UFC 322 : quand Makhachev réécrit l'histoire
Le 1er juin 2024, Islam Makhachev est entré dans la légende. En dominant Dustin Poirier à l'UFC 322, il est devenu le dixième double champion de l'histoire de l'UFC, joignant les rangs d'icônes comme Conor McGregor ou Daniel Cormier. Une performance d'autant plus remarquable qu'elle intervient dans une catégorie, les poids mi-moyens (77 kg), où il n'était pas favori face à des athlètes naturellement plus lourds. Pourtant, avec une maîtrise technique implacable et une stratégie sans faille, le Dagestanais a prouvé qu'il n'était pas seulement un spécialiste des poids légers (70 kg), mais bien un combattant complet, capable de dominer dans deux divisions.
Pourtant, c'est après cette victoire que les questions ont commencé. Alors que les fans s'attendaient à le voir annoncer un combat contre l'un des jeunes talents montants, Makhachev a créé la surprise en désignant Kamaru Usman comme son prochain adversaire potentiel. Un choix qui en dit long sur ses ambitions.
"Je veux Usman" : le message clair de Makhachev
Lors de la conférence de presse post-combat, Makhachev n'a pas tourné autour du pot : "Kamaru Usman, c'est le combat qui a du sens pour moi. Il a dominé cette division pendant des années, et je veux prouver que je peux battre les meilleurs, pas seulement les prétendants." Une déclaration qui a fait l'effet d'une bombe. Pourquoi viser un combattant de 37 ans, en retrait depuis sa défaite face à Leon Edwards en 2022, plutôt que des jeunes loups affamés comme Carlos Prates (29 ans, 6 KO d'affilée) ou Michael Morales (24 ans, invaincu en 19 combats) ?
La réponse réside peut-être dans la symbolique. Usman, avec ses 19 victoires consécutives entre 2015 et 2022, incarne l'âge d'or des mi-moyens. Le battre serait un moyen pour Makhachev de légitimer son règne en écrasant le dernier vestige d'une ère révolue. Mais cette stratégie n'est pas sans risque : en évitant les jeunes talents, le champion s'expose à des critiques, certains y voyant une peur de l'inconnu. Comme l'a souligné l'analyste Chael Sonnen : "Makhachev veut être le roi, mais les rois doivent aussi affronter les révolutionnaires. Prates et Morales, ce sont les Robespierre du MMA."
Prates et Morales : les talents que Makhachev ignore (pour l'instant)
Parmi les jeunes qui montent, Carlos Prates est sans doute le plus menaçant. Le Brésilien, invaincu depuis 2019, a enchaîné six victoires par KO en moins de deux ans, dont un destruction en 26 secondes face à Trevin Giles en 2023. Son style explosif, mêlant boxe agressive et jiu-jitsu mortel, en fait un cauchemar pour n'importe quel champion. Pourtant, Makhachev semble le snobé. "Prates ? Il a encore tout à prouver. Moi, je veux des combats qui font sens pour l'histoire.", a-t-il lancé, provoquant l'incompréhension de nombreux observateurs.
Du côté de Michael Morales, le constat est similaire. À seulement 24 ans, l'Américain a déjà 19 victoires pour zéro défaite, avec un palmarès impressionnant dans des organisations comme LFA ou Cage Fury FC. Son combat contre Nikolas Motta en 2023, où il a démontré une polyvalence redoutable, a convaincu beaucoup qu'il était prêt pour l'élite. Pourtant, là encore, Makhachev ne semble pas pressé de lui offrir une chance. Une attitude qui rappelle étrangement celle d'un autre champion controversé : Jon Jones, souvent critiqué pour avoir évité les jeunes talents en fin de carrière.
Derrière le choix d'Usman : une question d'héritage ou de prudence ?
Alors, pourquoi Usman ? Trois hypothèses dominent :
1. L'héritage avant tout : En battant Usman, Makhachev effacerait le dernier doute sur sa domination. Comme l'explique son entraîneur Javier Mendez : "Islam veut être reconnu comme le meilleur de tous les temps. Pour ça, il doit battre les légendes, pas seulement les challengers." Une vision partagée par des figures comme Khabib Nurmagomedov, qui a toujours prôné les combats "historiques" plutôt que les duels "marketing".
2. Un calcul stratégique : Usman, bien que redoutable, n'est plus au sommet de sa forme. Son dernier combat, une défaite face à Leon Edwards en 2022, a montré des failles. Makhachev, maître dans l'art d'exploiter les faiblesses, pourrait voir en lui une cible moins risquée que Prates ou Morales, dont le style imprévisible pourrait le surprendre.
3. Une manœuvre politique : En ciblant Usman, Makhachev pourrait aussi forcer la main à l'UFC. Un combat contre une star comme Usman garantirait des records d'audience, bien plus que face à un inconnu comme Morales. Une façon de maximiser ses revenus tout en consolidant son statut.
Ce que les fans en pensent : entre admiration et frustration
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées. D'un côté, les puristes applaudissent : "Enfin un champion qui pense à son héritage ! Usman est le combat logique, point final." De l'autre, les critiques fusent : "Makhachev a peur de Prates, c'est évident. Il préfère un vieux lion qu'un jeune fauve." Un débat qui rappelle celui autour de Floyd Mayweather, souvent accusé d'avoir évité les jeunes talents en fin de carrière.
Parmi les voix dissonantes, celle de Carlos Prates lui-même résonne particulièrement. Interrogé par MMA Junkie, il a lancé : "Je respecte Makhachev, mais s'il veut vraiment prouver qu'il est le meilleur, qu'il m'affronte. Moi, je ne fuis personne." Une pique qui a ravi les fans, avides de voir le champion confronté à la nouvelle génération.
Quant à Michael Morales, il reste philosophique : "Mon heure viendra. Makhachev ne peut pas m'ignorer éternellement." Une confiance qui tranche avec l'impatience de Prates, et qui montre que la relève, elle, n'a pas peur du champion.
Et si Makhachev avait raison ?
Malgré les critiques, il faut reconnaître une chose : Makhachev a toujours eu raison. Quand il a choisi de monter en poids mi-moyens, beaucoup doutaient. Quand il a annoncé vouloir affronter Dustin Poirier plutôt qu'un spécialiste des 77 kg, les sceptiques riaient. Pourtant, il a triomphé à chaque fois. Alors, et si son intuition était encore la bonne ?
Affronter Usman, c'est aussi éviter le piège des combats "trop tôt". Khabib Nurmagomedov avait refusé d'affronter Tony Ferguson avant d'être prêt ; Anderson Silva avait ignoré Chris Weidman jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Makhachev, lui, semble déterminer à contrôler son destin. Comme il l'a confié à ESPN : "Je ne suis pas pressé. Je veux les combats qui ont du sens, au bon moment."
Reste une question : et si, en attendant trop, il laissait Prates ou Morales devenir trop dangereux ? L'histoire du MMA regorge d'exemples de champions qui ont attendu trop longtemps... avant de tout perdre.

