Un coup dur pour une carrière en ascension
Le 13 décembre devait être une nouvelle étape pour Iasmin Lucindo. À 23 ans, la Brésilienne s’apprêtait à affronter Gillian Robertson lors d’un UFC Fight Night, avec l’ambition de confirmer son statut de prétendante dans la catégorie des pailles. Mais un contrôle antidopage a tout changé : un test positif au mesterolone, un stéroïde anabolisant généralement prescrit pour traiter l’hypogonadisme (déficit en testostérone), a conduit à sa suspension immédiate par la Nevada State Athletic Commission (NSAC) et Combat Sports Anti-Doping. Une nouvelle qui a secoué le monde du MMA, d’autant que Lucindo affiche un bilan prometteur : 5 victoires pour 2 défaites sous la bannière de l’UFC, dont une récente contre Angela Hill en août 2023.
Pour une athlète en pleine progression, cette suspension tombe comme un couperet. La catégorie des pailles est l’une des plus compétitives de l’UFC, et chaque combat compte double. Lucindo, connue pour son agressivité et son jeu au sol, voyait en ce duel contre Robertson une opportunité de se rapprocher du top 15. Désormais, son avenir est entre les mains des laboratoires.
"Un supplément contaminé" : l’argument risqué de l’équipe de Lucindo
Dès l’annonce du contrôle positif, l’équipe d’Iasmin Lucindo a réagi via MMAjunkie.com, évoquant une "contamination involontaire" par un complément alimentaire. Deux produits suspects ont été identifiés et envoyés aux laboratoires SMRTL en Utah pour des analyses poussées. Un argument classique dans les affaires de dopage, mais qui reste difficile à prouver. Pour appuyer leur thèse, l’équipe souligne que les tests réalisés en août et octobre 2023 étaient négatifs – une incohérence qui, selon eux, confirme l’hypothèse d’une contamination ponctuelle.
Pourtant, l’histoire du MMA regorge de cas où des athlètes ont invoqué des suppléments contaminés sans parvenir à lever les doutes. Jon Jones, en 2017, avait lui aussi attribué son contrôle positif à un complément, avant que les investigations ne révèlent des incohérences. La NSAC et Combat Sports Anti-Doping sont connues pour leur rigueur, et une simple présomption de contamination ne suffira pas. Lucindo et son équipe devront fournir des preuves irréfutables – un défi de taille, alors que les laboratoires peuvent mettre des semaines à rendre leurs conclusions.
"Nous sommes convaincus de son innocence et ferons tout pour rétablir la vérité. Iasmin est une athlète intègre, et cette erreur ne doit pas définir sa carrière." — Déclaration de l’équipe de Lucindo, relayée par MMAjunkie.com.
Mesterolone : un stéroïde aux usages ambigus
Le mesterolone, la substance détectée dans l’organisme de Lucindo, est un stéroïde anabolisant dérivé de la dihydrotestostérone (DHT). Utilisé médicalement pour traiter les carences en testostérone (notamment chez les hommes souffrant d’hypogonadisme), il est strictement interdit en compétition en raison de ses effets sur la performance : augmentation de la masse musculaire, amélioration de la récupération, et réduction de la fatigue. Dans le MMA, où la moindre advantage peut faire la différence, sa présence est considérée comme une tricherie pure et simple.
Ce qui intrigue dans le cas de Lucindo, c’est que le mesterolone n’est pas un produit "classique" du dopage sportif. Contrairement à la testostérone exogène ou à l’EPO, il est moins courant chez les athlètes de haut niveau. Certains experts, comme le Dr. Margaret Goodman (ancienne médecin de la NSAC), estiment que sa détection pourrait effectivement résulter d’une contamination, mais aussi d’une automédication mal avisée pour compenser un déséquilibre hormonal. Sans preuve formelle, les spéculations vont bon train.
Les coulisses d’un contrôle qui change tout
Derrière les communiqués officiels, une question persiste : comment une athlète aussi suivie que Lucindo a-t-elle pu être testée positive ? Les contrôles antidopage de l’UFC sont parmi les plus stricts au monde, avec des prélèvements aléatoires et ciblés. Selon des sources proches de l’affaire, le test incriminé aurait eu lieu fin novembre, soit moins de deux semaines avant le combat prévu. Un timing serré qui laisse peu de marge à l’erreur – ou à la tricherie.
Autre détail troublant : Lucindo avait déjà été contrôlée à deux reprises en 2023 (août et octobre), sans anomalie. Comment expliquer alors la présence soudaine de mesterolone ? Son équipe évoque un "changement de fournisseur de suppléments" en novembre, une coïncidence qui, si elle est avérée, pourrait jouer en sa faveur. Mais dans un milieu où la méfiance est de mise, les sceptiques sont légion. Gillian Robertson, sa rivale initiale, n’a pas caché sa frustration sur les réseaux sociaux : "C’est dommage pour les athlètes propres qui se préparent dur. J’espère qu’on aura des réponses claires."
Quelles conséquences pour Lucindo et l’UFC ?
Si les analyses en cours confirment la contamination, Lucindo pourrait échapper à une suspension longue (généralement 1 à 2 ans pour un premier contrôle positif). Dans le cas contraire, elle risque une exclusion temporaire, voire un licenciement pur et simple de l’UFC, comme ce fut le cas pour Jefferson Molina en 2022. Pour une athlète de 23 ans, une telle sanction serait un coup d’arrêt brutal.
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur la responsabilité des athlètes dans leur supplémentation. L’UFC et la NSAC multiplient les campagnes de sensibilisation, mais les risques persistent. En 2021, près de 15% des contrôles positifs dans les sports de combat étaient liés à des contaminants, selon un rapport de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA). Un chiffre qui montre l’ampleur du problème – et la difficulté à démêler le vrai du faux.
Pour Lucindo, l’enjeu est double : sauver sa réputation et prouver son innocence. Si les laboratoires SMRTL confirment la contamination, elle pourrait reprendre sa carrière dès 2024. Dans le cas contraire, son nom rejoindra la longue liste des athlètes suspendus pour dopage – avec les conséquences que l’on connaît. Une chose est sûre : cette affaire rappelle, une fois de plus, que dans le MMA, la moindre erreur peut coûter cher.

