Islam Makhachev : L’empereur aux deux couronnes qui rêve d’un troisième royaume
Islam Makhachev n’est plus un champion, c’est une dynastie ambulante. Double détenteur des ceintures UFC en poids légers (70 kg) et poids mi-moyens (77 kg), il a réalisé l’exploit rare de dominer deux catégories simultanément, un feat que seuls quelques-uns avant lui ont approché. Son dernier sacre face à Dustin Poirier en 2023, suivi de sa victoire écrasante contre Alex Volkanovski pour le titre mi-moyen, a scellé son statut de meilleur combattant livre pour livre selon les classements officiels.
Mais Makhachev, jamais rassasié, regarde désormais vers les poids moyens (84 kg). Une catégorie où règne un autre monstre : Khamzat Chimaev. « Je veux des défis, pas des combats faciles », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse post-combat. Son entraîneur, Javier Mendez, a confirmé cette ambition : « Islam peut battre n’importe qui, peu importe la catégorie. Mais Chimaev ? Ce serait différent. »
Ce qui rend Makhachev si redoutable, c’est son grappling d’une précision chirurgicale, hérité de son mentor Khabib Nurmagomedov. Son jeu au sol, combiné à une stratégie d’usure méthodique, a brisé des adversaires réputés pour leur résistance. Pourtant, monter en poids moyens signifierait affronter des combattants plus grands, plus lourds, et souvent plus explosifs. Un pari risqué, mais qui, s’il réussit, pourrait le propulser au panthéon des plus grands de tous les temps.
Khamzat Chimaev : La machine de guerre qui écrase tout sur son passage
Si Makhachev est un empereur, Khamzat Chimaev est un conquérant en marche. Invaincu en 15 combats professionnels, le Suédois d’origine tchétchène a balayé la catégorie des poids moyens avec une facilité déconcertante. Son dernier exploit ? Une victoire par KO technique contre Dricus Du Plessis à l’UFC 303, en juin 2024, où il a démontré une fois de plus sa capacité à dominer des adversaires réputés pour leur endurance.
Avant cela, Chimaev avait humilié Robert Whittaker (ancien champion) en deux rounds, puis battu Kamaru Usman (légende des mi-moyens) aux points. Son style ? Un mélange explosif de boxe agressive, de takedowns dévastateurs, et d’un physique monstrueux pour la catégorie. « Il est comme Makhachev, mais en plus grand et plus fort », résume Sean O’Malley, qui voit en lui le seul capable de « poser un vrai problème » au double champion.
Ce qui impressionne chez Chimaev, c’est sa capacité à s’adapter. Contre Du Plessis, il a prouvé qu’il pouvait gagner même après avoir encaisse des coups durs. Contre Whittaker, il a montré une intelligence tactique rare pour un combattant aussi jeune (29 ans). Et surtout, il a cette aura intimidante : peu osent le défier, et ceux qui le font finissent souvent écrasés.
Le duel des styles : Technique vs. Puissance, qui l’emporterait ?
Sur le papier, un combat entre Makhachev et Chimaev serait un choc de philosophies. D’un côté, l’artiste : Makhachev, maître du contrôle au sol, des soumissions, et des transitions fluides. De l’autre, le bourreau : Chimaev, avec sa puissance de frappe, ses takedowns explosifs, et une pression constante.
Les experts sont divisés. Daniel Cormier, commentateur légendaire, penche pour Makhachev : « Islam a l’expérience des grands combats. Il sait comment gagner même quand il est en difficulté. Chimaev est impressionnant, mais il n’a pas encore affronté un grappler de ce niveau. » À l’inverse, Michael Bisping, ancien champion, croit en Chimaev : « Sa taille, sa puissance, et son rythme… Makhachev n’a jamais affronté quelqu’un comme ça. »
La clé du combat résiderait dans la gestion de la distance. Makhachev devra éviter les échanges en boxe, où Chimaev excelle, et tenter de l’amener au sol. Mais Chimaev, avec son grappling sous-estimé, pourrait surprendre. « Beaucoup pensent que Khamzat est juste un frappeur, mais il a un jitsu-jitsu brésilien noir, rappelle Henry Cejudo. Islam ne pourra pas le sous-estimer. »
Autre facteur : l’endurance. Chimaev a déjà prouvé qu’il pouvait tenir trois rounds à un rythme infernal. Makhachev, lui, a l’habitude des combats en cinq rounds. Qui craquera en premier ?
Derrière les projecteurs : La rivalité silencieuse et les enjeux financiers
Ce qui rend ce combat encore plus captivant, c’est la dimension psychologique. Makhachev et Chimaev partagent des origines tchétchènes et un respect mutuel, mais aussi une volonté farouche de dominer. « On s’entraînait ensemble quand on était jeunes, mais maintenant, on est des hommes. Les choses changent », a confié Chimaev dans une interview.
Les enjeux financiers sont colossaux. Un tel combat pourrait dépasser les 2 millions de PPV (pay-per-view), un record absolu pour l’UFC. Dana White, le président, l’a d’ailleurs qualifié de « plus gros combat possible aujourd’hui ». Les sponsors se bousculent déjà, et les rumeurs parlent d’une potentielle organisation à Abou Dhabi ou Riyad, où le MMA explose en popularité.
Mais il y a un hic : la catégorie de poids. Makhachev devrait monter en poids moyens, ce qui n’est pas sans risque. « Il devra prendre du muscle sans perdre en souplesse, explique Nate Diaz. C’est un équilibre difficile. » Chimaev, lui, pourrait aussi descendre en mi-moyens, mais cela semble peu probable : « Pourquoi je descendrais ? Je domine déjà ici. »
Et si le combat avait déjà eu lieu ? Le scénario catastrophe de l’UFC 294
Saviez-vous qu’ils ont failli s’affronter bien plus tôt ? En octobre 2023, lors de l’UFC 294, Makhachev devait défendre son titre léger face à Charles Oliveira, tandis que Chimaev était programmé contre Paulo Costa. Les rumeurs d’un double header (deux combats principaux la même soirée) circulaient, avec l’idée d’un affrontement entre les deux en cas de victoires.
Finalement, Oliveira s’est blessé, et Chimaev a écrasé Costa en trois rounds. Makhachev, lui, a battu Oliveira par KO quelques mois plus tard. « Ce serait arrivé, j’aurais gagné », a lancé Chimaev après son combat. Makhachev, lui, a simplement souri : « Un jour, peut-être. »
Ce « peut-être » est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Les bookmakers donnent Makhachev léger favori (1.75 contre 2.10 pour Chimaev), mais les paris affluent des deux côtés. Les fans, eux, rêvent déjà d’un choc des titans qui pourrait éclipser même les légendaires McGregor vs. Diaz ou Jones vs. Cormier.
Le MMA face à son propre futur : Que représenterait ce combat ?
Au-delà des ceintures et des records, un Makhachev vs. Chimaev symboliserait bien plus. Ce serait l’affrontement entre l’ancienne garde (représentée par Makhachev, héritier de Khabib) et la nouvelle génération (Chimaev, porte-drapeau d’une ère plus explosive).
Pour l’UFC, ce combat serait une aubaine marketing : deux stars en pleine ascension, une rivalité crédibles, et un potentiel d’audience mondiale. Pour les fans, ce serait la promesse d’un combat pour les âges, de ces soirées où le MMA dépasse le sport pour devenir spectacle pur.
Reste une question : qui osera le premier ? Makhachev, en montant en poids moyens, prendrait un risque énorme pour son héritage. Chimaev, en restant, pourrait voir son star-power diminuer s’il n’affronte pas les meilleurs. « Quelque chose me dit que Dana White va tout faire pour que ça arrive », glisse Joe Rogan. Une chose est sûre : si ce combat se concrétise, le monde du MMA retient déjà son souffle.

