L’UFC 320 : Quand 80 secondes suffisent pour écrire l’histoire
Le 18 mai 2024, la T-Mobile Arena de Las Vegas a été le théâtre d’un nouveau sacre éclair pour Alex Pereira. Face à Magomed Ankalaev, un adversaire qu’il avait déjà dominé en juillet 2023 (KO au 1er round), le Brésilien n’a eu besoin que de 1 minute et 20 secondes pour sceller le sort du combat. Un low kick ciblé sur la cuisse gauche du Russe, suivi d’une série de crochets précis au menton : le scénario, d’une efficacité clinique, a laissé les spectateurs sans voix. *"Poatan"* a encore frappé, littéralement.
Ce KO, le 19ème en 11 victoires en MMA, n’est pas qu’une statistique de plus. Il illustre une tendance lourde : Pereira ne gagne pas, il détruit. Avec un taux de finition précoce de 82%, il surpasse des légendes comme Jon Jones (65%) ou Anderson Silva (72%) en termes de capacité à terminer les combats. Pourtant, derrière ces chiffres impressionnants se cache un paradoxe : plus il domine, plus la question de son avenir devient pressante.
Comme l’a souligné Dana White en conférence de presse : *"Alex est dans une position unique. Il a nettoyé la division, mais on ne peut pas le laisser sans combat pendant un an. On doit trouver des solutions créatives."* Des mots qui résonnent comme un aveu : les mi-lourds, aujourd’hui, tremblent à l’idée d’affronter *"Poatan"*.
Mi-lourds : une division à genoux face à l’ouragan Pereira
Le problème n’est pas nouveau. Depuis son arrivée à l’UFC en 2021, Alex Pereira a systématiquement écrasé ses adversaires chez les mi-lourds :
- Jan Blachowicz (victoire par décision en 2022) – un combat où le Polonais a survécu, mais sans jamais menacer.
- Israel Adesanya (KO au 5ème round en 2022 pour le titre des moyens, puis victoire par décision en 2023) – une rivalité qui a propulsé Pereira au sommet.
- Magomed Ankalaev (deux KOs en moins de deux rounds cumulés) – un double échec cuisant pour le Russe, pourtant considéré comme l’un des meilleurs strikeurs de la catégorie.
Résultat : la division des 205 livres ressemble à un désert compétitif. Les prétendants potentiels ?
- Jamahal Hill : l’ancien champion, en convalescence après une blessure au tendon d’Achille, n’a pas encore retrouvé son niveau de 2023.
- Jiri Prochazka : de retour après une longue absence due à des blessures, il a perdu contre Ankalaev en décembre 2023 et n’a pas l’air prêt à affronter Pereira.
- Glover Teixeira : à 44 ans, le vétéran brésilien incarne un dernier défi symbolique, mais son âge et son style défensif en font un outsider.
- Khamzat Chimaev : le phénomène suédois a évoqué un possible combat, mais son manque d’expérience en mi-lourds (il évolue naturellement en welters) rend l’idée saugrenue.
Comme le résume l’analyste Robin Black : *"Pereira est comme un lion dans une cage de gazelles. Le spectacle est impressionnant, mais à terme, il va s’ennuyer. L’UFC doit lui trouver un prédateur de son espèce, ou le faire sortir de la cage."*
"Poatan" vs. Adesanya 3 : la trilogie qui pourrait sauver 2024
Si les mi-lourds manquent de défis, une solution émerge : un troisième combat contre Israel Adesanya, mais cette fois à 205 livres. Leur histoire est déjà légendaire :
- UFC 281 (2022) : Pereira bat Adesanya par KO au 5ème round et lui ravit le titre des moyens.
- UFC 287 (2023) : Adesanya prend sa revanche par décision unanime, dans un combat plus tactique.
Une trilogie à 205 livres aurait tout pour plaire :
- Un enjeu sportif : Adesanya n’a jamais combattu en mi-lourds, et son style, basé sur la vitesse et la précision, serait mis à rude épreuve face à la puissance de Pereira.
- Un enjeu narratif : après deux combats serrés, les fans réclament un *tie-breaker*. *"Ce serait le combat de l’année, point final"*, affirme le journaliste Ariel Helwani.
- Un enjeu financier : leur dernier affrontement a généré plus de 1,5 million de PPV, un record pour une carte non dirigée par Conor McGregor ou Jon Jones.
Pourtant, des obstacles persistent. Adesanya, qui a longtemps refusé de monter en mi-lourds, pourrait exiger des garanties financières colossales. Sans compter que Dana White a déjà tempéré les attentes : *"On ne va pas forcer Izzy à monter de catégorie. Si ça arrive, ce sera parce qu’il le veut."*
Autre option : un super-combat contre un lourd. Des noms comme Tom Aspinall ou Ciryl Gane ont été évoqués, mais le fossé de poids (Pereira pèse autour de 93 kg en combat, contre 110+ kg pour les lourds) rend l’idée risquée. *"Alex a la puissance pour tenir, mais est-ce que son chin résisterait à un coup de Gane ?"*, s’interroge l’entraîneur Fernando Lopez.
Le dilemme de l’UFC : comment garder Pereira motivé ?
L’organisation se trouve dans une position délicate. D’un côté, Alex Pereira est une machine à PPV : ses combats génèrent des audiences records, et son style explosif en fait un favori des fans. De l’autre, le laisser sans adversaire crédible pourrait le pousser à quitter l’UFC pour des promotions comme le PFL ou ONE Championship, où les super-combats sont monnaie courante.
Plusieurs pistes sont envisagées :
- Un combat exhibition : comme le *BMF Title* (remporté par Jorge Masvidal), un titre honorifique pour un affrontement spectaculaire. *"Poatan vs. Izzy 3"* pourrait être l’occasion.
- Un tournoi : l’UFC pourrait organiser un mini-tournoi avec les meilleurs mi-lourds pour désigner un challenger, comme à l’époque du UFC 8 (1996).
- Un combat inter-promotion : affronter un champion du Bellator ou du ONE (comme Reinier de Ridder) pour un choc inédit.
Mais la solution la plus réaliste reste peut-être… l’attente. Comme l’explique Daniel Cormier : *"Les divisions évoluent. Dans un an, un nouveau talent peut émerger. Pereira n’a que 36 ans, il a le temps. L’UFC doit juste s’assurer qu’il reste actif, même contre des adversaires moins relevés."*
En attendant, *"Poatan"* continue de s’entraîner à Teixeira MMA & Fitness (Connecticut), sous la houlette de Henri Hooft et Glover Teixeira. Son objectif ? *"Rester prêt, peu importe l’adversaire. Si l’UFC me propose un combat intéressant, je signe demain"*, a-t-il déclaré après l’UFC 320. Une déclaration qui sonne comme un ultimatum.
Derrière le guerrier : l’homme qui veut écrire sa légende
Au-delà des statistiques et des débats sur son avenir, Alex Pereira incarne une histoire rare. Ancien champion du monde de kickboxing Glory (mi-lourds et lourds-légers), il est passé au MMA sur le tard, à 30 ans, après une carrière où il a dominé des monstres comme Artem Levin ou Simon Marcus. Son surnom, *"Poatan"*, lui vient de ses origines amérindiennes (il est descendant des Pataxó, un peuple du Brésil) et de sa réputation de *"main de pierre"* en combat.
Contrairement à d’autres stars de l’UFC, Pereira cultive une image humble. Après son KO contre Ankalaev, il a dédié sa victoire à sa fille, Alice, née quelques mois plus tôt : *"Elle est ma motivation. Je veux qu’elle grandisse en voyant son père comme un exemple, pas juste comme un combattant."* Des mots qui contrastent avec son style ultra-agressif en cage.
Son parcours rappelle celui d’un autre Brésilien, Anderson Silva, qui avait dominé les moyens sans rival avant de chercher des défis ailleurs (comme son combat contre Stephan Bonnar en lourds en 2012). *"Le Spider"* avait fini par s’ennuyer, perdant son titre après 7 ans de règne. Pereira, lui, semble déterminé à éviter ce piège. *"Je ne veux pas être le gars qui reste champion parce qu’il n’y a personne pour me battre. Je veux des défis, même s’il faut les créer"*, confie-t-il.
Son équipe, elle, mise sur une stratégie à long terme. Comme l’explique son manager, Ed Soares : *"Alex a encore 5 bonnes années devant lui. On peut prendre le temps de construire des combats légendaires, comme une trilogie avec Izzy ou un combat contre un lourd. L’important, c’est qu’il reste excité par le sport."*
L’UFC 320 a confirmé ce que tout le monde savait déjà : Alex Pereira est un phénomène sans égal dans les mi-lourds. Mais cette domination absolue le place dans une position inconfortable, où chaque victoire le rapproche un peu plus d’un vide compétitif. Entre une trilogie contre Adesanya à 205 livres, un passage chez les lourds, ou l’attente d’un nouveau prétendant, les options sont limitées – mais aucune n’est impossible.
Une chose est sûre : *"Poatan"* n’a pas fini d’écrire son histoire. Et si l’UFC veut garder son champion motivé, elle devra innover, comme elle l’a fait pour Conor McGregor (combats inter-catégories) ou Jon Jones (super-combats). Car dans le monde du MMA, un champion sans défi est un champion en danger – non pas de perdre, mais de s’éteindre à petit feu.
Prochaine étape ? Peut-être un retour en octobre 2024, lors de l’UFC 325 à Abou Dhabi, où Dana White a déjà évoqué une *"grosse surprise"*. Affaire à suivre.

