Le Comeback d’un Roi Déchu : Pourquoi Usman Croit Encore au Titre
2024 marque le grand retour de Kamaru Usman sur le devant de la scène UFC. Après deux ans d’absence – une éternité dans le monde impitoyable du MMA –, l’ancien champion des poids mi-moyens a envoyé un message clair en mars dernier : il n’a pas dit son dernier mot. Sa victoire par décision unanime face à Joaquin Buckley, bien que laborieuse, a suffi à relancer les spéculations. Mais cette fois, "The Nigerian Nightmare" ne se contente pas de revenir. Il exige un titre, et rapidement.
Son argument ? Un palmarès qui force le respect : 19 victoires en UFC (dont 15 dans la division des mi-moyens), cinq défenses de ceinture consécutives entre 2019 et 2022, et une seule défaite *réelle* dans la catégorie – le KO cymbalique de Leon Edwards en août 2022. Même sa première défaite face à "Rocky", en mars 2022, reste sujette à polémique (un coup de tête involontaire avait ébranlé Usman avant le KO final). Pour lui, les comptes ne sont pas soldés : "J’ai dominé cette division pendant des années. Deux combats serrés contre Edwards ne changent pas ça. Je mérite cette chance."
Pourtant, la route vers un troisième règne (un exploit rare dans l’histoire de l’UFC) est semée d’embûches. D’abord, il y a la concurrence interne : Ilia Topuria, le champion des poids légers, flirtent ouvertement avec l’idée d’un double titre. Puis il y a les prétendants en forme, comme Ian Garry (invaincu) ou Belal Muhammad, qui attendent leur tour depuis des mois. Sans oublier Jack Della Maddalena, l’Australien en feu, qui affronte Islam Makhachev à l’UFC 322 (1ᵉʳ juin 2024) dans un combat éliminatoire *de facto*.
Usman, lui, joue la carte de l’urgence : à 37 ans, il n’a plus le temps d’attendre. Dans une interview récente, il a lâché : "Je ne vais pas faire trois ou quatre combats pour retrouver le titre. Soit c’est maintenant, soit jamais. L’UFC sait ce que je représente pour cette division." Un pari osé, mais qui pourrait payer. Car si la logique sportive prime, peu de noms résonnent autant que le sien dans l’histoire des 170 lbs.
Della Maddalena vs. Makhachev : Le Combat qui Pourrait Tout Changer
Tout se jouera le 1ᵉʳ juin 2024 à New York. Ce soir-là, Jack Della Maddalena (15-2, 5 victoires d’affilée en UFC) affronte Islam Makhachev (25-1), le roi des poids légers, dans un duel aussi inattendu qu’explosif. Pour Usman, ce combat est une aubaine : peu importe le vainqueur, il compte bien être le prochain sur la liste.
Scénario 1 : Makhachev l’emporte. Le Russe, déjà champion chez les légers, deviendrait un *double champion* instantané – une perspective qui donne des sueurs froides à Dana White. Dans ce cas, Usman mise sur son style de lutte (il est ancien champion NCAA) pour contrer le grappling de Makhachev. "Islam est un monstre, mais je l’ai déjà dominé en salle d’entraînement. Je connais ses faiblesses." Une déclaration qui a fait réagir l’équipe de Makhachev, avec son coach Javier Mendez rétorquant : "Kamaru vit dans le passé. Il oublie qu’Islam a évolué."
Scénario 2 : Della Maddalena crée la surprise. L’Australien, avec son jeu de coups explosif et son mental d’acier, incarne la nouvelle génération. Une victoire contre Makhachev le propulserait directement dans la course au titre. Mais Usman, lui, voit plus loin : "Jack est un bon gars, mais il n’a pas mon expérience. Je l’ai vu se faire dominer par Randy Brown en 2021. Moi, j’ai écrasé Brown en 2018." Un argument choc, mais qui omet volontairement les progrès fulgurants de Della Maddalena depuis.
Le problème ? L’UFC adore les nouvelles stars. Et entre un Della Maddalena en pleine ascension et un Usman en quête de rédemption, le choix n’est pas évident. Surtout quand on sait que Leon Edwards, l’actuel champion, pourrait très bien être tenté par un combat contre... Ilia Topuria, pour un choc des champions historique.
L’Ombre de Leon Edwards : Un Rival qui Hante Toujours Usman
Impossible d’évoquer Kamaru Usman sans parler de Leon Edwards. Leur rivalité, l’une des plus intenses de l’UFC, a basculé en deux soirées dramatiques. D’abord en mars 2022, quand Edwards a profité d’un coup de tête d’Usman pour le KO au 5ᵉ round. Puis en août 2022, avec un coup de pied en pleine tête qui a scellé la fin du règne d’Usman. Deux défaites qui pèsent lourd dans la balance.
Pourtant, Usman refuse de voir Edwards comme un mur infranchissable. Dans une récente conférence de presse, il a expliqué : "Leon a eu de la chance. Deux fois. Mais regardez les stats : en temps de combat pur, je l’ai dominé. La première fois, c’était un accident. La deuxième, j’ai sous-estimé son coup de pied. Plus jamais." Des propos qui ont fait sourire Edwards, qui a répondu sur X (ex-Twitter) : "Le déni, c’est la première étape, mon frère."
Le vrai dilemme ? Si Usman obtient son combat de titre, ce sera très probablement contre... Edwards à nouveau. Un troisième acte qui ferait saliver les fans, mais qui représenterait un risque énorme pour le Nigérian. Car une troisième défaite contre "Rocky" signifierait probablement la fin de ses ambitions de ceinture. À l’inverse, une victoire le propulserait dans la légende.
Mais l’UFC osera-t-il organiser Usman vs. Edwards 3 ? Les rumeurs parlent plutôt d’un Edwards vs. Topuria pour un méga-combat fin 2024. Dans ce cas, Usman pourrait se retrouver face à Della Maddalena ou Makhachev pour un titre *intérimaire*... une situation qu’il refuse catégoriquement : "Je ne veux pas d’une ceinture de consolation. Je veux le vrai titre, face au vrai champion."
Derrière les Coulisses : L’Usman que Personne ne Connaît
Kamaru Usman n’est pas seulement un combattant. C’est aussi un stratège, un homme qui a bâti son succès sur une discipline de fer. Peu de gens savent que, pendant son règne, il étudiait ses adversaires comme un obsédé. Son coach, Trevor Wittman, révèle : "Kamaru regardait chaque combat de ses rivaux au moins dix fois. Il notait leurs tics, leurs faiblesses, leurs réactions sous pression. C’est comme ça qu’il a dominé Tyron Woodley ou Colby Covington."
Autre détail méconnu : sa routine d’entraînement inclut des sessions de *sparring* avec des lutteurs olympiques et des boxeurs professionnels. "Je ne veux pas juste gagner. Je veux écraser mes adversaires mentalement avant même le combat." Une philosophie qui explique pourquoi, malgré ses deux défaites contre Edwards, il reste convaincu de pouvoir le battre.
Enfin, il y a la pression familiale. Usman, né au Nigeria avant d’émigrer aux États-Unis à 8 ans, porte sur ses épaules les espoirs d’un continent. Son frère, Mohammed Usman (aussi combattant UFC), confie : "Kamaru ne combat pas que pour lui. Il combat pour montrer aux jeunes Africains que tout est possible." Une motivation supplémentaire qui pourrait faire la différence dans les mois à venir.
2024 : L’Année de Toutes les Possibilités (ou de la Fin d’une Ère)
Tout se jouera d’ici décembre 2024. Voici les scénarios possibles pour Kamaru Usman :
✅ Scénario idéal : Il obtient un combat contre le vainqueur de Della Maddalena-Makhachev, remporte la ceinture, et affronte Edwards en 2025 pour un *rubber match* (3ᵉ combat). Un parcours qui le placerait parmi les plus grands de l’histoire.
⚠️ Scénario réaliste : L’UFC lui propose un combat contre Belal Muhammad ou Ian Garry pour un titre intérimaire. Usman refuse, attend trop longtemps, et se retrouve marginalisé. À 38 ans en 2025, son temps pourrait être compté.
❌ Scénario catastrophe : Il affronte Edwards une troisième fois, perd, et prend sa retraite. Ou pire : il se blesse gravement avant même d’avoir sa chance.
Dans tous les cas, une chose est sûre : Kamaru Usman ne partira pas sans se battre. Et si l’UFC a un penchant pour les histoires de redemption (voir Israel Adesanya ou Alex Pereira), il a une carte majeure à jouer. Comme il le dit lui-même : "Je ne demande pas la charité. Je demande ce que j’ai gagné. Et si l’UFC ne me le donne pas, les fans sauront pourquoi."

