De la Lutte Olympique au MMA : La Transition Fulgurante de Gable Steveson
Gable Steveson n’est pas un combattant comme les autres. À seulement 25 ans, l’Américain a déjà accumulé un palmarès qui ferait pâlir d’envie la plupart des athlètes : champion olympique de lutte libre (Tokyo 2020), double champion NCAA (2021, 2023), cinq fois All-American, et détenteur de deux trophées Dan Hodge, l’équivalent du Heisman Trophy en lutte. Pourtant, depuis 2024, Steveson a tourné le dos à son sport de prédilection pour se lancer dans une aventure bien plus périlleuse : les arts martiaux mixtes (MMA).
Son premier combat professionnel, disputé en juin 2024 face à Braden Peterson, a duré moins de deux minutes. Un TKO foudroyant qui a envoyé un message clair : Steveson n’est pas là pour faire de la figuration. Avec une base technique en lutte parmi les plus solides de sa génération, il apporte une dimension physique et athlétique rare dans la division des poids lourds, souvent critiquée pour son manque de dynamisme. Mais ce qui frappe surtout, c’est sa capacité d’adaptation. Après seulement quelques mois d’entraînement intensif au Syndicate MMA de Las Vegas – aux côtés de légendes comme Jon Jones –, il a su transposer son agressivité naturelle du tapis à la cage.
Pourtant, le parcours de Steveson vers le MMA n’a rien d’une ligne droite. Entre 2023 et 2024, il a exploré la WWE, où son charisme et son physique de colosse (1,88 m pour 120 kg) lui valaient déjà les faveurs des fans. Puis, contre toute attente, il a tenté sa chance en NFL, participant au camp d’entraînement des Buffalo Bills en tant que tight end. Deux univers radicalement différents, mais une même constante : l’envie de se mesurer aux meilleurs, quel que soit le terrain.
Dirty Boxing 4 : Un Format Hybride qui Jouera en sa Faveur ?
Pour son deuxième combat, Steveson affrontera Billy Swanson (4 victoires, 3 défaites) lors du Dirty Boxing 4, un événement organisé par Gamebred Fighting Championship, la promotion de Jorge Masvidal. Mais attention : ici, les règles ne sont pas celles d’un MMA classique. Le Dirty Boxing se veut un mélange explosif entre MMA, bare-knuckle et boxe, avec des spécificités qui pourraient avantager le style de Steveson :
- Gants de 4 onces (contre 8 en MMA traditionnel) : moins de protection, mais une meilleure prise pour les saisies – un atout pour un lutteur.
- Coups de coude autorisés en position debout comme au sol.
- Rounds de 3 minutes (contre 5 en MMA) : un rythme soutenu qui favorise les finisseurs comme Steveson.
- Ground-and-pound conditionnel : les frappes au sol sont permises, mais avec des restrictions pour éviter les positions statiques – idéal pour un combattant habitué aux takedowns explosifs.
Face à lui, Billy Swanson n’est pas un adversaire anodin. Le Tennesseen de 32 ans a évolué sous les bannières Bellator et PFL Challenger Series, et a récemment testé le muay thaï et le Bare Knuckle Fighting Championship (BKFC). Malgré deux défaites consécutives dans ces disciplines, son expérience en strike pur (coups de poing, coups de pied) pourrait mettre Steveson en difficulté, lui qui n’a disputé qu’un seul combat en MMA. Le choc des styles sera au rendez-vous : la puissance brute et les takedowns de Steveson contre la polyvalence et l’expérience en frappe de Swanson.
"Ce format est fait pour les guerriers, pas pour les techniciens. Gable a l’ADN du combattant, mais il va devoir gérer l’intensité des échanges debout. S’il arrive à imposer son grappling, Swanson n’aura aucune chance. Sinon, ça pourrait devenir compliqué." – Analyse d’un entraîneur anonyme du Syndicate MMA
"Le Roi est Mort, Vive le Roi" : Quand Steveson Défie les Lois des Poids Lourds
La division des poids lourds en MMA traverse une période charnière. Avec le déclin de figures comme Stipe Miocic ou Francis Ngannou (parti en boxe), et l’émergence de nouveaux talents comme Tom Aspinall ou Sergei Pavlovich, il y a une place à prendre. Et Steveson l’a bien compris. Son alliance avec Jon Jones, l’un des plus grands champions de l’histoire de l’UFC, n’est pas un hasard. Au Syndicate MMA, il travaille quotidiennement son dirty boxing (mélange de coups et de clinch), son jitsu brésilien et sa défense contre les soumissions – des lacunes qu’il devra combler rapidement s’il veut rivaliser avec l’élite.
Mais Steveson a un atout majeur : son mental. En 2025, lors de son retour à l’Université du Minnesota pour boucler sa carrière en lutte collégiale, il a subi une défaite surprise en finale des championnats NCAA face à Wyatt Hendrickson. Une première depuis 2019. Plutôt que de baisser les bras, il a utilisé cet échec comme carburant. "Cette défaite m’a appris que même les meilleurs peuvent tomber. Mais ce qui compte, c’est comment on se relève." – Gable Steveson, après sa défaite en 2025
Son approche du MMA est similaire : apprendre en combattant. Contrairement à d’autres athlètes issus de la lutte (comme Henry Cejudo ou Brock Lesnar), Steveson ne cherche pas à dominer par la seule force physique. Il travaille ses combos de frappe, son jeu de jambes, et même son endurance – un point faible historique chez les poids lourds. Preuve de sa détermination : il a perdu près de 10 kg de masse grasse depuis son passage en NFL, sans sacrifier sa puissance.
Derrière les Projecteurs : L’Ombre de Jon Jones et les Pressions du Syndicate MMA
S’entraîner au Syndicate MMA, c’est évoluer dans l’antre des prédateurs. Entre Jon Jones, Israel Adesanya (qui y a préparé ses derniers combats) et une pléthore de talents émergents, la pression est constante. Pour Steveson, cela signifie des sparrings brutaux, des séances de grappling contre des ceintures noires en jiu-jitsu, et des exercices de dirty boxing avec des partenaires qui ne lui font aucun cadeau.
"Jon me pousse à sortir de ma zone de confort. Il me dit toujours : 'En MMA, tu ne gagnes pas avec une seule compétence. Tu dois être complet, ou tu seras exposé.'" – Gable Steveson, en interview pour MMA Junkie
Mais cette immersion a un prix. Les critiques pointent son manque d’expérience en strike et sa tendance à surcharger ses adversaires avec sa puissance, au risque de s’épuiser. Certains observateurs, comme le commentateur Joe Rogan, estiment qu’il lui faudra au moins 5 à 6 combats avant de prétendre à un top 15 mondial. D’autres, comme l’ancien champion Daniel Cormier, voient en lui un "phénomène génétique" capable de bousculer la hiérarchie dès 2025.
Une chose est sûre : Steveson ne manque pas d’ambition. Dans une interview récente, il a déclaré viser un combat dans une grande organisation (UFC, PFL ou ONE) d’ici fin 2025. Mais avant cela, il doit passer l’obstacle Billy Swanson. Une victoire éclatante au Dirty Boxing 4 lui ouvrirait les portes. Une défaite, et les doutes sur sa transition vers le MMA resurgiraient.
"Je ne suis pas ici pour faire joli. Je suis ici pour dominer. Que ce soit en lutte, en MMA ou dans n’importe quel sport, je veux être le meilleur. Point." – Gable Steveson
Une chose est certaine : que ce soit dans la cage, sur le tapis ou sous les projecteurs de la WWE, Steveson ne fait jamais les choses à moitié. Et c’est précisément cette soif de défis qui le rend si fascinant à suivre. Le 20 octobre 2024 (date prévue du Dirty Boxing 4), nous saurons si le roi de la lutte a ce qu’il faut pour régner sur le MMA.

