Le verdict sans appel de Dana White
On connaît Dana White pour ne pas y aller de main morte dans ses analyses. Cette fois, c'est le combat annoncé entre Jake Paul et Anthony Joshua qui a fait les frais de sa franchise habituelle. Lors de la conférence de presse suivant l'UFC 322, le président de l'UFC n'a pas hésité une seconde : "C'est une très mauvaise idée", a-t-il lâché devant les journalistes. Pourtant, derrière cette critique acerbe se cache une réalité incontournable : ce combat va attirer les yeux du monde entier.
Ce qui dérange particulièrement White, c'est la nature même de cet affrontement. D'un côté, un ancien champion du monde des lourds avec un palmarès impressionnant (27 victoires, 3 défaites). De l'autre, un influenceur devenu boxeur qui a construit sa carrière sur des combats contre d'anciennes gloires ou des athlètes venus d'autres sports. "Anthony Joshua est un vrai boxeur, un ancien champion, tandis que Jake... bon, vous savez tous ce qu'il est", a glissé White avec un sourire en coin, laissant planer le sous-entendu.
Pourtant, même le plus puriste des fans de combat ne peut ignorer l'énorme buzz généré par cette annonce. Les réseaux sociaux s'embrasent, les parieurs s'activent, et les médias traditionnels en parlent comme du "combat de l'année". Une ironie qui n'échappe pas à White : "C'est ça le problème avec notre époque. On préfère souvent le spectacle à la qualité pure."
Miami, Netflix et un milliard de regards
Prévu pour le 19 décembre 2024 dans une arène de Miami encore non dévoilée, ce combat marque une première : il sera diffusé en exclusivité par Netflix, une plateforme qui mise gros sur le sport spectacle. Un choix qui surprend, mais qui s'inscrit dans la stratégie agressive de la plateforme pour capter l'attention des jeunes audiences.
White, lui, voit dans cette diffusion un signe des temps : "Netflix paie des fortunes pour du contenu qui fait parler. Et ça, ça va faire parler, c'est sûr." Le président de l'UFC, qui a lui-même révolutionné la diffusion des sports de combat avec le modèle pay-per-view, ne peut que constater l'évolution du marché. "À mon époque, on vendait des combats pour leur qualité sportive. Aujourd'hui, on les vend pour les memes et les clics."
L'enjeu financier est colossal. Entre les droits de diffusion, les sponsors et les parieurs, ce combat pourrait générer des centaines de millions de dollars. Joshua, qui a déjà empoché des dizaines de millions dans sa carrière, voit là une opportunité de relancer son image après ses défaites contre Oleksandr Usyk. Paul, lui, pourrait bien devenir le premier "boxeur influenceur" à toucher un chèque à neuf zéros pour un seul combat.
Derrière les projecteurs : deux stratégies opposées
Ce qui rend ce combat fascinant, c'est le contraste absolu entre les deux hommes. Anthony Joshua, 34 ans, incarne l'ancienne garde : un boxeur formé dès l'enfance, médaillé olympique, champion du monde à trois reprises. Son approche est méthodique, son entourage traditionnel, son discours mesuré. À l'opposé, Jake Paul, 27 ans, représente la nouvelle ère : un ancien youtubeur qui a transformé sa notoriété en carrière sportive, entourés de managers du divertissement, et qui maîtrise l'art de la provocation médiatique.
White, qui a vu défiler des centaines de combattants dans son organisation, analyse : "Joshua a tout appris dans un ring, avec des gants et de la sueur. Paul, lui, a appris à vendre du rêve sur TikTok. Le problème, c'est que dans un vrai combat, les likes ne protègent pas des uppercuts." Une critique qui vise directement le parcours de Paul, souvent accusé d'avoir évité les vrais défis jusqu'à présent.
Pourtant, il serait réducteur de voir en Paul un simple "fake fighter". Ses six victoires en six combats (dont quatre par KO) contre des adversaires certes moins prestigieux que Joshua prouvent qu'il a travaillé son jeu. Son équipe, menée par l'entraîneur respecté B.J. Flores, insiste sur ses progrès techniques. "Il a un vrai punch, et il sait encaisse", reconnaît même White, à contrecœur.
L'UFC dans tout ça ?
On pourrait se demander pourquoi le président de l'UFC s'exprime sur un combat de boxe. La réponse est simple : ce match représente tout ce que White combat depuis 20 ans. L'UFC s'est construit sur l'idée de légitimité sportive, en opposant les meilleurs combattants du monde dans des duels équilibrés. À l'inverse, Jake Paul vs Anthony Joshua est avant tout un produit marketing, où le mérite sportif passe après le potentiel viral.
"Si on avait fait ça à l'UFC, on nous aurait accusés de tuer le sport", lance White. Pourtant, il serait hypocrite de prétendre que l'UFC n'a jamais surfé sur des combats "people". Les affrontements entre Conor McGregor et Floyd Mayweather (en boxe) ou CM Punk en MMA montrent que la frontière entre sport et divertissement est parfois ténue. "La différence, c'est qu'on assumait. Là, on nous vend ça comme un vrai combat de boxe. C'est ça qui me dérange."
Ironie de l'histoire, ce combat pourrait bien profiter indirectement à l'UFC. En attirant des millions de nouveaux spectateurs vers les sports de combat, il crée un vivier de fans potentiels. "Certains vont découvrir la boxe grâce à ça, et peut-être quensuite ils regardent de vrais combats. Ou qu'ils viennent vers nous. Au final, tout le monde y gagne... sauf peut-être l'intégrité du sport."
Le jour J : que peut-il vraiment se passer ?
Sur le papier, les bookmakers donnent Joshua favori, et de loin. Son expérience, sa puissance et sa technique devraient logiquement avoir raison de Paul. Pourtant, les surprises existent. White, qui en a vu des vertes et des pas mûres, tempère : "En 2017, tout le monde riait de Conor McGregor quand il a boxé Mayweather. Résultat ? Il a tenu 10 rounds et a fait un combat honorable. Alors oui, Joshua est un autre niveau, mais sous-estimer Paul serait une erreur."
Trois scénarios possibles se dessinent :
- Le KO éclair d'Joshua : Le Britannique envoie Paul au tapis dès les premiers rounds, prouvant que la hiérarchie existe encore.
- La surprise Paul : L'Américain résiste, contre-attaque, et crée l'exploit, comme il l'a fait contre Tyron Woodley ou Anderson Silva.
- Le match nul controversé : Un combat serré, peut-être aidé par des juges complaisants, qui relancerait les théories du complot.
White, lui, a sa petite idée : "Si Joshua prend ça au sérieux, ça ne durera pas longtemps. Mais si lui aussi se laisse prendre au jeu du spectacle... alors là, tout peut arriver. Et c'est bien ça le problème : on ne sait même pas si on va voir un vrai combat ou un numéro de cirque."
Et après ? L'héritage d'un combat qui divise
Quelle que soit l'issue, ce combat laissera des traces. Pour les puristes, ce sera un nouveau clou dans le cercueil de la boxe "sérieuse". Pour les optimistes, ce sera une porte d'entrée vers les sports de combat pour des millions de jeunes. White, pragmatique, conclut : "Moi, je regarderai. Pas en tant que professionnel, mais en tant que spectateur. Parce qu'au fond, même quand c'est mauvais, c'est fascinant de voir jusqu'où peut aller le mélange entre sport et business."
Une chose est sûre : le 19 décembre, tous les yeux seront rivés sur Miami. Les réseaux sociaux exploseront, les memes fleuriront, et Dana White, malgré ses critiques, ne manquera pas une miette du spectacle. Après tout, comme il le dit lui-même : "Dans notre métier, il n'y a qu'une règle : peu importe ce que tu penses d'un combat, tant que les gens en parlent, c'est déjà une victoire."

