Le KO qui n’en était pas un : chronologie d’une décision historique
Samedi 1er juin 2024, l’UFC Vegas 110 a offert l’un des moments les plus sursréalistes de son histoire. En à peine 3 minutes et 20 secondes, Ante Delija semblait sceller son destin en envoyant Waldo Cortes-Acosta au tapis d’un crochet du droit dévastateur. La foule de l’UFC Apex explosait, le speaker annonçait la victoire par KO… avant que tout ne bascule.
Après un examen vidéo, l’arbitre Chris Tognoni a repéré un doigt dans l’œil de Cortes-Acosta juste avant l’impact final. Résultat : le KO est annulé, le combat reprend… et le Mexicain en profite pour soumettre Delija par étranglement arrière à la reprise. "C’est du jamais vu !", s’exclamait le commentateur Daniel Cormier en direct.
Le problème ? Selon le règlement unifié du MMA (article 3-8), "une victoire ne peut être annulée après avoir été officiellement déclarée, sauf en cas d’erreur administrative". Or ici, le KO avait bien été validé avant la revue vidéo. Dana White, président de l’UFC, a refusé de commenter l’incident, mais des rumeurs évoquent une réunion d’urgence avec les arbitres pour clarifier le protocole.
"Ils m’ont volé ma victoire" : la colère d’un guerrier trahi
Sur Instagram, Ante Delija n’a pas mâché ses mots : "Ils ont détruit ma performance. Je n’ai PAS touché son œil volontairement — regardez les images ! Et même si c’était le cas, pourquoi reprendre le combat APRES avoir déclaré le KO ? C’est une honte pour le sport."
Son manager, Ali Abdelaziz (également à la tête de Dominance MMA), a annoncé un recours officiel auprès de la commission athlétique du Nevada, exigeant soit l’annulation du résultat, soit un match revanche immédiat. "Ante mérite justice. On parle d’un athlète qui a tout donné pour cette victoire", a-t-il déclaré à MMA Junkie.
L’ironie de l’histoire ? Delija avait justement évité les controverses durant toute sa carrière, contrairement à d’autres poids lourds comme Jon Jones ou Francis Ngannou. Avec un palmarès incluant des victoires éclairs contre Marcin Tybura (UFC 281) ou Matheus Scheffel (PFL), le Croate de 30 ans incarnait jusqu’ici l’efficacité sans bavure. Jusqu’à ce soir maudit de Las Vegas.
Derrière les gants : le parcours d’un finisseur né
Né à Split, en Croatie, Ante Delija a débuté le MMA sur le tard, après une jeunesse consacrée au football (il a failli signer en 2ᵉ division croate) et au judo. C’est en découvrant les combats de Mirko Cro Cop — autre légende des poids lourds — qu’il se tourne vers les arts martiaux mixtes à 22 ans.
Son style ? Un mélange explosif de boxe croate (héritée de ses racines) et de lutte sambo, appris lors de son passage en Russie pour la M-1 Challenge. "Je frappe comme un Croate, mais je pense comme un Russe", aimait-il répéter en interview. Ses 19 victoires par finition (14 KO, 5 soumissions) en 26 combats en témoignent : Delija ne connaît pas les décisions aux points.
Pourtant, son arrivée à l’UFC en 2022 avait été loin d’être un long fleuve tranquille. Après un premier combat annulé contre Ilir Latifi (blessure), il avait finalement dominé Tybura en octobre 2023, s’offrant une place dans le Top 10. "Je veux le titre d’ici 2025", avait-il lancé après sa victoire. Un objectif désormais compromis.
Conséquences : classement, contrat et crédibilité en jeu
Avant l’UFC Vegas 110, Ante Delija pointait à la 9ᵉ place du classement des poids lourds, derrière des noms comme Sergei Pavlovich ou Curtis Blaydes. Cette défaite pourrait le faire chuter hors du Top 10, surtout avec l’émergence de jeunes loups comme Mohammed Usman ou Martin Buday.
Pire : son contrat UFC (signé pour 4 combats) arrive à échéance. "Une défaite comme celle-ci, c’est le pire scénario pour un fighter en négociation", explique John Hyden, agent spécialisé en MMA. "L’UFC pourrait lui proposer un combat 'piège' contre un top 15 pour tester sa résilience."
Autre enjeu : la crédibilité de l’arbitrage. Depuis l’incident, les réseaux sociaux s’embrasent avec le hashtag #UFCRefsAreBlind. Des anciens champions comme Henry Cejudo ou Michael Bisping ont critiqué la décision, tandis que d’autres, comme Georges St-Pierre, ont défendu le protocole : "La sécurité des athlètes prime sur tout. Un doigt dans l’œil, c’est un risque de blessure grave."
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Delija
Trois options s’offrent au Croate :
- Le recours juridique : Son équipe pourrait saisir la commission du Nevada pour faire annuler le résultat, comme l’avait fait Jon Jones en 2017 (contre Daniel Cormier). Mais les chances sont minces : les commissions privilégient rarement les fighters.
- La revanche immédiate : Dana White a déjà organisé des "redos" après des controverses (ex : Robbie Lawler vs. Carlos Condit en 2016). Mais avec un calendrier UFC chargé, rien n’est moins sûr.
- Un combat 'réhabilitation' : Affronter un adversaire moins coté (ex : Don’Tale Mayes) pour retrouver confiance et monter en grade à nouveau.
Delija lui-même a laissé planer le doute sur son avenir : "Je ne sais pas si je veux continuer comme ça. Quand tu donnes tout et qu’on te vole ta victoire, ça fait réfléchir." Une sortie qui rappelle celle de Ben Askren après son KO controversé contre Jorge Masvidal (2019).
Une chose est sûre : l’UFC Vegas 110 restera dans les annales… mais pas pour les raisons espérées.

