Un duel qui dépasse les catégories
Le 15 juin 2024, le Madison Square Garden vibrera au rythme d’un combat qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire du MMA. Islam Makhachev, maître incontesté des poids-légers (70 kg) jusqu’en 2023, tente un pari audacieux : conquérir la ceinture des poids-mi-moyens (77 kg) face à Jack Della Maddalena, un Australien en pleine ascension, invaincu depuis 2018. Ce n’est pas qu’un simple changement de catégorie – c’est une déclaration d’ambition. Makhachev, souvent comparé à son mentor Khabib Nurmagomedov, cherche à graver son nom parmi les légendes comme Daniel Cormier ou Conor McGregor, ces rares combattants ayant dominé deux divisions.
Pour Della Maddalena, 28 ans, l’enjeu est tout aussi colossal. Une victoire contre Makhachev propulserait le natif de Perth dans l’élite absolue du MMA, effaçant d’un coup les doutes sur son niveau face aux tops mondiaux. Son style, basé sur un striking agressif et un cardio à toute épreuve, a déjà impressionné contre des adversaires comme Randy Brown ou Kevin Holland. Mais affronter Makhachev, c’est affronter un puzzle tactique : un combattant capable de neutraliser ses opposants au sol comme debout, avec une précision chirurgicale.
"Ce combat, c’est l’affrontement entre la machine à gagner et l’outsider qui n’a peur de rien." — Analyste MMA, ESPN
"Makhachev va écraser ce challenge" : l’analyse sans filtre de Dricus du Plessis
Dricus du Plessis, champion des poids-moyens et figure montante du UFC, n’y est pas allé par quatre chemins lors de son interview avec FightForecast. Bien qu’il reconnaisse le charisme et l’énergie de Della Maddalena – "Un gars super sympa, avec un style qui plaît aux fans" –, son pronostic est sans appel : "Islam va gagner, et clairement." Pour le Sud-Africain, la clé réside dans l’adaptation de Makhachev. Contrairement à beaucoup de combattants qui perdent en explosivité en montant de catégorie, Du Plessis estime que le Russe "conserve 100% de ses atouts" :
"Son sambo, son jiu-jitsu, sa capacité à contrôler un combat… Rien ne disparaît parce qu’il prend 7 kg. Au contraire, il va être encore plus dangereux. Regardez comment il a dominé Alexander Volkanovski [en 2023] : il a étouffé un des meilleurs strikeurs du monde. Della Maddalena est fort, mais il n’a pas ce niveau de polyvalence."
Du Plessis pointe aussi un détail souvent sous-estimé : la confiance de Makhachev. "Quand tu as été numéro 1 livre pour livre, que tu as battu des légendes comme Charles Oliveira, tu ne doutes plus. Et ça, ça se voit dans l’Octogone." Une assurance qui pourrait faire la différence face à un Della Maddalena, certes déterminé, mais moins expérimenté dans les combats à cinq rounds.
Pourtant, tous les experts ne partagent pas cet avis. Michael Bisping, ancien champion des poids-moyens, a nuancé sur ESPN : "Jack a une chance. S’il arrive à garder Makhachev debout et à le fatiguer avec son volume de coups, on pourrait avoir une surprise. Mais c’est un ‘si’ énorme."
77 kg : une nouvelle terre de conquête pour Makhachev ?
La transition vers les poids-mi-moyens est un sujet brûlant. Historiquement, les combattants qui montent de catégorie perdent en vitesse ou en endurance. Pourtant, Makhachev semble défier cette logique. Lors des pesées avant l’UFC 322, il a affiché une forme olympique, avec une prise de masse maîtrisée. Son équipe, menée par Javier Mendez à l’AKA, a travaillé spécifiquement sur son striking à distance, anticipant les coups puissants de Della Maddalena.
Le plan de combat du Russe ? Utiliser sa supériorité au sol pour épuiser l’Australien. "Islam n’a pas besoin de KO pour gagner. Il va prendre Jack au sol, le dominer position après position, et soit le soumettre, soit gagner aux points sans risque," prédit Daniel Cormier. Une stratégie qui rappelle ses victoires contre Dustin Poirier ou Thiago Moisés, où il a étouffé ses adversaires sans précipitation.
À l’inverse, Della Maddalena mise sur son volume. Avec une moyenne de 6,2 coups significatifs par minute (contre 3,8 pour Makhachev), il devra imposer un rythme infernal dès les premières secondes. Son coach, Eugene Bareman (également entraîneur d’Israel Adesanya), a insisté sur un point : "Jack doit éviter le sol à tout prix. S’il reste debout, il a ses chances."
Le chiffre clé : 100% – le taux de réussite des takedowns de Makhachev dans ses trois derniers combats. Un chiffre qui donne des sueurs froides à l’équipe de Della Maddalena.
Derrière les projecteurs : la pression d’un combat "pour l’histoire"
Peu de combattants osent changer de catégorie après avoir dominé la leur. Makhachev le fait avec un objectif précis : devenir double champion, un exploit réalisé par seulement 11 combattants dans l’histoire du UFC (dont Amanda Nunes, Henry Cejudo, ou Conor McGregor). Pour lui, ce combat est bien plus qu’un titre – c’est une question d’héritage.
"Je ne veux pas juste être connu comme ‘le gars qui a battu Khabib’ [en sparring]. Je veux être le meilleur, point final. Et pour ça, il faut battre les meilleurs dans plusieurs catégories." — Islam Makhachev, conférence de presse UFC 322
Mais cette quête a un prix. Les attentes sont immenses, et une défaite serait un coup d’arrêt brutal. Della Maddalena, lui, n’a "rien à perdre". Une dynamique qui pourrait jouer en sa faveur, comme l’explique Paul Felder : "Quand tu es l’outsider, tu es libre. Makhachev, lui, porte le poids de la légende sur ses épaules."
Un détail intrigant ? Makhachev a refusé de regarder les combats précédents de Della Maddalena. "Je me concentre sur moi-même. Je sais ce qu’il fait, mais je ne veux pas adapter mon style à lui. C’est à lui de s’adapter à moi." Une approche psychologique qui en dit long sur sa confiance.
Scénarios possibles : comment le combat pourrait basculer
Scénario 1 : Makhachev par soumission (rd 3 ou 4)
Le Russe impose son grappling dès le premier round, épuise Della Maddalena avec des takedowns répétés, et termine par une rear-naked choke ou un armbar après avoir brisé moralement son adversaire. Probabilité : 60%.
Scénario 2 : Della Maddalena par KO (rd 2)
L’Australien surprend Makhachev avec un crochet du gauche ou un uppercut après l’avoir acculé contre la cage. Un scénario à la Jorge Masvidal vs Ben Askren (KO en 5 secondes), mais bien moins probable. Probabilité : 15%.
Scénario 3 : Victoire aux points de Makhachev
Della Maddalena résiste aux tentatives de soumission et tient debout, mais Makhachev domine aux points grâce à son contrôle au sol et ses coups précis. Probabilité : 25%.
Le facteur X : L’endurance. Makhachev n’a jamais combattu en cinq rounds chez les poids-mi-moyens. Si Della Maddalena tient jusqu’au 4e round, le combat pourrait basculer.
Une chose est sûre : samedi, l’Octogone ne mentira pas. Et si Makhachev l’emporte, une question se posera déjà – quelle ceinture visera-t-il ensuite ?

