Un champion qui dicte ses lois
Quand Islam Makhachev parle, l'UFC écoute. Le double champion, auréolé de sa récente victoire écrasante contre Jack Della Maddalena (soumission en 3e round), n'a pas attendu pour poser les bases de son règne dans la catégorie des poids mi-moyens. Avec un style clinique et une domination sans faille, il a envoyé un message clair : les prétendants devront mériter leur chance. Mais c'est sa réponse cinglante à Ian Machado Garry et sa position ferme sur Shavkat Rakhmonov qui font vibrer la communauté MMA.
Son argument ? Un principe simple mais radical : "Un combattant ne peut pas rester inactif pendant un an et prétendre au titre ensuite." Une déclaration qui vise directement Rakhmonov, absent des cages depuis sa victoire contre Garry en décembre 2023. Pour Makhachev, la légitimité se gagne sur le terrain, pas dans les salles d'entraînement. Une philosophie qui contraste avec les pratiques habituelles de l'UFC, où les blessures et les pauses prolongées n'ont pas toujours été des freins à l'attribution des combats de championnat.
Cette prise de position n'est pas anodine. Elle révèle une stratégie calculée : Makhachev ne veut pas seulement défendre son titre, il veut le faire contre des adversaires au sommet de leur forme, capables de lui offrir un défi à la hauteur de son statut. Une approche qui rappelle celle de Khabib Nurmagomedov, son mentor, connu pour exiger des adversaires actifs et pertinents. Mais dans une division aussi compétitive que les poids mi-moyens, cette exigence pourrait bien créer des remous.
Garry dans la ligne de mire : "Il n'a pas été une surprise"
Ian Machado Garry, le prodige irlandais, pensait peut-être avoir fait suffisamment pour s'imposer comme le prochain challenger. Sa victoire contre Belal Muhammad – un ancien prétendant au titre – et sa série de 12 combats sans défaite (dont 10 dans l'UFC) semblaient lui ouvrir les portes d'un combat pour la ceinture. Mais Makhachev a tempéré les ardeurs : "Il n'a pas été une surprise pour moi."
Une phrase qui en dit long. Pour le champion, Garry reste un talent prometteur, mais pas encore un adversaire digne d'un combat de championnat. La défaite de l'Irlandais face à Rakhmonov en 2024 pèse lourd dans la balance. Makhachev semble attendre davantage : une victoire contre un top 5, une performance plus convaincante, ou peut-être simplement plus de temps pour que Garry mûrisse.
Cette méfiance n'est pas sans rappeler les début de Leon Edwards, qui avait mis des années à convaincre l'UFC de sa légitimité malgré une série impressionnante. Garry, avec son style explosif et son charisme, a déjà conquis les fans. Mais pour Makhachev, le charisme ne suffit pas. Il faut des preuves, et surtout, de l'activité.
Rakhmonov, l'ombre qui plane
Si Garry doit encore faire ses preuves, Shavkat Rakhmonov est un cas à part. Le Kazakhe, invaincu (18-0) et considéré comme l'un des talents les plus brillants de la division, a tout pour plaire : un grappling redoutable, un striking précis, et une victoire dominante contre Garry. Pourtant, son inactivité depuis décembre 2023 – due à une blessure au genou – le place dans une zone grise aux yeux de Makhachev.
Leur échange récent, marqué par une poignée de main et des encouragements mutuels, pourrait laisser penser à une entente cordiale. Mais derrière les sourires, la tension est palpable. Makhachev a été clair : "S'il revient en forme et que l'UFC le désigne comme mon prochain adversaire, j'accepterai." Une conditionnelle qui en dit long sur ses attentes.
Cette position met l'UFC dans une situation délicate. Rakhmonov est un atout majeur pour la promotion : jeune, invaincu, et porteur d'un style spectaculaire. Mais le faire combattre pour le titre après une année d'absence irait à l'encontre des principes de Makhachev. Un dilemme qui pourrait forcer l'UFC à organiser un combat d'élimination – peut-être contre Garry, justement – pour clarifier la situation.
Derrière les règles, une stratégie bien huilée
En fixant ces conditions, Makhachev ne fait pas que protéger son titre. Il contrôle le récit de la division. En exigeant de l'activité, il pousse les prétendants à se surpasser, tout en évitant les combats "faciles" contre des adversaires rouillés. Une tactique qui rappelle celle de Jon Jones dans sa prime, quand il choisissait ses adversaires avec une précision chirurgicale.
Mais cette approche a un coût. En refusant de combattre des adversaires inactifs, Makhachev prend le risque de voir la division stagner. Les fans pourraient s'impatienter, et l'UFC pourrait être tentée de contourner ses exigences pour organiser des combats plus "vendeurs". D'autant que des noms comme Kamaru Usman ou Colby Covington rôdent encore, prêts à sauter sur l'occasion.
Pourtant, le champion semble prêt à assumer ce risque. Son objectif ? Construire un héritage à l'image de celui de Khabib : des combats contre les meilleurs, dans les meilleures conditions. Une philosophie qui, si elle est respectée, pourrait élever encore le niveau de la division. Mais qui demande une discipline de fer, tant de sa part que de celle de l'UFC.
Et si l'UFC disait non ?
Reste une question cruciale : que fera Makhachev si l'UFC décide de passer outre ses conditions ? Le scénario n'est pas impensable. L'histoire de l'organisation est jonchée d'exemples où les champions ont été contournés pour des raisons commerciales. Conor McGregor vs. Nate Diaz, Ronda Rousey vs. Holly Holm... Des combats qui ont fait exploser les audiences, mais qui n'étaient pas toujours les plus "logiques" sur le papier.
Pour l'instant, Makhachev semble confiant dans sa position. Son statut de double champion (poids légers et mi-moyens) lui donne un poids considérable dans les négociations. Mais dans le monde impitoyable du MMA, les équilibres peuvent basculer rapidement. Une défaite inattendue, une blessure, ou un changement de stratégie de la part de l'UFC pourraient tout remettre en cause.
Une chose est sûre : en prenant cette position, Makhachev a lancé un pavé dans la mare. Les prétendants devront désormais non seulement gagner, mais aussi rester actifs. Une révolution silencieuse qui pourrait bien changer la façon dont les combats de championnat sont attribués dans l'UFC.

