"Tu veux me poursuivre ? Vas-y, mais signe d’abord contre un vrai boxeur de ton poids !"
La scène se passe sur le podcast Impaulsive, en avril 2024. Dana White, détendu dans son fauteuil, écoute l’animateur lui lire un extrait de l’interview de Jake Paul chez Piers Morgan. Le boxeur-youTubeur, visiblement agacé par les accusations de fight fixing (combats arrangés), menace de poursuivre en diffamation quiconque mettra en doute l’intégrité de ses victoires. White éclate de rire. *"Attends… C’est lui qui dit ça ? Le mec qui a passé trois ans à traître tout le monde de ‘fake’ ou de ‘peureux’ ?"*
Pour le président de l’UFC, cette réaction juridique est l’apogée de l’hypocrisie. *"Jake Paul, c’est comme un gamin qui casse les vitres du voisin et qui pleure quand on lui confisque son ballon. Sauf que son ballon, c’est un chèque de 50 millions de dollars et une équipe d’avocats."* L’ironie de la situation ? Paul a bâti sa carrière sur la provocation calculée – insultant les fighters de l’UFC, moquant les "vrais" boxeurs, ou organisant des combats contre des adversaires soit trop âgés, soit trop petits. *"Il veut les règles du jeu quand ça l’arrange"*, résume White, sarcastique.
Mais au-delà de l’amusement, cette affaire révèle un problème structurel : la crédibilité sportive de Jake Paul. Et c’est là que Dana White, malgré son mépris affiché, rejoint… Piers Morgan.
Mike Tyson à 58 ans, Gervonta Davis à 63 kg : quand la "stratégie" vire au grotesque
En 2021, Jake Paul affronte Floyd Mayweather dans un combat exhibition. Le résultat ? Un crochet droit qui envoie Paul au tapis, mais une victoire morale pour le jeune homme, qui tient 8 rounds contre une légende. Problème : Mayweather avait 54 ans, et pesait 10 kg de moins que son adversaire. *"Tu veux qu’on te félicite pour ça ?"*, lance White. *"C’est comme si moi, à 55 ans, je défiais un lycéen et que je criais ‘Je suis le meilleur’ après."*
Pire : les combats suivants. Mike Tyson, 58 ans, en 2023. Gervonta Davis, 1,65 m pour 63 kg, en 2024. Deux adversaires qui, sur le papier, n’ont aucune chance face au gabarit de Paul (1,85 m, 84 kg). *"Ce ne sont pas des combats, ce sont des performance art"*, assène White. *"Il choisit des mecs qui ne peuvent pas le toucher, ou qui n’ont plus les réflexes pour. Où est le sport là-dedans ?"*
Pourtant, Dana White est clair : non, Jake Paul ne triche pas. *"Il ne paie pas ses adversaires pour perdre. Il les choisit juste parce qu’ils ne peuvent pas gagner. C’est différent."* Une nuance cruciale, qui distingue le fight fixing (illégal) de la stratégie marketing (légale, mais discutable). *"Dans l’UFC, si tu fais ça, tu finis viré. Lui, il en fait une carrière. Et les gens paient pour voir ça. C’est ça, le monde à l’envers."*
Mais alors, pourquoi Paul s’acharne-t-il à nier l’évidence ? Pour White, la réponse est simple : l’ego. *"Il veut qu’on le prenne au sérieux comme boxeur. Sauf qu’un boxeur, ça affronte des mecs de son poids, de son âge, et de son niveau. Lui, il affronte des légendes… mais des légendes qui ont déjà un pied dans la retraite."*
"Il nous hait plus que ses ex" : l’obsession UFO de Jake Paul
Si Jake Paul semble hanté par l’UFC, l’inverse n’est pas vrai. Dana White, interrogé sur leur "rivalité", hausse les épaules. *"Il passe 80% de son temps à parler de nous. Moi, je passe 0% de mon temps à penser à lui. C’est pas une rivalité, c’est une fixation."*
Les exemples sont légion :
- En 2022, Paul défie les fighters UFC sur Twitter, les traitant de "peureux". Résultat : aucun ne relève le gant.
- En 2023, il propose 1 million de dollars à Nate Diaz pour un combat… avant de retirer l’offre quand Diaz accepte.
- En 2024, il critique ouvertement les salaires de l’UFC, alors qu’il a lui-même refusé un combat en MMA contre Ben Askren (un fighter à la retraite).
Pourtant, cette obsession a un but : rester pertinent. *"Il sait que si il arrête de parler de l’UFC, les médias arrêtent de parler de lui. C’est une symbiose malsaine"*, analyse White. *"Moi, je lui sers de punching-ball médiatique. Lui, il me sert de contenu pour ses réseaux. On est tous les deux gagnants… sauf que moi, je m’en fous."*
Derrière les rires, une question sérieuse : la boxe devient-elle un spectacle sans risque ?
Au-delà du cas Jake Paul, Dana White pointe un phénomène plus large : la sportivisation du divertissement. *"Avant, les combats exhibitions, c’était pour s’amuser. Maintenant, c’est devenu un business où on évite soigneusement tout risque. Où est passé l’esprit du sport ?"*
Exemple frappant : le combat Paul vs. Tyson en 2023. Initialement annoncé comme un vrai combat, il est finalement transformé en exhibition avec des règles floues (pas de KO possible, rounds de 2 minutes). *"Si tu veux faire du catch, fais du catch. Mais ne dis pas que c’est de la boxe"*, s’agace White. *"Les gens paient pour voir un combat, pas une mise en scène."*
Pourtant, le public suit. Les pay-per-views de Paul explosent les records, et ses revenus dépassent ceux de nombreux champions UFC. *"Ça prouve une chose : les gens préfèrent le spectacle à la compétition"*, conclut White, amer. *"Moi, je vends du sport. Lui, il vend du cinéma. Et visiblement, le cinéma rapporte plus."*
Alors, Jake Paul est-il un génie du marketing ou un danger pour la boxe ? Dana White, lui, a tranché : *"Les deux. Et c’est ça, le problème."*
Le mot de la fin : "Qu’il vienne en MMA, on verra s’il rit encore"
Interrogé sur une éventuelle réconciliation avec Jake Paul, Dana White éclate à nouveau de rire. *"Une réconciliation ? On n’est même pas en guerre ! Lui, il crie dans le vide, et moi, je regarde en souriant."*
Pourtant, White lance un défi – demi-sérieux, demi-provocateur : *"S’il veut vraiment prouver qu’il est un vrai combattant, qu’il signe en MMA. Pas pour un combat exhibition, pas contre un vieux ou un petit. Contre un vrai fighter, dans une vraie cage. Là, on verra s’il a des couilles… ou juste un bon avocat."*
En attendant, le président de l’UFC compte bien continuer à ignorer royalement les provocations. *"Chaque fois qu’il ouvre la bouche, ça me fait de la pub gratuite. Alors qu’il continue !"* Une stratégie gagnante, quand on sait que chaque clash médiatique entre Paul et l’UFC génère des millions de vues… et des records d’audience pour les deux parties.
Finalement, dans cette histoire, le seul perdant, c’est peut-être le sport lui-même.
Entre les menaces juridiques jugées risibles et les combats "trop faciles" qui discréditent la boxe, Jake Paul incarne un paradoxe : celui d’un homme qui veut être pris au sérieux sans jamais prendre de risques. Dana White, lui, a choisi son camp : celui du spectacle, mais sans illusion. *"Il est malin, je lui donne ça. Mais un jour, les gens vont se lasser de payer pour voir des combats en carton-pâte."*
En attendant, la machine à buzz tourne à plein régime. Et si White rit aujourd’hui, une question persiste : et si, demain, l’UFC devait s’adapter à cette nouvelle ère du sport-divertissement ? *"Jamais"*, assure-t-il. Mais dans un monde où les clics valent plus que les KO, rien n’est moins sûr.

