L'UFC White House : Le coup de grâce pour Covington
Le 15 avril 2024, l'UFC a dévoilé la carte de son événement tant attendu à la Maison Blanche, un cadre symbolique pour un sport en quête de légitimité politique. Pourtant, pour Colby Covington, ce spectacle a pris des allures de camouflet personnel. Le combattant, connu pour son soutien affiché à Donald Trump et son style provocateur, avait multiplié les appels du pied pour figurer sur cette affiche. En vain. "Ils m'ont traité comme de la merde", a-t-il lâché sans détour, une phrase qui résume à elle seule l'amertume d'un athlète dont la carrière semble désormais suspendue à un fil.
Ce rejet n'est pas anodin. Covington, champion intérimaire des welters en 2018, a vu son étoile pâlir ces dernières années. Avec seulement deux combats depuis 2021 – dont une défaite contre Leon Edwards pour le titre en 2021 – son absence prolongée interroge. Officiellement, l'UFC évoque des "problèmes de matchmaking", mais Covington y voit une stratégie délibérée de marginalisation. "Ils te gèlent, point. Pas de combats, pas d'argent", a-t-il expliqué lors d'un live avec le streamer N3on, décrivant un système où les combattants n'ont d'autre choix que d'accepter les conditions imposées par Hunter Campbell, le directeur juridique de l'UFC.
Hunter Campbell : L'homme qui décide du destin des fighters
Derrière les contrats et les négociations, une figure émerge comme l'architecte invisible des carrières : Hunter Campbell. Ce juriste, souvent décrit comme le "cerveau" des relations avec les athlètes, incarne une approche que Covington qualifie de "dictatoriale". "C'est à prendre ou à laisser", résume le combattant, décrivant des propositions non négociables où les fighters doivent choisir entre accepter un combat – même désavantageux – ou risquer une mise au placard prolongée. Un système qui, selon lui, ne laisse aucune marge de manœuvre, même pour des vétérans comme lui.
Cette dynamique n'est pas nouvelle. En 2020, l'UFC a été critiqué pour son traitement des combattants pendant la pandémie, certains devant accepter des réductions de salaire pour continuer à combattre. Plus récemment, des figures comme Jorge Masvidal ont dénoncé les écarts de rémunération, soulignant que même les champions historiques peinent à obtenir des contrats équitables. "Si le meilleur combattant de l'histoire n'est pas payé à sa juste valeur, qui le sera ?", avait ironisé Masvidal, une phrase qui résonne avec les frustrations de Covington.
Pourtant, l'UFC défend cette approche au nom de la "stabilité du sport". Dans une interview accordée à ESPN en 2022, Dana White avait justifié le système : "Nous offrons des opportunités. Ceux qui veulent se battre, se battent. Les autres, eh bien, ils ont le choix de partir." Une rhétorique qui, pour les combattants, sonne comme une menace voilée.
38 ans et un corps qui dit "assez" : La retraite en ligne de mire
À 38 ans, Covington est lucide : ses meilleures années sont derrière lui. "Mon métabolisme ne récupère plus comme avant", confie-t-il, évoquant des séances d'entraînement qui, autrefois anodines, deviennent aujourd'hui un calvaire. "Quand je m'entraîne deux ou trois fois par jour, je ne récupère plus comme dans mes 20 ans." Cette réalité physiologique, couplée aux risques accrus des traumatismes crâniens, pousse le combattant à envisager une retraite prochaine. "D'ici un an, je pense que ce sera fini pour l'UFC", déclare-t-il, tout en précisant que sa carrière dans le catch pourrait se prolonger encore six à huit ans.
Son retour en janvier 2024 avec Real American Freestyle (RAF), une organisation de catch professionnel, marque un tournant. Sa victoire contre Luke Rockhold, ancien champion des poids moyens de l'UFC, a prouvé qu'il conservait un niveau technique élevé, sans les risques inhérents au MMA. "Le catch, c'est low-impact. Je peux continuer sans me détruire le corps", explique-t-il. Son prochain combat contre Dillon Danis, prévu pour RAF 7, confirme cette transition vers une discipline où l'aspect spectaculaire prime sur la violence physique.
Pourtant, Covington n'a pas totalement tourné la page du MMA. Il rêve encore de combats "qui comptent", contre des adversaires capables de marquer l'histoire. "Je veux des gros noms, des combats qui me donnent envie de me lever le matin", insiste-t-il, rejetant les propositions de l'UFC qui, selon lui, se limitent à des "nobody" ou des combattants sans envergure. Une quête de legacy qui, dans un sport où les carrières sont souvent courtes, prend une dimension presque tragique.
Le catch, plan B ou renaissance ?
Le passage de Covington au catch n'est pas une simple parenthèse, mais bien une réinvention stratégique. Historiquement, de nombreux combattants de MMA ont trouvé refuge dans le catch après leur retraite, à l'image de Brock Lesnar ou Ronda Rousey. Pourtant, rares sont ceux qui ont opéré cette transition en pleine carrière, comme le fait Covington. "C'est une question de survie", analyse Jean-Marc Mormeck, ancien champion du monde de boxe et consultant pour Canal+. "À 38 ans, un combattant de MMA doit gérer les séquelles physiques, mais aussi la pression financière. Le catch offre une alternative lucrative et moins risquée."
Son succès contre Rockhold, un combattant au palmarès impressionnant (16 victoires en UFC), a surpris les observateurs. "Covington a prouvé qu'il avait encore le niveau technique, même si le catch et le MMA sont deux sports très différents", note le journaliste sportif Julien Péan. "Son style agressif et son sens du spectacle en font un candidat idéal pour cette discipline." Pourtant, cette transition n'est pas sans défis. Le catch, bien que populaire aux États-Unis, reste un sport de niche en Europe, et les revenus y sont souvent inférieurs à ceux du MMA.
Pour Covington, l'enjeu est double : capitaliser sur sa notoriété pour attirer des sponsors, tout en évitant de devenir une "attraction" sans envergure. Son combat contre Danis, un ancien combattant de MMA connu pour ses frasques médiatiques, s'annonce comme un test crucial. "Si Covington parvient à s'imposer comme une figure majeure du catch, il pourrait inspirer d'autres combattants à suivre son exemple", estime Péan. Une perspective qui, si elle se concrétise, pourrait redéfinir les carrières post-MMA.
L'UFC et ses combattants : Un mariage toxique ?
Le cas de Covington n'est pas isolé. Depuis des années, les tensions entre l'UFC et ses athlètes alimentent les débats sur l'équité dans le sport. En 2014, la plainte antitrust déposée par plusieurs combattants, dont Jon Fitch et Cung Le, avait mis en lumière les pratiques jugées monopolistiques de l'organisation. Bien que l'UFC ait finalement remporté ce procès, les critiques persistent. "Le problème, c'est que l'UFC a un pouvoir de marché quasi absolu", explique l'avocat spécialisé en droit du sport, Me Laurent Hincker. "Les combattants n'ont pas d'alternative viable, ce qui leur laisse peu de marge de négociation."
Cette dynamique se reflète dans les rémunérations. Selon une étude de Bloody Elbow en 2023, les combattants de l'UFC gagnent en moyenne 150 000 dollars par an, un chiffre qui masque de profondes disparités. Les stars comme Conor McGregor ou Israel Adesanya peuvent empocher des millions par combat, tandis que la majorité des athlètes peinent à joindre les deux bouts. "C'est un système où 90 % des combattants financent les 10 % restants", résume Hincker. Une réalité qui pousse de plus en plus d'athlètes à explorer d'autres voies, comme le catch, le bare-knuckle (boxe sans gants) ou même des carrières en dehors du sport.
Pour Covington, la solution passe peut-être par une diversification de ses revenus. En plus du catch, il a lancé une marque de vêtements et multiplie les apparitions médiatiques. "Il a compris que sa valeur ne se limitait pas à ses performances dans l'octogone", note Mormeck. Une stratégie qui, si elle est couronnée de succès, pourrait inspirer d'autres combattants à prendre leur destin en main. Reste à savoir si l'UFC acceptera de revoir son modèle, ou si les athlètes devront, comme Covington, se résoudre à tourner la page.
Colby Covington incarne aujourd'hui les contradictions d'un sport en pleine mutation. D'un côté, un athlète au sommet de son art, capable de performances techniques remarquables ; de l'autre, un système qui semble déterminé à marginaliser ceux qui osent le défier. Son cas pose une question cruciale : jusqu'où une promotion peut-elle aller dans son contrôle des carrières avant de perdre ses talents les plus emblématiques ?
Avec sa retraite annoncée et son virage vers le catch, Covington écrit peut-être les dernières lignes d'une carrière marquée par la provocation et l'excellence. Pourtant, son histoire résonne bien au-delà de l'octogone. Elle interroge la durabilité d'un modèle où les combattants, souvent considérés comme des pions interchangeables, peinent à obtenir des conditions équitables. Dans un sport où la gloire est éphémère, la quête de legacy pourrait bien devenir le dernier rempart contre l'oubli.
Une chose est sûre : si l'UFC ne change pas sa approche, d'autres combattants suivront l'exemple de Covington, cherchant ailleurs ce que la promotion ne leur offre plus. Et dans un paysage sportif de plus en plus concurrentiel, cette fuite des talents pourrait bien sonner le glas d'une ère de domination sans partage.

