Un choc programmé pour électriser Las Vegas
L’annonce est tombée comme un coup de tonnerre : l’UFC Vegas 112, dernier événement majeur de l’année pour l’organisation, s’enrichit d’un duel qui fait déjà saliver les puristes. Le 13 décembre, l’UFC Apex accueillera un affrontement entre deux des poids pailles (52 kg) les plus en vue du moment : la Brésilienne Iasmin Lucindo, 7ᵉ mondiale, et la Canadienne Gillian Robertson, 10ᵉ du classement. Un combat qui, sur le papier, oppose deux philosophies de combat radicalement différentes, mais aussi deux trajectoires qui n’attendent qu’un déclic pour basculer vers l’élite absolue.
Pour Dana White et ses équipes, le choix est stratégique : clore 2024 avec un duel aussi technique qu’engageant, capable d’attirer l’attention sur une division poids pailles souvent éclipsée par les stars des catégories supérieures. Avec Lucindo et Robertson, l’UFC mise sur un mélange détonant : la jeunesse ambitieuse contre l’expérience affûtée, le striking contre le grappling, le Brésil contre le Canada. Les parieurs l’ont déjà compris : les cotes oscillent, preuve que ce combat est loin d’être un match à sens unique.
Iasmin Lucindo : la tornade brésilienne qui monte, qui monte...
À 23 ans seulement, Iasmin Lucindo incarne déjà cette génération de combattantes qui n’ont pas peur de bousculer l’ordre établi. Son parcours est celui d’une métamorphose : passée du statut de prometteuse à celui de prétendante sérieuse au titre en à peine quelques combats. Sa victoire contre Angela Hill, une vétérane respectée, en mars 2024, a marqué un tournant. Ce soir-là, Lucindo a démontré une maturité surprenante, alliant frappes précises, mouvement de tête impeccable et une gestion du rythme qui a laissé Hill sans solutions.
Son style ? Un mélange explosif de boxe pied-poing et de jeu de jambes qui rappelle, par moments, les grands noms du Muay Thai brésilien. Mais Lucindo n’est pas qu’une frappeuse : son QI de combat et sa capacité à s’adapter en cours de round ont impressionné les analystes. "Elle a ce quelque chose de spécial, cette capacité à sentir le moment où elle peut accélérer ou, au contraire, ralentir pour piéger son adversaire"*, confie Fernando Lopez, son entraîneur en striking. Une qualité qui pourrait s’avérer décisive face à Robertson, une spécialiste du combat au sol.
Pourtant, Lucindo n’est pas invincible. Son combat contre Polyana Viana en 2023 a révélé une certaine vulnérabilité face aux prises de dos et aux tentatives de soumission. Une faille que Robertson, avec son taux de finalisation de 60%, ne manquera pas d’exploiter. Le défi est clair : pour confirmer son statut de future championne, Lucindo devra prouver qu’elle a progressé dans ce domaine.
Gillian Robertson : "The Savage" en quête de reconnaissance
Si Iasmin Lucindo représente l’avenir, Gillian Robertson, 29 ans, incarne la régularité et l’efficacité. Surnommée "The Savage" pour son agressivité au sol, la Canadienne traverse une période faste : quatre victoires d’affilée, dont trois par soumission, et une confiance à toute épreuve. Son dernier combat, une victoire par étranglement en guillotine face à Pieranna dos Santos, a encore renforcé sa réputation de cauchemar pour les combattantes peu à l’aise au sol.
Robertson ne cache pas son ambition : "Je veux montrer que le grappling domine toujours. Lucindo est une excellente frappeuse, mais une fois au sol, elle sera dans mon monde. Et dans mon monde, je gagne."* Des déclarations qui en disent long sur sa stratégie : amener le combat là où elle excelle, et vite. Avec un taux de réussite aux amenées au sol de 45%, elle a les outils pour y parvenir.
Mais attention : Robertson n’est pas infaillible. Son combat contre Maya Stevens en 2022 a révélé des lacunes en striking, notamment face aux combattantes capables de maintenir la distance. Lucindo, avec son allonge et sa vitesse, pourrait bien exploiter cette faiblesse. Le match-up est parfait : si Robertson parvient à fermer la distance, Lucindo devra démontrer une défense au sol à toute épreuve. Dans le cas contraire, c’est la Canadienne qui risque de se retrouver sous les coups.
Derrière les gants : deux parcours, une même détermination
Ce qui rend ce combat encore plus captivant, c’est l’histoire qui se cache derrière ces deux athlètes. Iasmin Lucindo, originaire de Rio de Janeiro, a grandi dans un quartier où le MMA était bien plus qu’un sport : une échappatoire. "Ma mère travaillait deux emplois pour me payer mes entraînements. Elle disait toujours : 'Un jour, tu leur montreras à tous ce que tu vaux.'"*, se souvient-elle. Une détermination qui transpire dans chacun de ses combats.
De son côté, Gillian Robertson a dû surmonter des défis d’un autre ordre. Victime d’une grave blessure au genou en 2021, elle a frôlé l’arrêt de sa carrière. "Les médecins m’ont dit que je ne combattrais plus jamais au même niveau. J’ai passé des mois à réapprendre à marcher, puis à courir, puis à me battre. Ce combat contre Lucindo, c’est la preuve que j’avais tort de douter."* Une résilience qui force le respect et ajoute une dimension émotionnelle à ce duel.
Les deux femmes se sont croisées une fois, en 2022, lors d’un stage d’entraînement aux États-Unis. "On a roulé [sparring au sol] quelques rounds. Elle est forte, très forte. Mais je sais que je peux la battre"*, confie Lucindo. Robertson, elle, garde un souvenir différent : "Elle m’a surprise avec sa vitesse. Mais au sol, je l’ai dominée. Ce sera la clé du combat."* Des souvenirs qui, trois ans plus tard, pourraient bien dicter l’issue du combat.
Analyse technique : où se jouera la victoire ?
Pour les experts, ce combat se résumera à une équation simple : Lucindo doit garder le combat debout, Robertson doit l’amener au sol. Mais dans les faits, rien n’est jamais aussi bilingue.
Scénario 1 : Lucindo impose son striking
Si la Brésilienne parvient à maintenir la distance, son avantage en vitesse et en précision pourrait faire la différence. Ses coups de pied bas, souvent négligés par ses adversaires, ont déjà prouvé leur efficacité pour ralentir les combattantes aimant avancer. Une stratégie qui, combinée à des contres bien placés, pourrait frustrer Robertson et la pousser à prendre des risques inutiles.
Scénario 2 : Robertson impose son grappling
Si la Canadienne parvient à saisir Lucindo, ne serait-ce qu’une fois, le combat pourrait basculer. Son contrôle au sol et sa capacité à enchaîner les transitions sont redoutables. Une fois en position dominante, elle a toutes les cartes en main pour verrouiller une soumission, comme elle l’a fait à six reprises dans sa carrière UFC.
Le facteur X : la gestion du stress
Pour Lucindo, ce sera son premier combat en tête d’affiche d’un événement UFC. Une pression qu’elle n’a encore jamais connue. Robertson, elle, a déjà goûté à ce niveau d’exposition. "La pression ? Je l’ai transformée en carburant depuis longtemps"*, assure-t-elle. Un détail psychologique qui pourrait peser lourd dans les moments clés.
Enjeux : bien plus qu’un simple combat
Au-delà de la performance individuelle, ce combat a des répercussions majeures sur la division des poids pailles. La gagnante pourrait se retrouver propulsée dans le top 5, avec une ligne directe vers les prétendantes au titre. À l’inverse, une défaite serait un coup d’arrêt brutal, surtout pour Lucindo, dont la progression fulgurante pourrait être remise en question.
Du côté des fans, l’attente est immense. Les combats féminins dans les petites catégories ont souvent été critiqués pour leur manque de finitions. Ici, avec deux styles aussi opposés, les chances de voir un KO ou une soumission sont réelles. "C’est le genre de combat qui peut faire taire les sceptiques et montrer que le MMA féminin est aussi excitant que le masculin"*, estime Laura Sanko, commentatrice UFC.
Enfin, pour l’UFC, ce duel est une aubaine. Dans une année où les cartes ont parfois manqué de combats féminins marquants, Lucindo vs Robertson arrive à point nommé pour relancer l’intérêt autour d’une division qui regorge de talents. Une victoire pour la promotion, qui prouve une fois de plus sa capacité à mettre en avant des athlètes méritoires, loin des clichés marketing.

