Le champion qui dit non : Makhachev et sa vision impitoyable du mérite
Dans l’univers ultra-compétitif de l’UFC, où chaque combat peut faire basculer une carrière, Islam Makhachev se distingue par une rigueur à toute épreuve. Son dernier refus – celui d’affronter Shavkat Rakhmonov dans l’immédiat – en est la preuve éclatante. Pour le champion des poids mi-moyens (170 lbs), la question n’est pas de savoir si Rakhmonov est talentueux, mais quand il aura mérité sa place.
Interrogé lors d’une conférence de presse post-UFC 302 (juin 2024), Makhachev a été catégorique : "Un an sans combattre, c’est trop long. Le titre, c’est pour ceux qui montent, pas pour ceux qui attendent." Une déclaration qui résonne comme un rappel à l’ordre dans une division où les prétendants se bousculent. Avec des noms comme Leon Edwards (champion des welters) ou Khamzat Chimaev en embuscade, chaque mois d’inactivité compte double.
Pourtant, les chiffres de Rakhmonov sont impressionnants : 16 victoires en 16 combats, dont 6 dans l’octogone de l’UFC, toutes terminées avant la limite. Alors, pourquoi ce veto ? Makhachev, lui-même invaincu depuis 2015 (28-1), répond par l’exemple : "Moi, je combats deux à trois fois par an. C’est comme ça qu’on reste champion." Une philosophie qui tranche avec l’époque des "money fights" et des titres offerts sur un plateau.
L’argument choc : l’inactivité, ennemi numéro 1 des prétendants
Le cas de Shavkat Rakhmonov est symptomatique d’un débat récurrent en MMA : faut-il privilégier le palmarès ou la dynamique actuelle ? Son dernier combat remonte à décembre 2023 (victoire par soumission contre Stephen Thompson à l’UFC 296), une éternité dans un sport où les classements évoluent chaque semaine. Makhachev, lui, a enchaîné les performances : victoire contre Dustin Poirier en 2022, puis un retour triomphal face à Jack Della Maddalena en mars 2024 (soumission en 3 minutes).
Son raisonnement est implacable : "Un fighter qui ne combat pas perd en visibilité, en timing, en adaptabilité. Rakhmonov est fort, mais est-il prêt maintenant ?" Une question qui fait écho aux critiques récurrentes envers l’UFC, accusée de parfois sacrifier la mérite sportive au profit de combats "bankables". Pourtant, Makhachev assume : "Je ne suis pas là pour faire plaisir aux fans ou à Dana White. Je suis là pour défendre mon titre contre les meilleurs. Aujourd’hui, Rakhmonov n’est pas dans le top 3 des meilleurs actifs."
À l’appui de sa thèse, le Russe cite des exemples concrets : Khabib Nurmagomedov (son mentor), qui n’a jamais laissé plus de 10 mois entre deux combats pendant son règne, ou Jon Jones, malgré ses controverses, toujours resté actif. "La régularité, c’est ce qui sépare les bons des grands," martèle-t-il.
Derrière les mots : une stratégie ou une vraie conviction ?
Si Makhachev se présente en défenseur intransigeant du mérite, certains y voient une manœuvre calculée. Shavkat Rakhmonov, avec son style agressif et son record immaculé, représente une menace crédible. En repoussant le combat, le champion gagne du temps pour peaufiner sa préparation, tout en observant les performances futures de son rival.
Mais cette théorie se heurte à un détail : Makhachev n’a jamais évité un adversaire. Preuve en est sa victoire contre Alexander Volkanovski en 2023 (pour le titre des poids légers), alors que beaucoup le donnaient perdant. "Si Rakhmonov combat deux fois d’ici fin 2024 et impressionne, je serai le premier à dire oui," assure-t-il. Une promesse qui sonne comme un défi lancé à l’UFC : "Donnez-moi des adversaires actifs, et je les écraserai."
Du côté des fans, les réactions sont partagées. Sur les réseaux, certains applaudissent sa rigueur : "Enfin un champion qui pense sport, pas business !" D’autres, plus sceptiques, y voient une façon de contourner un danger. Daniel Cormier, commentateur star, tranche : "Islam a raison sur le fond. Mais attention, Rakhmonov est un tueur. S’il revient en forme, ce combat deviendra inévitable."
Et maintenant ? Les scénarios possibles pour Rakhmonov
Alors, que reste-t-il à Shavkat Rakhmonov ? Plusieurs options s’offrent à lui pour forcer le destin :
- Un combat contre un top 5 : Affronter un Colby Covington ou un Michael Chiesa (s’il revient de blessure) lui permettrait de prouver sa valeur actuelle.
- Un retour en welters (170 lbs) : Bien que Makhachev domine les mi-moyens (165 lbs), un passage dans la division supérieure pourrait lui ouvrir des portes, notamment contre Leon Edwards.
- Un "statement fight" : Une victoire spectaculaire, comme celle de Khamzat Chimaev contre Kevin Holland en 2022, pourrait le propulser en tête des prétendants.
De son côté, Makhachev semble déjà tourner la page. Interrogé sur ses prochains objectifs, il évoque un possible retour chez les légers (155 lbs) pour unifier les titres, ou même un super-combat contre Leon Edwards : "Je veux des défis qui font sens. Pas des combats faciles, pas des noms qui ne combattent pas. Juste les meilleurs."
Une chose est sûre : dans l’ombre de cette polémique, une nouvelle ère se dessine pour les divisions inférieures de l’UFC. Entre les ambitions de Chimaev, le règne sans partage d’Edwards, et l’émergence de jeunes loups comme Ian Machado Garry, Rakhmonov n’a pas le choix : il doit frapper fort, et vite.
Le mot de la fin : quand le mérite rencontre la réalité
L’affaire Makhachev vs Rakhmonov dépasse le simple cadre sportif. Elle interroge sur ce qui fait un "méritant" dans le MMA moderne : est-ce le palmarès, la dynamique du moment, ou un mélange des deux ? En refusant ce combat, Makhachev envoie un message clair aux prétendants : "Dans l’UFC, on ne vous donne rien. Même pas une chance."
Reste à savoir si Shavkat Rakhmonov saura transformer cette pression en opportunité. Une chose est certaine : quand (et si) ce combat aura lieu, ce ne sera plus une question de mérite, mais de survie. Car face à Makhachev, seul le meilleur – et le plus préparé – l’emporte.

