Quand David rencontre Goliath… mais avec des gants de 10 oz
La photo est devenue virale avant même le premier coup de poing : Anthony Joshua, debout à côté de Jake Paul, ressemble à un bâtiment posé à côté d’un immeuble. Avec 16 cm et 27 kg d’écart, la différence physique entre les deux hommes est telle qu’elle a relancé le débat sur la pertinence même de ce combat. Pour les puristes, c’est une mascarade. Pour les autres, c’est le genre de folie qui fait vibrer le sport.
Joshua, avec ses 111 kg de muscles sculptés et son envergure de 2m08, incarne la boxe traditionnelle : puissance, expérience (24 combats pros, 2 titres mondiaux), et une droite capable d’envoyer n’importe qui au tapis. Paul, lui, pèse 84 kg tout mouillé, mais compense par une vitesse de frappe et une stratégie de combat qui lui ont permis de battre des anciens de l’UFC comme Tyron Woodley (2 fois) ou Anderson Silva (par décision). "Je ne sous-estime pas Jake. Il a prouvé qu’il savait boxer, même si ce n’est pas un poids lourd", a déclaré Joshua lors d’une conférence de presse, visiblement agacé par les questions sur l’écart physique.
Le problème ? Paul n’a jamais affronté un vrai boxeur. Ses adversaires étaient des MMAistes en fin de carrière, pas des frappeurs purs. Face à Joshua, même affaibli (2 défaites en 3 ans), le défi est autre. "Anthony a un jab qui peut tuer un éléphant. Si Jake le prend en plein visage, c’est fini", analyse Teddy Atlas, légendaire entraîneur, sur ESPN. À l’inverse, des observateurs comme Mike Tyson (oui, lui-même) ont salué "l’audace" de Paul : "Il a des couilles en acier. Peu importe le résultat, il monte sur ce ring, et ça, c’est respectable."
"Netflix and Chill" version boxe : quand le streaming révolutionne les combats
Pour la première fois de l’histoire, un combat de boxe sera diffusé en direct sur Netflix, avec une production digne d’un blockbuster. Caméras 4K, microphones dans les coins pour capter les instructions des entraîneurs, ralentis dignes d’un film d’action… La plateforme a mis les petits plats dans les grands pour transformer ce duel en événement médiatique.
Le choix n’est pas anodin : Jake Paul est une star des réseaux (20M d’abonnés sur YouTube, 15M sur Instagram), et Netflix mise sur son audience jeune pour attirer de nouveaux fans. "On ne vend pas un combat, on vend une histoire", explique Peter Nelson, responsable des sports chez Netflix. Celle d’un outsider qui défie l’establishment, d’un rêve américain où un kid des réseaux peut (peut-être) battre un géant.
Côté business, l’opération est déjà un succès : les billets (de 50 à 5 000 dollars) se sont arrachés en quelques heures, et les parieurs misent à 85% sur Joshua (cote à 1.10 contre 6.00 pour Paul). Pourtant, comme le souligne Dana White, patron de l’UFC : "Les bookmakers se sont déjà plantés avec Jake. Sous-estimez-le à vos risques et périls."
Silva vs Hall et Marley vs Davis : le Brésil envahit Miami
Si le combat Joshua-Paul concentre toute l’attention, la carte complète de la soirée promet son lot de surprises, notamment avec deux Brésiliens qui apportent une touche latine à l’événement.
D’abord, Anderson Silva (48 ans), légende du MMA, qui remplace au pied levé Chris Weidman (blessé) pour affronter Uriah Hall. Un combat entre deux vétérans qui se connaissent par cœur (ils se sont déjà affrontés en MMA en 2018, victoire de Silva par KO). "Je n’ai rien à prouver, mais j’aime encore me battre", a déclaré Silva, qui en sera à son 5e combat de boxe en 2 ans. Hall, lui, promet un "spectacle" : "Anderson est un artiste, mais je vais lui rappeler qu’on est dans un ring, pas dans une arène de kickboxing."
Ensuite, Keno Marley, 20 ans à peine, fera ses débuts professionnels face à l’Américain Diarra Davis Jr. Fils du célèbre chanteur brésilien Seu Jorge, Marley est un prodige du jiu-jitsu (ceinture noire) qui se lance dans la boxe avec l’ambition de "devenir le premier champion du monde brésilien des lourds". Un pari fou, mais qui rappelle celui de… Jake Paul il y a 4 ans.
Derrière les gants : les enjeux cachés du combat
Au-delà du spectacle, ce combat est un test pour l’avenir de la boxe. Si Joshua gagne (ce que tout le monde prévoit), Paul aura prouvé qu’il osait affronter l’élite, et pourra prétendre à des combats encore plus lucratifs. S’il crée la surprise (même une défaite honorable), ce sera un séisme : les influenceurs deviendront des adversaires crédibles, et les promoteurs devront revoir leurs stratégies.
Pour Anthony Joshua, l’enjeu est tout autre : relancer sa carrière. Après deux défaites contre Oleksandr Usyk et une victoire laborieuse face à Robert Helenius, il a besoin d’un KO spectaculaire pour retrouver les sommets. "Je ne suis pas là pour faire un spectacle, je suis là pour gagner. Point.", a-t-il asséné. Pourtant, son entraîneur, Ben Davison, a glissé à la presse britannique que Joshua travaillait des "combinations rapides", comme s’il préparait un combat… contre un adversaire plus petit et mobile.
Enfin, il y a l’aspect financier : avec 30 millions de dollars de recettes estimées (billetterie + PPV), ce combat pourrait devenir l’un des plus rentables de l’année. De quoi faire réfléchir les fédérations traditionnelles, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de Netflix et des influenceurs dans leur pré carré.
Le mot de la fin : "Ce combat est une insulte à la boxe" (ou pas)
Les critiques fusent. "C’est du catch, pas de la boxe", tonne Lennox Lewis. "Un cirque", renchérit Tyson Fury. Pourtant, comme le fait remarquer Oscar De La Hoya, "la boxe a toujours eu besoin de spectacles. Ali contre Inoki en 1976, c’était aussi une mascarade. Aujourd’hui, on en parle encore."
Et puis, il y a les fans. Ceux qui ont acheté leur billet à 5 000 dollars pour être au premier rang, ceux qui organiseront des "watch parties" chez eux, ceux qui parieront leur salaire sur un KO au 1er round. Pour eux, peu importe si c’est "légitime" ou non. Le 19 décembre, la boxe sera au centre du monde. Et ça, même les puristes ne peuvent pas le nier.

