Un défi lancé, une réponse immédiate
La scène est désormais posée : après sa performance dominante face à Tagir Ulanbekov lors de l’UFC Qatar en mars 2024, Kyoji Horiguchi n’a pas hésité une seconde. Micro en main, le Japonais a interpellé directement Alexandre Pantoja, champion des poids mouches de l’UFC depuis juillet 2023. « Je veux ce combat, je veux ce titre », a-t-il déclaré sous les ovations du public. Une provocation amicale, mais claire, qui a immédiatement fait réagir le Brésilien. « Bien sûr que je suis partant ! C’est un combat qui a du sens, contre un gars que je respecte énormément », a-t-il confié à MMA Fighting quelques heures plus tard.
Ce qui rend cette confrontation si particulière, c’est leur statut de coéquipiers au sein de l’American Top Team (ATT), l’un des camps d’entraînement les plus réputés au monde. Une situation rare dans le MMA, où deux athlètes partageant le même dojo en arrivent à s’affronter pour la ceinture ultime. « On s’entraîne ensemble depuis des années, on se connaît par cœur », explique Pantoja. « Mais une fois dans la cage, il n’y a plus d’amis. Juste deux guerriers qui veulent gagner. »
Une rivalité construite sur le respect mutuel
Leur relation dépasse largement le cadre sportif. Kyoji Horiguchi, ancien champion du Rizin FF et considéré comme l’un des meilleurs poids mouches de la planète, incarne une discipline exemplaire qui a marqué Pantoja. « Kyoji, c’est le gars qui arrive le premier à l’entraînement et qui part le dernier. Même pour un simple exercice de shadowboxing, il donne tout », raconte le Brésilien, admiratif. Cette éthique de travail a, selon lui, directement contribué à son évolution : « Sans lui, je ne serais pas le combattant que je suis aujourd’hui. »
Pourtant, malgré cette admiration réciproque, les deux hommes savent que leur affrontement serait d’une intensité rare. Horiguchi, avec son style technique et précis, représente un puzzle que Pantoja devra résoudre s’il veut conserver sa ceinture. « Il a tout pour me battre : la vitesse, la précision, l’expérience… Mais moi aussi, j’ai mes atouts », souligne le champion, confiant. Leur connaissance mutuelle pourrait d’ailleurs rendre ce combat encore plus tactique, chaque détail comptant dans une division où les marges d’erreur sont infimes.
« Dans ce sport, on dit souvent que les coéquipiers ne s’affrontent pas. Mais parfois, c’est inévitable. Et quand c’est pour un titre, ça devient une question d’honneur. » — Alexandre Pantoja, en conférence de presse post-UFC 290.
Un chemin semé d’embûches avant le choc ultime
Avant d’envisager ce duel, Alexandre Pantoja a un autre défi à relever : sa défense de titre face à Joshua Van, prévue pour l’UFC 323 en novembre 2024. Un combat qu’il ne prend pas à la légère, malgré l’excitation autour d’un éventuel affrontement contre Horiguchi. « Je dois d’abord régler cette affaire avec Van. Il mérite son opportunité, et je ne sous-estime aucun adversaire », déclare-t-il, professionnel jusqu’au bout des ongles.
De son côté, Kyoji Horiguchi devra probablement enchaîner une ou deux victoires supplémentaires pour s’assurer une place de challenger officiel. Sa performance contre Ulanbekov, où il a démontré une maîtrise technique impressionnante, a déjà convaincu beaucoup d’observateurs. Mais dans une division aussi compétitive que les poids mouches, rien n’est jamais acquis. Des noms comme Brandon Moreno ou Amir Albazi pourraient également se mêler à la course au titre, compliquant encore les plans.
Pour les fans, l’attente pourrait donc être longue. Mais si ce combat voit le jour, il promettrait un spectacle rare : deux maîtres du MMA, liés par une amitié solide, s’affrontant pour la gloire suprême. Un scénario qui rappelle les grands duels de l’histoire du sport, comme Fedor Emelianenko vs Mirko Cro Cop en PRIDE, où le respect ne rendait la confrontation que plus intense.
Derrière les gants : une histoire de fraternité et de sacrifices
Ce que peu de gens savent, c’est que Pantoja et Horiguchi ont partagé bien plus que des séances d’entraînement. En 2019, lorsque le Brésilien traversait une période difficile après une défaite contre Deiveson Figueiredo, c’est le Japonais qui l’a aidé à se relever. « Il m’a dit : ‘Tu es plus fort que ça. Retourne à l’entraînement, et on va tout reconstruire.’ Ces mots m’ont marqué », se souvient Pantoja, ému.
Leur complicité s’étend même en dehors de l’octogone. Lors des camps d’entraînement à Coconut Creek (Floride), ils partagent souvent les repas, discutent stratégie tard dans la nuit, et s’encouragent mutuellement avant chaque combat. Une dynamique qui, paradoxalement, rendrait leur affrontement encore plus poignant. « On sait ce que l’autre a enduré pour en arriver là. Ça ajoute une pression supplémentaire », confie Horiguchi dans une interview accordée à Sherdog.
Leur coach à l’ATT, Mike Brown, voit lui aussi ce combat d’un œil particulier : « Techniquement, c’est un cauchemar à préparer. Ils se connaissent trop bien. Mais émotionnellement, ce serait quelque chose de spécial. Deux gars qui se respectent, qui s’aiment presque comme des frères, et qui vont tout donner pour gagner. »
Pourquoi ce combat pourrait redéfinir les poids mouches
Au-delà de l’aspect émotionnel, ce duel aurait des répercussions majeures sur la division. Alexandre Pantoja, avec son style explosif et son jeu au sol redoutable, incarne la nouvelle génération de champions. Kyoji Horiguchi, lui, représente l’excellence technique et la constance, avec un palmarès impressionnant (29 victoires pour seulement 4 défaites). Leur affrontement pourrait ainsi déterminer la direction que prendra la catégorie dans les années à venir.
Les experts s’accordent à dire que le vainqueur de ce combat, s’il a lieu, aurait un argument de poids pour revendiquer le statut de meilleur poids mouche de l’histoire. Demetrious Johnson, légende de la division, a d’ailleurs réagi sur les réseaux sociaux : « Ce serait un combat de malade. Deux mecs qui savent tout l’un de l’autre… Ça pourrait être le plus beau duel technique de l’année. »
Reste à savoir si l’UFC osera organiser ce choc, malgré les risques inhérents à un combat entre coéquipiers. Dana White, le président de l’organisation, a déjà exprimé son enthousiasme : « Si les gars veulent se battre, on ne va pas les en empêcher. Au contraire, ça pourrait être un énorme événement. » Une déclaration qui laisse présager que les négociations pourraient aboutir plus vite que prévu.

