L’UFC Paris, ou comment renaître de ses cendres
Le 10 septembre 2022, l’Accor Arena a vibré sous les cris de *"God of War !"*. Benoit St. Denis, dos au mur après deux défaites contre Dustin Poirier (UFC 261) et Renato Moicano (UFC 274), avait absolument besoin d’une victoire pour éviter la spirale descendante. Face à Mauricio Ruffy, un adversaire coriace et en forme, le début de combat fut pourtant cauchemardesque : le Brésilien a dominé les échanges debouts au 1ᵉʳ round, touchant St. Denis à plusieurs reprises.
Mais c’est dans l’adversité que les grands champions se révèlent. Au 2ᵉ round, le Français a inversé la tendance avec une submission par étranglement arrière, forçant Ruffy à abandonner à 3:00 de la reprise. Une finition qui a électrisé le public parisien et rappelé pourquoi St. Denis était considéré comme l’un des espoirs les plus excitants des poids légers. *"Ce soir, j’ai prouvé que je suis toujours là"*, a-t-il lancé, visiblement ému, lors de son interview post-combat.
Cette performance n’est pas qu’une simple victoire : c’est une déclaration d’intention. Après un début de carrière fulgurant (5 victoires par finition en UFC, dont 4 en performance of the night), St. Denis avait été stoppé net par l’élite de la division. Poirier l’avait dominé en 2021, puis Moicano l’avait soumis en 2022. Deux défaites qui auraient pu briser un homme moins déterminé. Pourtant, le "God of War" est revenu plus affûté mentalement, avec une nouvelle approche : "Je ne fuis aucun combat. Je veux les meilleurs, et je les veux maintenant."
Une philosophie qui tranche avec l’attitude de certains combattants, souvent critiqués pour leur cherry-picking (le choix d’adversaires "faciles"). St. Denis, lui, assume un parcours sans filet – une stratégie risquée, mais qui pourrait payer si l’UFC lui accorde les duels qu’il réclame.
"Je refuse personne" : La stratégie kamikaze de St. Denis
Dès la conférence de presse post-UFC Paris, Benoit St. Denis a lancé ses défis : Arman Tsarukyan (5ᵉ mondial), Dan Hooker (6ᵉ), et Mateusz Gamrot (ancien challenger au titre). Trois noms qui font frémir, tant ces combattants sont établis dans le top 10 des poids légers. Mais pourquoi viser si haut, si vite ?
La réponse tient en deux mots : rythme et redemption. St. Denis sait que dans une division aussi compétitive, chaque combat compte double. Après ses deux défaites, il ne peut se permettre de perdre du temps contre des adversaires moins bien classés. *"Si je veux revenir dans la course au titre, je dois battre des top 10. Point final"*, a-t-il martelé.
Parmi ses cibles, Arman Tsarukyan est sans doute la plus alléchante. Le Russe, âgé de seulement 26 ans, est considéré comme l’un des meilleurs grapplers de la division. Avec 6 victoires en 7 combats en UFC (dont une contre Gamrot en 2022), il talonne les prétendants au titre depuis des mois. Pourtant, malgré ses performances, l’UFC semble hésiter à lui offrir un title shot direct contre Islam Makhachev. *"Peut-être qu’ils veulent me voir passer un dernier test"*, a-t-il admis récemment.
Et si ce "test" était justement Benoit St. Denis ? Un combat entre les deux hommes serait explosif :
- Style vs. Style : Le grappling technique et méthodique de Tsarukyan contre l’agressivité polyvalente de St. Denis.
- Enjeu pour les deux : Pour le Russe, une victoire confirmerait son statut de prétendant n°1. Pour le Français, ce serait un saut direct dans le top 5.
- Potentiel *main event* : Avec leurs styles complémentaires et leurs ambitions, ce duel pourrait voler la vedette à bien des cartes.
Mais l’UFC osera-t-il prendre ce risque ? Les rumeurs d’un Hooker vs. Gamrot 2 circulent déjà, ce qui pourrait retarder les plans de St. Denis. Pourtant, avec sa popularité grandissante en Europe (notamment en France), le "God of War" a un atout majeur : il vend des billets. Et dans le monde du MMA, ça compte presque autant que les performances.
Tsarukyan, Hooker, Gamrot… Qui serait le match *parfait* pour St. Denis ?
Si Arman Tsarukyan représente le défi le plus prestigieux, les autres options ne sont pas à négliger. Dan Hooker, le vétéran néo-zélandais, est un gatekeeper redouté, capable de tester la résistance mentale de n’importe quel adversaire. Quant à Mateusz Gamrot, l’ancien champion du KSW, il a déjà prouvé qu’il pouvait tenir tête à l’élite (malgré sa défaite contre Tsarukyan).
Alors, quel combat serait le plus stratégiquement avantageux pour St. Denis ?
Adversaire Avantages Risques Potentiel *hype* Arman Tsarukyan- Top 5 mondial → saut direct dans l’élite.
- Style qui convient à St. Denis (grappling vs. strike).
- Très technique, difficile à soumettre.
- Défaite = recul majeur dans la hiérarchie.
- Expérience et résilience (a tenu contre Poirier, Chandler).
- Victory = crédibilité immédiate.
- Puissance de frappe redoutable.
- Hooker est un *spoiler* (a battu des top 10 par le passé).
- Style similaire à Tsarukyan (bon test avant lui).
- Popularité en Europe = carte intéressante pour l’UFC.
- Déjà battu par Tsarukyan → moins "prestigieux".
- Gamrot est un *grinder* (usure sur 3 rounds).
Au vu de ce tableau, Tsarukyan semble être le choix le plus logique et ambitieux. Une victoire contre lui propulserait St. Denis dans le top 5, avec une légitimité indéniable pour prétendre à un combat contre Charles Oliveira ou Beneil Dariush. À l’inverse, une défaite ne serait pas catastrophique : Tsarukyan est tel un mur, et peu de combattants ressortent intacts d’un affrontement contre lui.
Reste une question : l’UFC aura-t-il le courage de monter ce combat ? Dana White et Mick Maynard (le *matchmaker*) sont connus pour privilégier les duels safe (avec un favori clair). Or, St. Denis vs. Tsarukyan est tout sauf prévisible. Peut-être est-ce justement pour cela que les fans l’espèrent tant.
Derrière les gants : La reconstruction mentale de "God of War"
Ce que beaucoup ignorent, c’est que Benoit St. Denis a traversé une période noire après ses défaites contre Poirier et Moicano. *"J’ai douté, bien sûr. Quand tu perds deux fois de suite en UFC, tu te demandes si tu as encore ta place"*, a-t-il confié à MMA Junkie en 2023.
Pourtant, loin de sombrer, le Français a revu sa préparation de fond en comble :
- Nouvel entraîneur en jiu-jitsu : Il s’est entouré de spécialistes pour améliorer son jeu au sol, son point faible contre Moicano.
- Travail mental : Méditation et visualisation pour gérer la pression des grands événements.
- Sparring intensif : Il a affronté des partenaires plus lourds pour simuler la puissance de Poirier.
Résultat ? À l’UFC Paris, on a vu un St. Denis plus patient, plus technique, capable de garder son sang-froid même sous les coups. *"Avant, j’étais trop émotionnel. Maintenant, je combat avec la tête"*, explique-t-il. Une maturation qui pourrait faire la différence face à des adversaires comme Tsarukyan, où chaque erreur se paie cash.
Son entourage le décrit comme un *"obsédé du travail"*. Entre deux entraînements, il étudie les combats de ses futurs rivaux, cherchant la moindre faille à exploiter. *"Benoit n’a pas peur de l’échec. Il a peur de ne pas tout donner"*, confie l’un de ses coachs. Une mentalité qui rappelle celle des grands champions, comme Khabib Nurmagomedov ou Georges St-Pierre.
Et si l’UFC lui tournait le dos ? Les alternatives pour St. Denis
Supposons que l’UFC ne lui propose aucun des trois noms cités. Que reste-t-il à Benoit St. Denis ? Plusieurs options s’offrent à lui :
- Un combat contre un top 15 : Des noms comme Jalin Turner ou Damir Ismagulov pourraient servir de tremplin.
- Un *main event* en Europe : L’UFC organise souvent des cartes en France ou en Allemagne. Un combat contre un adversaire moins coté mais médiatique (comme Paddy Pimblett, si ce dernier monte en poids légers) pourrait être une solution.
- Une descente en poids mi-moyens : Bien que St. Denis se sente *"à l’aise en lightweight"*, une transition vers les 170 lbs n’est pas à exclure s’il peine à percer chez les légers.
Cependant, aucune de ces options ne l’intéresse vraiment. *"Je ne veux pas de combats faciles. Je veux des défis qui me font grandir"*, insiste-t-il. Une position qui force le respect, mais qui pourrait aussi le mettre en porte-à-faux avec l’UFC, connu pour protéger ses stars montantes.
Un exemple ? Islam Makhachev a mis des années à obtenir un title shot, malgré un palmarès impressionnant. L’organisation préfère souvent attendre le "bon moment", quitte à frustrer les combattants. St. Denis devra-t-il, lui aussi, payer son dû avant d’espérer affronter l’élite ?
Une chose est sûre : avec sa détermination sans faille et son style spectaculaire, le "God of War" a tous les atouts pour forcer la main à l’UFC. À condition de continuer à gagner. Et de gagner en beau.
Le parcours de Benoit St. Denis est un roman à suspense. Après un début de carrière en feu, deux défaites l’ont ramassé de plein fouet. Pourtant, à l’UFC Paris, il a prouvé qu’il avait encore le feu sacré. Maintenant, tout dépendra des choix de l’UFC : lui offrira-t-on Tsarukyan, le combat qui pourrait le propulser vers les étoiles, ou le forceront-ils à patienter avec des adversaires moins prestigieux ?
Une chose est certaine : le "God of War" n’a pas fini de faire parler de lui. Et si l’organisation lui donne sa chance, 2024 pourrait bien être l’année de sa consécration. En attendant, une question persiste : qui osera affronter ce Français en quête de redemption ?

