Un revirement qui fait du bruit : pourquoi Sean Brady ne croit plus en Makhachev
Quand Sean Brady, l’un des analystes les plus respectés de l’UFC, change d’avis, le monde du MMA écoute. Initialement convaincu par la domination technique d’Islam Makhachev – 15 victoires consécutives, 4 défenses de titre en lightweight, et un grappling considéré comme l’un des meilleurs de la planète –, Brady a opéré un virage à 180 degrés. Après une analyse approfondie des derniers combats des deux hommes, il affirme désormais que Jack Della Maddalena a toutes les cartes en main pour créer l’exploit à l’UFC 322.
Son argument ? "Della Maddalena a quelque chose que peu de combattants possèdent : une capacité à s’adapter en temps réel et à punir ses adversaires même dans les positions les plus défavorables." Une qualité qui, selon Brady, pourrait s’avérer décisive face à un Makhachev habitué à dominer ses adversaires dès les premières minutes. Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu faire basculer son opinion ?
La réponse réside dans les derniers combats de l’Australien. Contrairement à beaucoup de ses concurrents, Della Maddalena ne se contente pas de survivre lorsqu’il est amené au sol – il contre-attaque. Son combat contre Randy Brown (UFC 292) en est l’exemple parfait : malgré des phases au sol difficiles, il a su se relever et imposer son striking pour remporter la victoire. Une résilience qui, selon Brady, pourrait épuiser Makhachev sur la durée.
18-0 : le parcours sans faute qui défie les pronostics
Avec 18 victoires consécutives, dont 8 sous la bannière de l’UFC, Jack Della Maddalena n’est plus un outsider – c’est une menace crédible. Ce qui frappe chez l’Australien, c’est sa capacité à finir les combats : sur ses 18 succès, 14 se sont soldés par un KO ou une soumission. Un ratio qui force le respect, surtout lorsqu’on sait que Makhachev, malgré son palmarès impressionnant, a rarement affronté des frappeurs aussi explosifs et endurants.
Brady insiste sur un détail souvent sous-estimé : "Makhachev a l’habitude de combattre des adversaires qui reculent. Della Maddalena, lui, avance. Toujours." Cette pression constante, couplée à un volume de frappe élevé, pourrait déséquilibrer le Russe, surtout si le combat s’étire au-delà du 3ème round. Et c’est précisément là que Brady voit un scénario se dessiner : un Makhachev fatigué, moins précis dans ses amenées au sol, et un Della Maddalena de plus en plus dominant.
Pourtant, les sceptiques restent nombreux. Daniel Cormier, commentateur légendaire de l’UFC, tempère : "Makhachev a une défense au sol quasi parfaite. Même si Della Maddalena résiste, il devra faire bien plus que survivre pour gagner." Un avis partagé par Khabib Nurmagomedov, mentor de Makhachev, qui rappelle que son protégé n’a jamais été mis en difficulté dans un combat en 5 rounds. Alors, Brady a-t-il raison de croire en l’Australien, ou sous-estime-t-il le génie tactique du Russe ?
Le facteur X : l’endurance et l’adaptation en combat
Ce qui fascine dans la prédiction de Brady, c’est qu’elle ne repose pas sur un simple coup de poker, mais sur une analyse technique poussée. Selon lui, deux éléments pourraient faire la différence :
1. L’endurance de Della Maddalena : Contrairement à beaucoup de frappeurs, l’Australien ne ralentit pas. Son combat contre Kevin Holland (UFC 284) l’a prouvé : il a maintenu un rythme effréné pendant 15 minutes, sans jamais perdre en puissance. Makhachev, lui, a parfois montré des signes de fatigue en fin de combat (notamment contre Alexander Volkanovski à l’UFC 284).
2. Sa capacité à contrer les amenées au sol : Della Maddalena n’est pas un spécialiste du jiu-jitsu, mais il excelle dans l’art de se relever rapidement et de punir ses adversaires lors des transitions. Une compétence rare, qui pourrait frustrer Makhachev et le forcer à adapter sa stratégie.
Brady va même plus loin : "Si Della Maddalena parvient à garder le combat debout au-delà du 2ème round, Makhachev va commencer à douter. Et c’est là que l’Australien frappera." Une hypothèse audacieuse, mais qui trouve un écho chez certains experts. Michael Bisping, ancien champion des poids moyens, abonde dans son sens : "Les combattants qui avancent sans cesse finissent toujours par user leurs adversaires. Makhachev n’a jamais affronté ce genre de pression."
Scénarios possibles : KO, soumission ou décision ?
Alors, à quoi peut-on s’attendre le soir du combat ? Brady envisage trois issues possibles, classées par probabilité :
1. Victoire par KO de Della Maddalena (3ème ou 4ème round) : Si l’Australien parvient à épuiser Makhachev et à le coincer contre la cage, son striking pourrait faire la différence. Brady cite son KO contre Alan Jouban en 2021 comme exemple de sa puissance en fin de combat.
2. Victoire par décision de Makhachev : Si le Russe parvient à contrôler Della Maddalena au sol pendant suffisamment de temps, il pourrait l’emporter aux points. Mais Brady doute qu’il puisse maintenir ce contrôle sur 5 rounds.
3. Soumission de Makhachev (peu probable selon Brady) : Bien que le Russe soit un maître des soumissions, Della Maddalena a prouvé qu’il était difficile à soumettre, même dans des positions compromises.
Interrogé sur les critiques qui l’accusent de sous-estimer Makhachev, Brady répond avec humour : "Les gens oublient que Khabib a perdu des rounds contre Dustin Poirier. Makhachev n’est pas invincible. Et Della Maddalena n’est pas Poirier – il est bien plus dangereux." Une réponse qui en dit long sur sa confiance en l’Australien.
Derrière les projecteurs : la préparation mentale, clé du combat
Ce que peu de gens savent, c’est que Jack Della Maddalena a travaillé avec Israel Adesanya pour préparer ce combat. Le champion des poids moyens, connu pour son intelligence tactique, lui aurait conseillé de "jouer avec les attentes de Makhachev" – c’est-à-dire de le laisser croire qu’il domine, avant de frapper là où il ne s’y attend pas. Une stratégie risquée, mais qui pourrait payer.
Du côté de Makhachev, les rumeurs parlent d’un entraînement intensif avec Georges St-Pierre, pour améliorer sa défense en striking. Si cette information se confirme, le combat pourrait prendre une tournure encore plus imprévisible. Brady, lui, reste sceptique : "Même avec GSP dans son coin, Makhachev reste un grappler avant tout. Et Della Maddalena est un problème qu’il n’a jamais rencontré."
Une chose est sûre : ce combat ne ressemblera à aucun autre. Entre un Makhachev méthodique et dominant et un Della Maddalena imprévisible et explosif, l’UFC 322 promet un choc de styles qui pourrait redéfinir la hiérarchie des poids légers. Et si Sean Brady a raison, nous assisterons peut-être à l’un des plus grands bouleversements de l’histoire récente du MMA.

