Rio 2024 : Quand le Jiu-Jitsu Rencontre l'Octogone
Le 11 mai 2024 restera gravé dans les mémoires des fans de MMA brésiliens. Ce soir-là, à Rio de Janeiro, une inconnue du grand public a transformé l’UFC 301 en tremplin vers la gloire. Beatriz "Bia" Mesquita, 26 ans, a offert une masterclass de jiu-jitsu brésilien contre Irina Alekseeva, forçant l’abandon à la deuxième reprise après un contrôle au sol implacable. La performance lui a valu 50 000 $ de bonus – et surtout, une place instantanée dans les radars des observateurs.
Pour les initiés, cette victoire n’était pas une surprise. Médaillée d’or à répétition en compétitions IBJJF (dont un titre mondial en ceinture marron), Mesquita avait déjà prouvé son excellence dans les grappling arts. Mais transposer ce talent en MMA ? "C’est comme demander à un pianiste virtuose de diriger un orchestre symphonique du jour au lendemain", compare Thiago Tavares, analyste pour Combate. Pourtant, la Brésilienne a relevé le défi avec une aisance déconcertante.
Son secret ? Une préparation méticuleuse au sein de l’American Top Team (ATT), où elle côtoie des légendes comme Kamaru Usman ou Glover Teixeira. "Elle a passé six mois à travailler son wrestling et son striking comme si elle débutait", révèle son coach, Marcos "Parrumpa" Da Matta. Résultat : contre Alekseeva, Mesquita a enchaîné takedowns, transitions au sol, et une clé de bras textuelle – le tout avec le sang-froid d’une vétérane.
"Ceinture Blanche" : La Philosophie qui Défié les Attentes
À l’ère des prodigies du MMA qui enflamment les réseaux sociaux avant même leur premier combat pro, Mesquita fait figure d’exception. Malgré un palmarès en jiu-jitsu qui lui vaudrait une place dans n’importe quelle académie, elle a choisi de tout réapprendre. "Quand elle est arrivée, elle m’a dit : ’Coach, traite-moi comme une débutante’", se souvient Da Matta. Une approche qui rappelle celle de Georges St-Pierre, connu pour décomposer chaque technique comme un novice.
Cette humilité contraste avec l’arrogance parfois affichée par les jeunes talents. "Beaucoup pensent que leur ceinture noire en BJJ suffit pour dominer en MMA. Bia, elle, a compris que c’était un sport totalement différent", analyse Felipe "Sertanejo", commentateur pour SporTV. Preuve de cette rigueur : avant son combat UFC, Mesquita n’avait que 5 combats pros en 12 mois – un rythme lent pour les standards actuels, mais suffisant pour remporter la ceinture LFA en décembre 2023.
Son adaptation a été si rapide que certains, comme l’ancien champion Henry Cejudo, n’hésitent pas à la comparer à Shavkat Rakhmonov : "Elle a ce même mélange de technique pure et de mental d’acier. Si elle évite les blessures, elle peut monter très vite." Un compliment de taille, quand on sait que Rakhmonov a mis seulement 2 ans pour passer du Top 15 à la ceinture UFC.
Top 5 en 2027 : Un Pari Audacieux mais Calculé
Avec une division des coqs féminins aussi relevée (Raquel Pennington en championne, Mayra Bueno Silva n°2, ou encore Holly Holm n°4), l’objectif affiché par ATT – Top 5 d’ici 2027 – peut sembler ambitieux. Pourtant, les chiffres soutiennent cette prédiction :
- 6 combats, 6 victoires (dont 4 par soumission) – un sans-faute rare dans le MMA moderne.
- 100% de réussite dans ses takedowns en UFC (3/3 contre Alekseeva).
- Un jiu-jitsu classé "élite" par FightMatrix (note de 92/100 en grappling).
- Des sparrings réguliers avec Ketlen Vieira (ex-n°1 UFC) et Macy Chiasson pour simuler le niveau mondial.
"Le titre ? Trop tôt", tempère Da Matta. "Mais le Top 5 avant 2027 ? Absolument réaliste si elle enchaîne 3 victoires en 2025." La stratégie est claire : affronter des adversaires classées entre le n°10 et le n°15 d’ici fin 2025, puis viser le Top 10 en 2026. "Chaque combat sera un test", prévient l’entraîneur, citant des noms comme Karol Rosa (n°7) ou Yana Kunitskaya (n°9) comme étapes logiques.
Reste un défi de taille : son striking. "Elle n’a pas encore affronté une striker pure comme Holm ou Norma Dumont", note Laura Sanko, analyste pour l’UFC. Pour y remédier, Mesquita travaille avec Conor McGregor’s striking coach, Owen Roddy, lors de camps en Irlande. "Son jeu de jambes s’est déjà amélioré de 30% en 6 mois", assure Da Matta.
Derrière les Coulisses : Le Sacrifice d’une "Gracie Moderne"
Ce que le public ne voit pas, c’est le quotidien de Mesquita : 2 entraînements par jour, une diète stricte (elle pèse naturellement 63 kg pour la limite des 61 kg en coqs), et des sessions de sparring où elle affronte des hommes de 80 kg. "Parfois, elle rentre chez elle en pleurs, mais elle revient le lendemain", confie Luana Pinheiro, sa partenaire d’entraînement à ATT.
Son mentor, Roger Gracie (légende du jiu-jitsu), lui a offert un conseil avant son premier combat UFC : "Oublie que tu es une Gracie [par alliance via son académie]. Ici, tu es juste Bia, une combattante comme les autres." Une phrase qui résume son état d’esprit. Même son surnom, "Bia", est un diminutif affectueux – loin des pseudos intimidants comme "The Lioness" (Amanda Nunes) ou "Shevchenko" (la "Bulldozer").
Un détail révèle aussi son professionnalisme : elle étudie toutes ses adversaires… y compris celles qu’elle n’affrontera pas. "Elle a regardé 20 fois le combat Pennington vs Nunes 2 pour comprendre les failles de la championne", révèle Da Matta. Une obsession du détail qui rappelle Khabib Nurmagomedov, connu pour disséquer chaque seconde de ses futurs opposants.
2025 : L’Année de Tous les Danger
Avec son bonus de 50 000 $ en poche et une notoriété grandissante, Mesquita pourrait être tentée d’accélérer. Pourtant, ATT mise sur 2 à 3 combats en 2025, avec des adversaires soigneusement choisies. Parmi les noms évoqués :
- Karol Rosa (n°7) : une striker solide pour tester son jeu debout.
- Pannie Kianzad (n°12) : une vétérane expérimentée en wrestling.
- Julija Stoliarenko (n°14) : une spécialiste des soumissions pour un duel technique.
"L’idéal serait une victoire contre Rosa en milieu d’année, puis une tête d’affiche au Brésil en décembre", projette Da Matta. Un scénario qui rappellerait la montée de Erin Blanchfield, passée du n°13 au n°3 en 18 mois.
Mais attention : la division regorge de pièges. Une défaite contre une outsider comme Joselyne Edwards (n°15) pourrait briser son élan. "Dans le Top 15, il n’y a pas de combat facile", rappelle Daniel Cormier. Mesquita le sait : son prochain adversaire, probablement annoncé en juin 2025, sera son premier vrai test.
Une chose est sûre : avec son mélange d’humilité et de détermination, Mesquita a déjà tout d’une future légende. À suivre de près en 2025.

