L'analyse qui fait trembler les pronostics
Quand on annonce un combat entre Islam Makhachev (25-1, 14 victoires consécutives en UFC) et Jack Della Maddalena (18-2) pour l'UFC 322, la logique voudrait que le champion en titre des poids légers parte grand favori. Pourtant, dans l'angle australien, on murmure une théorie qui fait grincer des dents : et si Makhachev était finalement... l'adversaire le plus facile que Della Maddalena ait eu à affronter récemment ?
C'est en tout cas la position surprenante de Ben Vickers, son entraîneur principal. Après avoir analysé des heures de combat du Dagestanais, son verdict est sans appel : "Islam est un frappeur plus classique, moins déstabilisant qu'un Belal Muhammad qui change constamment de rythme. Avec Makhachev, on sait à quoi s'attendre : il va chercher la prise, le contrôle, la soumission. C'est prévisible, et donc préparable." Une déclaration qui peut sembler contre-intuitive quand on connaît le palmarès terrifiant du champion (11 soumissions en carrière), mais qui révèle une stratégie bien huilée.
La comparaison avec le combat contre Belal Muhammad en mars 2024 est révélatrice. Ce soir-là à l'UFC 297, Della Maddalena avait subi une défaite par décision unanime face à un adversaire dont le style "chaotique" l'avait complètement déstabilisé. "Belal passe d'un grappling asphyxiant à des strikes explosifs sans transition logique. Avec Islam, tout est calculé, méthodique. C'est presque reposant en comparaison", confie un membre de son équipe sous couvert d'anonymat.
Grappling vs Striking : Le duel des spécialités
Sur le papier, l'affrontement oppose deux approches radicalement différentes. D'un côté, Makhachev, maître incontesté du sambo et du grappling, avec un taux de réussite de 52% en takedowns (contre 38% pour la moyenne des poids légers). De l'autre, Della Maddalena, spécialiste du striking avec 12 de ses 18 victoires par KO/TKO, et une défense au sol remarquablement solide (0 soumission concédée en carrière).
Les statistiques révèlent un paradoxe fascinant :
- Makhachev a soumis 44% de ses adversaires (11/25)
- Della Maddalena n'a jamais été soumis en 20 combats professionnels
- Le champion pèse en moyenne 7kg de moins que l'Australien (70kg vs 77kg)
- Makhachev a dominé 92% de ses rounds depuis 2019 (source : UFC Stats)
"Jack est un os dur à soumettre. Si la clé n'est pas parfaite dès les premières secondes, il va trouver une échappatoire", assure Vickers. L'entraîneur australien mise sur deux atouts majeurs :
- La résistance physique : Della Maddalena a prouvé contre Muhammad qu'il pouvait encaisse 25 minutes de pression constante
- Les contre-attaques en transition : 6 de ses 8 dernières victoires sont venues en contre après une tentative de takedown adverse
Derrière les cordes : la préparation secrète
Pour ce combat, l'équipe australienne a mis en place un protocole d'entraînement inédit. Exit les sparrings classiques - place aux sessions "anti-Makhachev" :
- Travail spécifique avec des ceintures noires de jiu-jitsu brésilien pour simuler la pression au sol
- Exercices en apnée pour préparer les phases de contrôle prolongé
- Étude vidéo exclusive des combats de Makhachev contre des adversaires plus grands (comme Dustin Poirier)
- Renforcement des hanches avec des élastiques de résistance pour contrer les projections
"On a identifié trois moments clés où Islam est vulnérable : quand il change de niveau pour un takedown, quand il relâche la pression après une tentative de soumission, et dans les 10 dernières secondes des rounds où il a tendance à forcer", révèle un analyste de l'équipe. Une préparation chirurgicale qui contraste avec l'approche plus instinctive adoptée pour Muhammad.
L'anecdote qui résume tout ? Pendant le camp d'entraînement, Della Maddalena a passé une semaine entière à ne travailler que les sorties de triangle - la soumission fétiche de Makhachev. "Si je me fais attraper, je sais exactement où placer mes bras pour casser l'angle", confie-t-il avec un sourire en coin.
Le facteur X : la montée en poids légers
Autre élément qui pourrait jouer en faveur de l'Australien : Makhachev combat pour la première fois en welterweight (77kg). Bien que le combat soit officiellement en poids légers (70kg), les rumeurs persistent sur un accord pour un catchweight (poids intermédiaire).
"Islam n'a jamais affronté un gars aussi costaud techniquement à ce poids. Même Conor McGregor était plus léger et moins complet au sol", analyse Daniel Cormier, commentateur pour ESPN. La différence de gabarit (7-8kg selon les estimations) pourrait s'avérer cruciale dans les phases de clinch, où Della Maddalena excelle particulièrement (65% de réussite en strikes en clinch).
Les bookmakers restent sceptiques : Makhachev est donné gagnant à 1.25 contre 4.00 pour Della Maddalena (odds moyens sur 5 plateformes). Pourtant, les initiés notent un détail intrigant : le volume de paris sur l'Australien a augmenté de 300% en une semaine, signe que les "smart money" sentent peut-être une opportunité.
Ce que les chiffres ne disent pas
Au-delà des statistiques, c'est peut-être la psychologie qui fera la différence. Makhachev, habitué à dominer ses adversaires, n'a jamais connu de véritable résistance depuis 2019. "Islam a développé une forme d'arrogance contrôlée. Il s'attend à soumettre tout le monde, et quand ça ne marche pas, il peut paniquer", observe Chael Sonnen, ancien prétendant au titre.
À l'inverse, Della Maddalena arrive libéré de toute pression. Après sa défaite contre Muhammad, il avait déclaré : "J'ai déjà perdu contre le numéro 2, maintenant je veux juste montrer que je peux battre le numéro 1". Une approche qui pourrait bien déstabiliser le champion, plus habitué à des adversaires intimidés par son aura.
Le combat promet aussi un duel de rythmes fascinant :
- Makhachev impose un tempo lent et méthodique (4.1 strikes/min en moyenne)
- Della Maddalena privilégie les explosions soudaines (6.8 strikes/min, avec des pics à 12)
- Le champion passe 32% du temps au sol en contrôle, contre 8% pour l'Australien
"Ce combat pourrait ressembler à un jeu d'échecs où un joueur a deux fois plus de pièces, mais où l'autre a une reine très mobile", image poétiquement Joe Rogan. La question qui reste en suspens : est-ce que la "reine" australienne pourra mater le "roi" dagestanais avant que l'étau ne se referme ?

