Un coup de tonnerre dans le paysage du MMA
Quand Islam Makhachev parle, le monde du MMA écoute. Le champion des poids légers de l’UFC, souvent décrit comme l’héritier spirituel de Khabib Nurmagomedov, a une nouvelle fois fait vibrer la toile en critiquant ouvertement le classement officiel poids pour poids de la promotion. Lors d’un échange musclé sur le podcast Adin Live, le Russe n’a pas mâché ses mots : selon lui, la hiérarchie actuelle est "décalée de la réalité". Et pour cause, il propose un remaniement radical, où des noms comme Alexandre Pantoja – champion des poids mouches – se retrouvent propulsés en haut de l’affiche, devant des combats aussi médiatisés que Ilia Topuria ou Khamzat Chimaev.
Son classement idéal ? 1. Islam Makhachev (sans surprise), 2. Alexandre Pantoja, 3. Tom Aspinall, 4. Alexander Volkanovski, et enfin 5. Ilia Topuria. Une liste qui a de quoi surprendre, surtout quand on sait que Pantoja, malgré son titre, reste souvent dans l’ombre des divisions supérieures. Mais Makhachev assume : "Pantoja est un tueur. Il domine sa catégorie avec une technique et une intelligence que peu de gens comprennent. C’est un combattant complet, et c’est pour ça qu’il mérite cette place." Une déclaration qui interroge : s’agit-il d’une réelle conviction ou d’une stratégie pour déstabiliser ses futurs adversaires ?
Pourquoi Pantoja ? L’analyse technique derrière le choix
À première vue, voir un poids mouche (57 kg) classé devant des monstres comme Volkanovski (poids plumes) ou Topuria (poids légers) peut sembler absurde. Pourtant, Makhachev, fin stratège, base son raisonnement sur des critères précis :
1. La domination sans partage : Pantoja a défendu son titre à trois reprises, avec des victoires aussi spectaculaires que soumissions en 2ᵉ round (contre Brandon Royval) ou des KO techniques (face à Alex Perez). Son dernier combat, une victoire par étranglement contre Steve Erceg à l’UFC 297, a encore prouvé sa maîtrise du grappling, un domaine où Makhachev excelle aussi.
2. L’adaptabilité : Contrairement à des combattants spécialisés (comme les frappeurs purs), Pantoja alterne entre boxe, jiu-jitsu et lutte avec une fluidité rare. Makhachev, lui-même adepte d’un style hybride, reconnaît cette polyvalence comme un atout majeur.
3. Le facteur "méconnu" : "Les gens sous-estiment les petites catégories, mais c’est là que se trouvent les vrais techniciens"*, explique Makhachev. Une façon de rappeler que la taille ne fait pas tout – une philosophie qu’il applique lui-même en défiant des adversaires plus lourds.
Pour autant, tous ne partagent pas cet avis. Daniel Cormier, commentateur emblématique et ancien double champion, a réagi sur ESPN : "Pantoja est incroyable, mais le classer devant Volkanovski, qui a dominé les plumes pendant des années, c’est exagéré. Islam veut peut-être juste faire parler de lui avant son combat." Une critique qui souligne le côté provocateur – voire calculé – de la démarche de Makhachev.
UFC 302 : le combat qui pourrait tout changer
Cette polémique autour du classement tombe à point nommé : ce samedi 15 juin, Makhachev affronte Jack Della Maddalena pour le titre des poids mi-moyens (vacant depuis le départ de Leon Edwards). Une victoire lui ouvrirait les portes d’un club ultra-exclusif : celui des double champions de l’UFC, où seuls 11 combattants (dont Conor McGregor, Amanda Nunes ou Georges St-Pierre) ont réussi cet exploit.
Mais le défi est de taille. Della Maddalena, invaincu en 16 combats (dont 6 à l’UFC), est un frappeur redoutable, avec un taux de KO de 75%. Makhachev, habitué aux combats au sol, devra gérer la distance et les coups puissants de l’Australien. "Je ne sous-estime pas Jack. Il est dangereux, mais je suis prêt à montrer au monde pourquoi je mérite d’être numéro 1, dans n’importe quelle catégorie"*, a-t-il déclaré en conférence de presse.
Au-delà du titre, c’est toute la légitimité de son classement qui est en jeu. Si Makhachev l’emporte, il pourra arguer que sa vision du MMA – où la technique prime sur la taille – est la bonne. À l’inverse, une défaite remettrait en cause sa crédibilité, et ferait de ses déclarations un simple coup médiatique.
Derrière les projecteurs : la méthode Makhachev
Ce qui frappe chez Islam Makhachev, c’est sa capacité à transformer chaque interview en stratégie. Son classement controversé n’est peut-être pas anodin : en mettant en avant Pantoja, il attire l’attention sur les combattants techniques, tout en minimisant des adversaires comme Topuria (qu’il pourrait affronter plus tard). Une manière de déstabiliser psychologiquement la concurrence ?
Son entraîneur, Javier Mendez (de l’AKA), révèle une anecdote édifiante : "Avant chaque combat, Islam étudie ses adversaires pendant des heures, mais il passe aussi du temps à analyser les classements. Il adore ça. Pour lui, c’est comme un jeu d’échecs – chaque déclaration est un coup calculé." Une approche qui explique pourquoi ses prises de parole font autant de bruit.
Autre détail marquant : Makhachev n’a jamais perdu un round depuis 2019. Une statistique qui renforce son argument selon lequel la domination technique doit primer sur les critères subjectifs (comme la popularité ou le nombre de followers). Dans ce contexte, son classement prend une autre dimension : et si c’était une déclaration de guerre contre les critères traditionnels de l’UFC ?
Et si Pantoja était le vrai gagnant de cette histoire ?
Ironie du sort : alors que tout le monde parle de Makhachev et de son combat à l’UFC 302, c’est Alexandre Pantoja qui pourrait sortir grand vainqueur de cette polémique. Grâce à la médiatisation offerte par le Russe, le Brésilien voit son nom associé aux plus grands – une visibilité rare pour un poids mouche.
Pantoja lui-même a réagi avec humour sur les réseaux sociaux : "Merci Islam ! Grâce à toi, tout le monde sait enfin qui je suis. Maintenant, il faut que l’UFC me donne des combats qui payent !"* Une boutade qui cache une réalité : les petites catégories peinent souvent à attirer l’attention (et les primes). En le plaçant en 2ᵉ position, Makhachev offre à Pantoja une plateforme inespérée pour négocier de meilleurs contrats.
Reste à savoir si l’UFC suivra cette logique. Dana White, le président, a déjà exprimé son scepticisme : "Les classements, c’est comme les opinions, tout le monde en a une. Mais à la fin, c’est dans la cage que ça se joue." Un rappel à l’ordre qui sonne comme un défi pour Makhachev : prouver ses mots par les faits, ce samedi.

