Un règne sans partage, mais une faim intacte
Depuis qu’il a hérité du titre des poids légers en octobre 2022, après sa victoire contre Charles Oliveira, Islam Makhachev n’a cessé de repousser les limites de ce que signifie dominer une division. Son style, inspiré du sambo dagestanais et son grappling étouffant, a réduit à néant des adversaires aussi redoutables que Alexander Volkanovski (deux fois), Dustin Poirier, ou plus récemment Jack Della Maddalena à l’UFC 302. Pourtant, malgré ce palmarès déjà historique, Makhachev ne semble pas satisfait. Lors d’un échange avec Paul Felder pour l’UFC, il a lancé une bombe : "Je veux affronter Kamaru Usman. C’est un vrai guerrier, et je veux montrer que je peux battre les meilleurs, peu importe leur poids."
Une déclaration qui en dit long sur son état d’esprit. À 32 ans, le Dagestanais pourrait se contenter de défendre ses ceintures et de savourer son statut de double champion (poids légers et mi-moyens par intérim). Mais non : il cherche le combat le plus difficile possible. Et quoi de plus difficile que d’affronter un ancien roi comme Usman, même si ce dernier a perdu sa couronne face à Leon Edwards en 2022 ?
Son dernier combat, une victoire unanime face à Renato Moicano en janvier 2024 (UFC 311), a encore prouvé sa capacité à s’adapter. Contre un adversaire connu pour son jiu-jitsu brésilien, Makhachev a imposé son jeu au sol, étouffant Moicano avec une maîtrise rare. "Chaque combat est une leçon. Moicano est fort, mais j’ai montré que personne ne peut me battre dans ma zone de confort," avait-il déclaré après le fight. Une confiance qui, aujourd’hui, le pousse à viser plus haut – ou plutôt, plus lourd.
"Usman est un monstre, et c’est pour ça que je veux l’affronter"
Pourquoi Kamaru Usman ? La réponse est simple : parce qu’il représente l’antithèse de Makhachev sur bien des points. Là où le Dagestanais excelle dans le contrôle au sol et les soumissions, l’ancien champion nigérian est un spécialiste du striking, avec une boxe puissante et un wrestling défensif redoutable. Leurs styles s’opposent, mais c’est précisément ce qui rend ce combat si excitant.
Usman, âgé de 37 ans, n’est plus le champion invaincu qu’il était entre 2019 et 2022 (avec 5 défenses de titre réussies). Sa défaite face à Leon Edwards à l’UFC 278, suivie d’une revanche perdue en mars 2023, a marqué un tournant. Pourtant, Makhachev ne le sous-estime pas. "Usman est un combattant intelligent. Il a battu des gars comme Jorge Masvidal, Colby Covington… Il sait rebondir. Ce serait un honneur de l’affronter," a-t-il confié. Une marque de respect, mais aussi une stratégie : en choisissant un adversaire aussi expérimenté, Makhachev renforce sa légende.
Le Nigérian, de son côté, n’a pas encore réagi publiquement à cette proposition. Mais son entraîneur, Trevor Wittman, a laissé entendre qu’Usman était "ouvert à tous les défis, surtout s’ils ont du sens". Un combat contre Makhachev aurait effectivement un sens historique : ce serait la première fois qu’un double champion en titre affronte un ancien roi d’une autre division dans l’ère moderne de l’UFC.
Un combat réaliste ? Les obstacles à surmonter
Si l’idée est séduisante, sa concrétisation soulève plusieurs questions. D’abord, celle du poids : Makhachev combat habituellement en poids légers (70 kg), tandis qu’Usman évolue en poids mi-moyens (77 kg). Une différence significative, même si le Dagestanais a déjà prouvé qu’il pouvait monter en poids (comme contre Alex Volkanovski en février 2023 pour le titre mi-moyen par intérim).
Ensuite, il y a la question du calendrier. Makhachev pourrait affronter Dustin Poirier ou Arman Tsarukyan pour sa prochaine défense de titre en poids légers, tandis qu’Usman, après sa défaite face à Khamzat Chimaev en octobre 2023, pourrait chercher un combat moins risqué pour se relancer. Pourtant, les rumeurs persistent : Dana White, le président de l’UFC, a admis que ce match-up était "très intéressant", sans pour autant confirmer de négociations.
Enfin, il y a l’aspect financier. Un combat entre deux stars de ce calibre nécessiterait un PPV (Pay-Per-View) majeur, probablement en 2025. Makhachev, conscient de sa valeur, a déjà exprimé son souhait d’être "payé à sa juste mesure" – un point que Usman, habitué aux gros chèques durant son règne, ne manquerait pas de négocier âprement.
Derrière le défi sportif, une quête de légende
Au-delà des enjeux sportifs, ce combat symboliserait bien plus pour Islam Makhachev. Depuis son enfance au Dagestan, où il s’entraînait sous la houlette de son père et de son mentor Abdulmanap Nurmagomedov (également l’entraîneur de Khabib Nurmagomedov), il a toujours été animé par une volonté de dépassement. "Mon père me disait : ‘Si tu veux être le meilleur, bats les meilleurs, même s’ils sont plus gros ou plus expérimentés.’ C’est ce que j’essaie de faire," confiait-il en 2023.
Affronter Usman, c’est aussi rendre hommage à Khabib, son ami et modèle, qui n’a jamais eu l’opportunité de monter en poids mi-moyens avant sa retraite. Makhachev, souvent comparé à son aîné, pourrait ainsi accomplir ce que Khabib n’a pas pu faire : dominer deux divisions simultanément, tout en battant un champion historique.
Pour les fans, ce combat serait un rêve devenu réalité : deux des meilleurs combattants de leur génération, aux styles opposés, s’affrontant pour l’héritage du MMA. Certains y voient même un potentiel "Fight of the Year", à l’image du mythique McGregor vs. Diaz en 2016 – mais en version technique et stratégique.
Et si Usman refusait ? Les alternatives de Makhachev
Bien sûr, rien n’est encore gravé dans le marbre. Si Usman décline l’offre (ou si l’UFC privilégie d’autres match-ups), Makhachev a déjà plusieurs options sur la table :
- Un troisième combat contre Volkanovski : après deux victoires (dont une controversée), le Australien réclame une belle. Un trilogie qui ferait vibrer les fans.
- Un affrontement contre Arman Tsarukyan : le jeune Arménien, invaincu et en pleine ascension, représente la nouvelle génération des poids légers.
- Un retour en poids mi-moyens contre Leon Edwards ou Khamzat Chimaev : deux combats qui garantiraient un PPV explosif.
Mais une chose est sûre : Makhachev ne choisira pas la facilité. Comme il le répète souvent, "un vrai champion ne fuit pas les défis, il les crée."
L’histoire du MMA s’écrit souvent grâce à des combats qui, sur le papier, semblent trop beaux pour être vrais. Islam Makhachev vs. Kamaru Usman en fait partie. Entre le grappling implacable du Dagestanais et le striking explosif du Nigérian, ce choc promettrait un spectacle technique, intense et chargé d’enjeux. Pour Makhachev, ce serait l’occasion de sceller son statut de meilleur combattant pound-for-pound de la planète. Pour Usman, une chance de renaître de ses cendres et de prouver qu’il reste un top-tier.
Reste à savoir si l’UFC osera franchir le pas. Une chose est certaine : dans l’univers impitoyable du MMA, les légendes ne se contentent pas de régner – elles défient l’impossible. Et Makhachev, fidèle à lui-même, est prêt à le faire.

