Le déclin d’un roi ? Les défaites qui ont tout changé
Août 2022, Salt Lake City. Kamaru Usman, alors champion incontesté des poids mi-moyens de l’UFC, subit un coup de pied circulaire dévastateur de Leon Edwards à la 25e minute du combat. Pour la première fois depuis 2013, le "Nigerian Nightmare" s’incline. Pire : il perd son titre, puis sa revanche en mars 2023, toujours face à Edwards. Un double échec qui marque le début d’une remise en question.
Puis vient Khamzat Chimaev, en octobre 2023. Usman, favori malgré son âge, est dominé par le Suédois d’origine tchétchène, subissant sa troisième défaite en cinq combats. À 37 ans, les doutes s’installent : et si l’heure de la retraite avait sonné ?
Pourtant, derrière ces revers, une réalité persiste : avant 2022, Usman régnait en maître avec 15 victoires consécutives, un record dans sa catégorie. Son style – un mélange explosif de lutte olympique, de boxe et d’intelligence tactique – a terrassé des légendes comme Tyron Woodley (deux fois), Colby Covington (deux fois), ou encore Jorge Masvidal. Alors, déclin irréversible ou simple passage à vide ?
"Je ne suis pas fini" : la réponse cingle contre Joaquin Buckley
Juin 2024, UFC 302. Kamaru Usman remonte dans la cage face à Joaquin Buckley, un combattant redoutable mais moins coté. Le Nigérian ne laisse aucune chance à son adversaire : victoire par décision unanime (30-27 sur toutes les cartes), avec des rounds dominés en lutte et en frappe. Une performance qui rappelle son règne passé, même si Buckley n’est pas un top 5.
Après le combat, Usman lâche une phrase qui résonne comme un avertissement : "Je ne suis pas ici pour faire de la figuration. Je veux les meilleurs. Je veux les défis qui me ramèneront là où je mérite d’être." Son objectif ? Le vainqueur de Makhachev vs Della Maddalena, un combat programmé pour le 15 novembre 2024 à l’UFC 308.
Mais pourquoi ce choix ? Islam Makhachev, champion des poids légers, monte temporairement en mi-moyens pour affronter Della Maddalena, un Australien en pleine ascension (18-2). Une victoire de Makhachev le propulserait comme prétendant n°1 au titre de Leon Edwards. Une victoire de Della Maddalena en ferait une star. Dans les deux cas, Usman y voit une opportunité : "Little chance, big reward" ("Peu de chances, gros gain"), comme il le dit souvent.
Stratégie ou désespoir ? Le pari risqué d’Usman
À 38 ans, Kamaru Usman n’a plus le temps de monter lentement les échelons. Son manager, Ali Abdelaziz, l’a confirmé : "Il veut des combats qui comptent. Soit il gagne et revient dans la course au titre, soit il perd et on parle retraite." Une approche binaire, mais cohérente avec sa philosophie.
Pourtant, certains experts restent sceptiques. Daniel Cormier, ancien double champion UFC, tempère : "Usman a encore le niveau pour battre les top 10, mais Makhachev ou Della Maddalena ? C’est un autre calibre. S’il perd, il risque de finir comme Robbie Lawler ou Rashad Evans : une légende qui reste trop longtemps."
D’autres, comme Chael Sonnen, saluent son audace : "C’est ça, un vrai champion. Il ne cherche pas les combats faciles. Soit il meurt en héros, soit il vit assez longtemps pour redevenir roi."
Le dilemme : Si Usman affronte Makhachev (invaincu depuis 2015), il risque un KO face à un grappler encore plus redoutable que Chimaev. Si c’est Della Maddalena, il devra gérer la jeunesse et l’agressivité d’un combattant en pleine confiance. Dans les deux cas, le Nigérian devra retrouver sa version 2019-2021 : celle qui enchaînait les performances chirurgicales, comme sa victoire face à Gilbert Burns (UFC 258) ou son KO contre Jorge Masvidal (UFC 261).
Derrière les projecteurs : l’homme qui refuse de lâcher
Peu de fans le savent, mais Kamaru Usman a failli abandonner le MMA après sa première défaite… en 2013, face à Hayder Hassan à The Ultimate Fighter. À l’époque, il travaille comme agent de sécurité pour subvenir aux besoins de sa famille, tout en s’entraînant à temps partiel. Sa femme, Evelyn, lui dit alors : "Si tu arrêtes maintenant, tu le regretteras toute ta vie." Il persévère, enchaîne 15 victoires, et devient champion du monde.
Aujourd’hui, c’est cette même détermination qui le pousse à continuer. Entre deux entraînements à Sanford MMA en Floride, il gère aussi sa fondation, "Usman’s Octagon", qui aide les jeunes Nigérians à accéder au sport. "Je me bats pour plus que moi maintenant. Je me bats pour montrer que les Africains peuvent dominer ce sport, peu importe l’âge."
Son entraîneur, Henri Hooft, révèle un détail marquant : "Après sa défaite contre Chimaev, Kamaru est resté 3 jours sans parler à personne. Puis il est revenu à la salle, a regardé les vidéos du combat, et a dit : ‘Je sais ce que j’ai fait de mal. Je ne referai plus ces erreurs.’"* Une résilience qui force le respect, même chez ses détracteurs.
Scénarios pour l’avenir : héros ou adieu ?
Option 1 : La résurrection
Usman bat le vainqueur de Makhachev vs Della Maddalena → Il se repositionne comme prétendant n°1 face à Leon Edwards (si ce dernier bat encore Belal Muhammad ou Shavkat Rakhmonov). Un trilogie Usman vs Edwards ? Les fans en rêvent, Dana White moins (les deux premiers combats ont fait des scores d’audience mitigés).
Option 2 : La chute définitive
Une troisième défaite d’affilée signifierait probablement la fin. Usman a toujours dit qu’il ne voulait pas "devenir un de ces gars qui traînent pour l’argent". Dans ce cas, une retraite en 2025 semble inévitable, avec un héritage déjà assuré : 5 défenses de titre réussies (record à égalité avec Georges St-Pierre chez les mi-moyens), et un style qui a redéfini la catégorie.
Option 3 : Le joker
Et si Usman visait en réalité… un combat d’adieu contre Colby Covington ? Les deux hommes s’affrontent depuis des années (2-0 pour Usman), et une trilogie "pour l’honneur" ferait sens. Covington, lui aussi en fin de carrière, a récemment déclaré : "Si Kamaru veut un dernier combat, je suis son homme. Mais je le finirai cette fois."
Pourquoi ce combat compte (au-delà du sport)
Kamaru Usman n’est pas qu’un combattant : c’est un symbole. Premier Africain champion UFC en poids mi-moyens, il a ouvert la voie à des athlètes comme Israel Adesanya ou Sodiq Yusuff. Son histoire – immigrant nigérian arrivé aux États-Unis à 8 ans, devenu champion du monde – inspire des millions de jeunes sur le continent.
Son possible retour au sommet aurait aussi un impact médiatique énorme. Les combats d’Usman ont généré des plus de 1 million de PPV à leur apogée (UFC 261 contre Masvidal). Un nouveau titre le propulserait parmi les légendes absolues, aux côtés de GSP ou Anderson Silva.
Enfin, il y a la question du style. Usman a popularisé une approche "hybride" : la lutte offensive de l’Université du Nebraska (où il était All-American) combinée à des frappes précises. Une méthode copiée par des combattants comme Khamzat Chimaev ou Jack Della Maddalena. Ironie du sort : s’il affronte ce dernier, ce sera un peu comme voir l’élève défier le maître.
Une chose est sûre : dans l’univers impitoyable du MMA, les seconds actes sont rares. Si Usman parvient à s’imposer une nouvelle fois, ce sera bien plus qu’une victoire sportive. Ce sera la preuve qu’une carrière peut renaître de ses cendres, même après les pires défaites. Et que parfois, les "nightmares" – les cauchemars – finissent par se réveiller.
En attendant, une question persiste : le "Nigerian Nightmare" est-il prêt à redevenir le cauchemar de la division ?

