Un duel qui dépasse le cadre du "simple" combat
Quand l'UFC annonce un combat entre le 10ᵉ et le 6ᵉ mondial en poids lourds, on s'attend à un main event. Pourtant, Ante Delija vs Waldo Cortes-Acosta se glisse en milieu de carte de l'UFC Vegas 110, presque discrètement. Une erreur de casting ? Absolument pas. Ce matchup est peut-être le plus important de la soirée, avec des conséquences bien plus lourdes que le combat principal entre Garcia et Onama.
Pour comprendre pourquoi, il faut regarder les trajectoires. D'un côté, Delija, 36 ans, arrive comme une tornade : champion PFL 2022, victoire éclair en UFC contre Marcin Tybura (KO en 2 min 12 s), et une série de 9 combats sans défaite depuis 2022. De l'autre, Cortes-Acosta, 31 ans, doit absolument rebondir après sa correction infligée par Sergei Pavlovich – un combat où le Chilien a encaisse 51 coups significatifs en à peine 3 minutes avant l'arrêt.
Le paradoxe ? Malgré son classement supérieur, c'est Cortes-Acosta qui part avec la pression sur les épaules. Une deuxième défaite d'affilée, et son rêve de ceinture s'éloignerait dangereusement. À l'inverse, une victoire de Delija le propulserait directement dans la discussion pour les 5 premiers, avec des noms comme Tom Aspinall ou Curtis Blaydes en ligne de mire.
"Salsa Boy" dos au mur : peut-il éviter le piège croate ?
Waldo Cortes-Acosta a un problème : il n'a jamais perdu deux fois de suite en MMA. Après sa défaite face à Pavlovich – où il a subi 3,8 coups significatifs par minute (son pire ratio en UFC) –, le Chilien se retrouve dans une position inconfortable. Pourtant, son palmarès reste impressionnant : 7 victoires en 9 combats sous contrat UFC, avec des scalps comme Andrei Arlovski (soumission en 2021) et Serghei Spivac (décision unanime en 2022).
Son atout majeur ? Un jeu de jambes parmi les meilleurs de la division. Contrairement à la plupart des lourds, Cortes-Acosta bouge comme un poids moyen, avec des enchaînements boxe-pieds qui désorientent ses adversaires. Contre Delija, cette mobilité sera cruciale : le Croate, lui, avance comme un tank, avec 64% de ses victoires par KO (17 sur 26).
Mais attention : Cortes-Acosta a montré des failles contre les frappeurs puissants. Face à Rodrigo Nascimento en 2020, il a été mis en difficulté avant de l'emporter au 2ᵉ round. Contre Pavlovich, sa défense a carrément explosé. Delija, avec ses 1,93 m et 116 kg, représente exactement ce type de menace.
Delija : l'outsider qui terrifie le top 10
Ante Delija est un phénomène. Quand il a signé en UFC en juin 2024, beaucoup le voyaient comme un "projet" – un combattant européen solide, mais pas encore prêt pour l'élite. Deux minutes et douze secondes plus tard, face à Marcin Tybura (alors 8ᵉ mondial), il a tout changé. Son KO au 1ᵉʳ round a envoyé un message clair : le roi du PFL est venu pour dominer l'UFC.
Son secret ? Une puissance monstrueuse couplée à une intelligence de combat rare pour un lourd. Delija ne se contente pas de frapper fort : il place 5,2 coups significatifs par minute (moyenne UFC), avec une précision de 48%. Et quand il va au sol, c'est souvent pour finir le travail : 4 soumissions en 26 victoires.
Pourtant, il y a une ombre au tableau : Serghei Spivac. En 2021, sous la bannière SmartCage, le Moldave l'a battu par décision unanime. Un combat où Delija a semblé manquer de rythme sur 3 rounds. Cortes-Acosta, qui a dominé Spivac en 2022, pourrait-il exploiter cette faille ?
Le facteur X : quand les styles s'affrontent
Ce combat est un cauchemar pour les pronostiqueurs. D'un côté, la puissance brute et l'agressivité de Delija, capable d'envoyer n'importe quel adversaire au tapis d'un seul crochet. De l'autre, la technique et la mobilité de Cortes-Acosta, qui excelle dans les combats longs.
Scénario 1 : Delija l'emporte par KO avant le 2ᵉ round
Si le Croate parvient à coincer Cortes-Acosta contre la cage, son uppercut du gauche (son arme favorite) pourrait faire des dégâts. Tybura en a fait les frais : un seul coup bien placé, et c'était fini.
Scénario 2 : Cortes-Acosta use Delija sur la distance
Le Chilien a l'habitude des combats en 3 rounds. Contre Chase Sherman (2021) et Juan Adams (2020), il a prouvé qu'il savait gérer son énergie. Si Delija ne finit pas tôt, Cortes-Acosta pourrait prendre le dessus en fin de combat, comme contre Spivac.
Scénario 3 : le piège du grappling
Peu de gens le savent, mais Delija a un judo noir ceinture. Si Cortes-Acosta tente trop de clinch, il pourrait se retrouver projeté au sol. À l'inverse, le Chilien a montré des compétences en soumission (3 victoires par étranglement).
Ce que les bookmakers ne vous disent pas
Les cotes oscillent entre -140 pour Delija et +120 pour Cortes-Acosta (selon les sites). Des chiffres qui reflètent l'incertitude. Pourtant, plusieurs éléments pourraient faire basculer le combat :
1. La préparation physique
Delija a enchaîné les camps d'entraînement intensifs depuis son arrivée en UFC. Cortes-Acosta, lui, sort d'une défaite traumatisante. Qui aura le plus de jus dans les jambes après le 1ᵉʳ round ?
2. L'expérience sous les projecteurs
Le Chilien a l'habitude des grandes affiches (5 main events en UFC). Delija, lui, n'a combattu qu'une fois sous la bannière Dana White. La pression pourrait jouer un rôle.
3. Le facteur "Spivac"
Les deux hommes ont affronté le même adversaire, avec des résultats opposés. Cortes-Acosta a-t-il trouvé la clé pour battre Delija en étudiant ce combat ?
Pourquoi ce combat est bien plus qu'un "simple" match de milieu de carte
Dans l'histoire récente de l'UFC, peu de combats aussi bas dans l'ordre des matchs ont eu un tel impact sur la division. Prenez l'exemple de Tom Aspinall vs Sergei Pavlovich (UFC London 2022) : un combat en co-main event qui a propulsé Aspinall dans le top 5. Ou encore Ciryl Gane vs Tai Tuivasa (UFC Paris 2022), où le Français a sauvé sa carrière.
Ici, c'est la même dynamique. Le vainqueur de Delija vs Cortes-Acosta pourrait :
- Se voir offrir un combat contre un top 5 (Aspinall, Blaydes, ou même Volkov).
- Devenir le prétendant surprise pour la ceinture, si le champion en titre (Jon Jones) décide de monter en poids mi-lourds.
- Attirer l'attention des grandes affiches : un Delija victorieux serait parfait pour un main event en Europe, tandis qu'une résurrection de Cortes-Acosta intéresserait les marchés latino-américains.
Et puis, il y a l'aspect spectacle pur. Dans une division souvent critiquée pour son manque d'action, ce combat promet du sang, des KOs, et des retournements. Les fans se souviennent encore du KO monstrueux de Delija contre Tybura – un coup qui a fait le tour des réseaux sociaux. Une performance similaire contre un top 6, et le Croate deviendrait une star instantanée.
Derrière les coulisses : ce que les combattants ne disent pas
Waldo Cortes-Acosta a avoué en interview avoir revu toute sa préparation après la défaite face à Pavlovich. "J'ai réalisé que je devais travailler mon jeu de jambes défensif. Contre des frappeurs comme Pavlovich ou Delija, si tu restes statique, tu es mort." Il a passé 2 mois au Blackzilians Gym en Floride, connu pour son travail sur les contre-attaques.
De son côté, Delija a un rituel de combat pour le moins original : il écoute "Thunderstruck" d'AC/DC en boucle pendant son échauffement. "Ça me rappelle mes débuts en Croatie, quand je combattais dans des petites salles avec 200 personnes. Maintenant, c'est l'UFC, mais l'adrénaline est la même."
Un détail amusant : les deux hommes se sont déjà croisés en 2019, lors d'un stage en Thaïlande. "On a fait du sparring léger", raconte Cortes-Acosta. "Il m'a mis un coup de genou qui m'a fait voir les étoiles. Je me suis dit : 'Ce mec est dangereux'."
Le 1ᵉʳ novembre, quand Ante Delija et Waldo Cortes-Acosta monteront dans l'Octogone, ce ne sera pas qu'un combat. Ce sera un tournant pour la division des poids lourds. Le Croate a l'opportunité de confirmer son statut de phénomène, tandis que le Chilien joue peut-être sa dernière chance de rester dans l'élite.
Avec un taux de finition combiné de 155%, des styles opposés, et des enjeux bien plus grands que leur position dans la carte, ce duel a tout pour voler la vedette à l'UFC Vegas 110. Préparez-vous à un feu d'artifice – parce que dans ce combat, le perdant pourrait bien sortir de l'Octogone avec plus que des regrets.
Une chose est sûre : après ce soir-là, le paysage des poids lourds ne sera plus le même.

