sans jamais lui laisser d’espace. "Jack n’a pas ce niveau de défense. Même s’il améliore son grappling, Makhachev a 10 ans d’avance.", assure Muhammad. Pire : Della Maddalena a l’habitude de se relever rapidement après un takedown, une stratégie qui ne fonctionnera pas face à un adversaire capable de chaîner les soumissions (il a tenté 12 soumissions en 11 combats à l’UFC).
"En Occident, on apprend à lutter pour gagner des points. Au Dagestan, on apprend à lutter pour briser l’adversaire." — Belal Muhammad
Le scénario le plus probable : une victoire par soumission avant le 3ᵉ round
Alors, comment voit Muhammad la fin de ce combat ? "Soumission au 2ᵉ round, ou TKO au sol." Voici son raisonnement :
- Round 1 : Della Maddalena tente de garder la distance avec des coups de pied, mais Makhachev feinte et obtient un premier takedown. L’Australien se relève, mais perd déjà en énergie.
- Round 2 : Makhachev accélère la pression. Après une série de strikes, il enchaîne avec un single-leg takedown et passe en montée. Della Maddalena, épuisé, se fait prendre dans un rear-naked choke ou un arm-triangle.
- Si le combat va au 3ᵉ round : C’est déjà une victoire morale pour Della Maddalena, mais Makhachev continuera à le dominer au sol jusqu’à l’arrêt de l’arbitre.
Muhammad ajoute un détail inquiétant : "Si Jack se retrouve dos au tapis, il n’a aucune chance. Makhachev a un ground-and-pound dévastateur, et les arbitres de l’UFC n’hésitent plus à arrêter les combats quand un combattant est en danger." Une référence à peine voilée au KO technique de Tony Ferguson face à Makhachev en 2022, où l’arbitre a stoppé le combat après seulement 2 minutes de contrôle au sol.
Et si Della Maddalena créait la surprise ?
Bien sûr, les combats de MMA réservent parfois des surprises. Muhammad admet qu’il existe un scénario où Della Maddalena l’emporte : "S’il arrive à toucher Makhachev tôt avec un coup puissant et à le faire reculer, il pourrait le surprendre. Mais Islam a un menton en acier, et il n’a jamais été KO en 25 combats."
L’autre option ? Un KO debout, comme celui de Justin Gaethje contre Makhachev (UFC 284). Mais Gaethje est un striker d’élite, avec une puissance que Della Maddalena n’a pas encore prouvée face à ce niveau de compétition. "Jack a du potentiel, mais ce n’est pas encore un killer comme Gaethje. Et même Gaethje a perdu.", rappelle Muhammad.
"Dans ce sport, le talent ne suffit pas. Il faut aussi de l’expérience, de la ruse, et une technique à toute épreuve. Makhachev a les trois. Della Maddalena n’a que le talent… pour l’instant."
Le combat Makhachev vs. Della Maddalena s’annonce comme un cours magistral de grappling dagestani, où chaque détail technique pourrait faire la différence. Si Belal Muhammad a raison, l’Australien va découvrir la dure loi des combats au sol face à un maître absolu. Mais le MMA reste imprévisible : et si Della Maddalena, dos au mur, révélait une facette inconnue de son jeu ? Une chose est sûre : le 15 novembre, New York assistera soit à l’avènement d’une nouvelle star, soit à la confirmation implacable d’une dynastie. Dans les deux cas, ce sera spectaculaire.
Reste une question : après ce combat, qui osera encore défier les rois du Caucase ?

