Un Couronnement Historique : Makhachev Entre dans le Cercle des Doubles Champions
Le 1ᵉʳ juin 2024, le Riyadh Arena en Arabie Saoudite a été le théâtre d’un moment historique. Islam Makhachev, déjà roi incontesté des poids légers, a ajouté une seconde ceinture à son palmarès en dominant Jack Della Maddalena pour le titre des poids mi-moyens à l’UFC 322. Une performance qui le propulse parmi les 9 doubles champions de l’UFC, aux côtés de noms comme Conor McGregor, Daniel Cormier ou Amanda Nunes.
Dès les premières secondes, Makhachev a imposé son rythme. Son grappling étouffant, sa précision au sol et sa capacité à neutraliser les contre-attaques ont transformé Della Maddalena, pourtant en pleine confiance après 18 victoires consécutives, en un adversaire désorienté. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : 5 rounds de contrôle quasi absolu, avec des phases de ground-and-pound et des tentatives de soumission qui ont forcé l’Australien à se contenter de survivre.
Ce qui frappe, c’est l’aisance avec laquelle Makhachev a géré ce combat. Pas de précipitation, pas de gaspillage d’énergie. Juste une exécution méthodique, comme s’il suivait un plan tracé à l’avance. "Il combat comme un joueur d’échecs qui anticipe chaque coup", confiait un analyste de l’UFC en coulisses. Une comparaison qui prend tout son sens quand on observe sa transition entre les deux catégories : après avoir vidé la division des poids légers, il s’attaque aux mi-moyens avec la même rigueur.
"Une Machine à Gagner" : L’Hommage de Fedor, la Légende Russe
Quand Fedor Emelianenko parle, le monde du MMA écoute. Le "Last Emperor", souvent avare de compliments, n’a pas hésité à qualifier la performance de Makhachev de "sans défaut". Dans une interview accordée à Match TV, il a détaillé ce qui, selon lui, rend son compatriote si redoutable :
"Islam a quelque chose de rare : il ne force jamais. Il attend le bon moment, il sent les faiblesses de son adversaire, et quand il passe à l’action, c’est déjà trop tard. Della Maddalena est un bon combattant, mais face à Makhachev, il avait l’air perdu. Comme s’il savait qu’il n’avait aucune chance. C’est ça, la marque des grands champions – ils brisent l’esprit avant même le corps."
Fedor a particulièrement insisté sur son jeu de jambes et sa transition sol/debout, deux aspects souvent sous-estimés. "Beaucoup pensent que c’est juste son grappling qui le rend fort, mais regardez comment il se déplace. Il ne se fait jamais toucher proprement. C’est un combattant complet, et c’est pour ça qu’il est si dangereux."
Un avis partagé par Khabib Nurmagomedov, son mentor, qui a déclaré après le combat : "Islam a fait ce que peu osent faire : changer de catégorie pour affronter des adversaires plus lourds, plus puissants. Et il l’a fait avec classe. C’est ça, un vrai champion."
Derrière la Performance : Le Secret d’une Préparation Sans Faille
Ce que le public ne voit pas, c’est l’énorme travail en amont qui a permis à Makhachev de réussir cette transition. Contrairement à d’autres champions qui montent de catégorie pour des raisons financières ou médiatiques, lui avait un plan précis. Dès 2023, il a commencé à s’entraîner avec des partenaires plus lourds, comme Kamaru Usman (ancien champion des mi-moyens) ou Gilbert Burns, pour s’habituer à leur puissance.
Son équipe, basée à American Kickboxing Academy (AKA) en Californie, a aussi travaillé sur des scénarios spécifiques : comment gérer un adversaire plus grand, comment contrer les coups de poing des mi-moyens (souvent plus explosifs que ceux des légers), et surtout, comment conserver son endurance sur 5 rounds dans une catégorie supérieure.
Un détail révélateur ? Makhachev a perdu volontairement du poids avant de le reprendre progressivement pour s’adapter. "On ne passe pas de 70 kg à 77 kg du jour au lendemain", expliquait son nutritionniste. "Il fallait que son corps s’habitue à la nouvelle masse sans perdre en vitesse ou en souplesse." Un sacrifice qui a payé.
Autre élément clé : son mental d’acier. Contrairement à d’autres stars qui évitent les défis, Makhachev a cherché ce combat. "Je voulais prouver que je pouvais dominer dans deux catégories. Ce n’est pas juste une question de titre, c’est une question de légende", avait-il confié avant l’affrontement.
Et Maintenant ? Vers un Combat d’Unification contre Leon Edwards ?
La question qui brûle les lèvres de tous les fans : Makhachev affrontera-t-il Leon Edwards pour unifier les ceintures des poids mi-moyens ? Edwards, champion en titre, a réagi sur les réseaux sociaux avec un simple : "Je suis prêt. Quand tu veux, où tu veux."
Les bookmakers voient déjà ce combat comme l’affrontement de l’année. D’un côté, Makhachev, maître du grappling et de la stratégie. De l’autre, Edwards, redoutable en striking et doté d’un KO puissant (comme l’a prouvé son victoire contre Kamaru Usman en 2022). Un choc de styles qui promet du spectacle.
Cependant, certains observateurs tempèrent l’enthousiasme. Chael Sonnen, commentateur et ancien combattant, a souligné que Edwards a "une défense au sol sous-estimée" et que Makhachev pourrait rencontrer plus de résistance que contre Della Maddalena. "Ne vous y trompez pas : Leon n’est pas un grappler, mais il sait comment survivre et contrer. Ce ne sera pas une promenade de santé pour Islam."
Du côté de Makhachev, on reste prudent. Lors de la conférence de presse d’après-combat, il a déclaré : "Je viens de gagner ce titre, je veux en profiter. Mais bien sûr, un combat contre Leon serait énorme pour le sport. On verra ce que l’UFC décide." Une réponse diplomate, mais qui laisse peu de doutes sur ses ambitions.
En attendant, une chose est sûre : avec cette victoire, Makhachev a redéfini les limites du possible en MMA. Double champion, invaincu depuis près d’une décennie, et toujours aussi dominant. La question n’est plus de savoir s’il peut battre les meilleurs, mais comment il compte le faire.
L’Héritage de Makhachev : Un Nouveau Standard pour les Générations Futures
Au-delà des titres et des records, ce que Makhachev est en train de construire, c’est un nouveau modèle pour les combattants. Son approche scientifique du MMA, son humilité malgré les victoires, et sa capacité à s’adapter sans perdre en efficacité font de lui une référence.
Des jeunes fighters comme Shavkat Rakhmonov ou Movsar Evloev le citent déjà comme une inspiration. "Islam montre qu’on peut être technique ET spectaculaire. Qu’on peut dominer sans être arrogant. C’est ça, un vrai champion", confiait Evloev après l’UFC 322.
Même ses détracteurs (rares, il faut l’avouer) reconnaissent son impact. Certains lui reprochent un style "trop sécuritaire", mais comme le rappelle Joe Rogan : "Le but du MMA, c’est de gagner. Pas de faire joli. Et Islam, lui, il gagne. Tout le temps."
Alors, vers quoi se dirige Makhachev maintenant ? Une trilogie avec Volkanovski ? Un combat contre Edwards ? Ou peut-être un retour aux poids légers pour affronter Justin Gaethje une nouvelle fois ? Une chose est certaine : chaque fois qu’il entre dans la cage, c’est l’histoire du MMA qui s’écrit.

