Aller au fil

UFC8 min

Dana White freine l’ambition lourde d’Alex Pereira : entre héritage et folie des grandeurs

Dana White freine l’ambition lourde d’Alex Pereira : entre héritage et folie des grandeurs

Un champion à la croisée des chemins Alex Pereira, fraîchement reconquérant de son titre des mi-lourds face à Magomed Ankalaev, rêve d’écrire une nouvelle page de sa carrière chez les lourds. Un projet qui l’opposerait à Jon Jones, mais que Dana White observe avec méfiance. Entre un héritage déjà solide à 205 lbs et une tentation risquée à +93 kg, « Poatan » doit-il écouter son ambition ou la voix de l’expérience ? Les chiffres sont sans appel : seulement 12% des champions UFC ayant tenté un saut de deux divisions ont réussi. Pourtant, Pereira, fort de son passé en Glory Kickboxing, croit en ses chances. Mais les Aspinall, Gane et autres monstres des lourds ne pardonnent pas. Un dilemme qui pourrait redéfinir – ou briser – la fin de carrière d’un des combattants les plus explosifs du MMA.

L'essentiel

  1. Alex Pereira écrase Magomed Ankalaev en 2 minutes à l’ UFC 320 et relance le débat : et si son destin se jouait chez les heavyweight  ? Jon Jones , invaincu dans la catégorie, l’y attend.
  2. Dana White sonne l’alerte : "Passer des mi-lourds aux lourds, c’est comme sauter d’un immeuble en espérant atterrir debout". Les statistiques lui donnent raison : 88% d’échecs pour les champions changeant de division.
  3. 15 kg et 10 cm  : l’écart moyen que Pereira devrait combler face aux lourds. Même Israel Adesanya a échoué dans une ascension similaire, battu par Blachowicz puis… Pereira lui-même.
  4. Un combat test contre Sergei Pavlovich (#5 mondial) ? L’option envisagée avant d’affronter Jones, mais White reste sceptique : "Un KO et sa carrière est finie. À 36 ans, est-ce que ça vaut le coup ?"
  5. Carlos Ulberg (8 KO en 9 combats) et Jiri Prochazka (29-4-1) attendent à 205 lbs. Deux défis rentables et moins risqués pour l’UFC… et pour Pereira.
  6. UFC 321 (Aspinall vs. Gane) pourrait sceller le prochain adversaire de Jones. Un timing serré pour Pereira, qui devra choisir : légende ou héritage .
  7. Arthur Jones , frère décédé de Jon, honoré par Pereira après sa victoire. Une dimension émotionnelle qui ajoute du poids à ce potentiel choc.

UFC 320 : Pereira envoie un message, mais à qui ?

Le 18 mai 2024, l’UFC 320 a scellé le retour en grâce d’Alex Pereira. En à peine 1 minute et 53 secondes, le Brésilien a dominé Magomed Ankalaev – un adversaire réputé pour sa résistance – par TKO, reconquérant ainsi son titre des mi-lourds. Une performance qui a rappelé pourquoi « Poatan » est l’un des frappeurs les plus redoutés du MMA. Pourtant, alors que les célébrations battaient encore leur plein, une question planait : et si ce combat n’était qu’un tremplin vers une autre division ?

Depuis des mois, Pereira évoque ouvertement son désir de monter chez les lourds, où l’attendrait un affrontement contre Jon Jones, considéré par beaucoup comme le GOAT (Greatest Of All Time) du MMA. Un combat qui, sur le papier, ferait saliver les fans : deux champions aux styles opposés, une rivalité naissante, et surtout, l’opportunité pour Pereira de devenir le premier double champion simultané des mi-lourds et des lourds. Mais derrière ce rêve marketing se cache une réalité bien plus complexe.

Dana White : « Un saut dans l’inconnu, et pas n’importe lequel »

Dana White, président de l’UFC, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence de presse post-UFC 320 : *"Alex veut affronter Jon Jones ? Écoutez, je comprends. Mais passer des mi-lourds aux lourds, ce n’est pas comme monter d’une catégorie en boxe. Là, on parle d’un écart de 20 à 30 kg sur certains combats. C’est un saut énorme, et historiquement, très peu l’ont réussi."*

Les chiffres lui donnent raison. Selon FightMatrix, seulement 12% des champions UFC ayant tenté un saut de deux divisions ont remporté un titre dans leur nouvelle catégorie. Pire : parmi ceux qui ont échoué, beaucoup ont vu leur carrière décliner précocement, à l’image de B.J. Penn (passé des légers aux mi-moyens puis aux moyens) ou plus récemment, Israel Adesanya, battu à deux reprises en mi-lourds (par Jan Blachowicz puis… Pereira lui-même).

*"En kickboxing, j’ai déjà boxé contre des mecs plus lourds"*, rétorque Pereira, fort de son expérience au Glory, où il a affronté des adversaires dépassant les 100 kg. Mais comme le souligne un entraîneur anonyme interrogé par MMA Fighting, *"le kickboxing et le MMA, ce n’est pas la même chose. En kick, tu peux esquiver, danser. En MMA, un lourd te touche une fois, et c’est souvent fini. Regarde ce qui est arrivé à Stipe Miocic contre Daniel Cormier – et Cormier pesait 205 lbs !"*


White, pragmatique, préfère insister sur les opportunités immédiates : *"À 205 lbs, il a encore Carlos Ulberg (8-1, 7 KO), Jiri Prochazka (un ancien champion), ou même un trilogy contre Jamahal Hill. Des combats qui font sens, qui vendent, et qui ne mettent pas sa santé en danger."* Une position qui arrange aussi l’UFC : ces affrontements sont moins risqués et tout aussi lucratifs.

Les lourds : un monde où la physique dicte la loi

Pour comprendre les réticences de White, il suffit de comparer les gabarits. Chez les mi-lourds, Pereira (1,93 m pour 93 kg en combat) est déjà un grand gabarit. Mais chez les lourds, il se retrouverait face à des athlètes comme :

  • Tom Aspinall (1,96 m, 115 kg) – 80% de victoires par KO,
  • Ciryl Gane (1,93 m, 110 kg) – champion intérimaire en 2021,
  • Sergei Pavlovich (1,93 m, 115 kg) – #5 mondial, 18 KO en 19 victoires,
  • Jon Jones (1,93 m, 110 kg en combat) – invaincu chez les lourds (3-0), avec des victoires contre Stipe Miocic et Ciryl Gane.

*"La différence, c’est comme si tu passais de la Formule 1 à un camion de course"*, image un analyste de ESPN MMA. *"En mi-lourds, Pereira peut compter sur sa vitesse et sa précision. Chez les lourds, un seul coup peut tout changer. Et à 36 ans, son menton n’est plus celui d’un jeune de 25 ans."*

Pereira le reconnaît lui-même : *"En kickboxing, j’ai pris des coups de mecs plus lourds, mais en MMA, c’est différent. Ici, un uppercut ou un crochet peut te mettre K.O. pour de bon."* Une lucidité rare, qui contraste avec son ambition dévorante.

Jones vs. Pereira : un combat qui dépasse le sport

Si ce projet de montée chez les lourds fascine autant, c’est aussi à cause de la dimension symbolique qu’il revêt. Après sa victoire contre Ankalaev, Pereira a rendu hommage à Arthur Jones, frère de Jon décédé tragiquement en 2023. Un geste qui n’a pas échappé à "Bones", lequel a réagi sur les réseaux sociaux : *"Respect pour l’hommage. Maintenant, si tu veux vraiment m’affronter, viens chez les lourds. Sinon, reste dans ta catégorie."*

Un défi lancé en public, difficile à ignorer. D’autant que Jones, invaincu chez les lourds (3-0), cherche lui aussi à consolider son héritage. Une victoire contre Pereira lui permettrait d’ajouter une nouvelle ligne à son palmarès déjà légendaire : celle d’avoir dominé un double champion en activité.

*"Ce combat, c’est l’affrontement entre le roi actuel (Jones) et le prétendant qui veut tout prendre (Pereira)"*, analyse Chael Sonnen. *"Mais attention, Jon a déjà prouvé qu’il savait gérer les frappeurs. Pereira, lui, n’a jamais affronté un lourd de ce calibre. C’est comme si on mettait un lion face à un éléphant – le lion peut gagner, mais un coup de trompe et c’est fini."*

Le scénario le plus probable : un compromis à haut risque

Face à l’insistance de Pereira, Dana White pourrait accepter un combat test contre un top 10 des lourds, comme Sergei Pavlovich ou Jailton Almeida. *"S’il veut absolument tenter le coup, je ne peux pas l’en empêcher"*, a concédé White, avant d’ajouter : *"Mais je lui dois la vérité : c’est un risque énorme. Un KO et sa carrière est finie. À 36 ans, est-ce que ça vaut le coup ?"*

Une question qui résume tout l’enjeu. Pereira a encore 2 à 3 ans au plus haut niveau. Les consacrer à défendre son titre chez les mi-lourds (avec des combats contre Ulberg ou Prochazka) lui assurerait une fin de carrière stable et rentable. Tenter l’aventure chez les lourds, en revanche, pourrait soit le propulser dans la légende, soit précipiter son déclin.

*"Si je perds, je retourne à 205 lbs"*, a déclaré Pereira. Une phrase qui fait sourire les observateurs. *"Une défaite contre un lourd, surtout par KO, et il ne sera plus le même"*, prédit un médecin du sport contacté par Bloody Elbow. *"Les commotions, les dégâts cumulés… À son âge, c’est un pari dangereux."*


Reste une dernière variable : l’UFC 321 (30 novembre 2024), où Tom Aspinall affronte Ciryl Gane pour le titre intérimaire des lourds. Le vainqueur pourrait bien devenir le prochain adversaire de Jones, réduisant encore la fenêtre d’opportunité pour Pereira. *"S’il veut Jones, il doit agir vite"*, résume White. *"Mais est-ce que la précipitation est une bonne idée ? Je ne suis pas sûr."*

Derrière les projecteurs : l’ombre d’Arthur Jones et le poids des attentes

Ce que peu de gens savent, c’est que l’hommage de Pereira à Arthur Jones n’était pas qu’un geste de fair-play. Les deux hommes s’étaient rencontrés à plusieurs reprises lors d’événements UFC, et Pereira avait été marqué par la gentillesse du frère de Jon. *"Il m’a toujours soutenu, même quand j’étais en bas de l’affiche"*, confiait-il en 2023. Quand Arthur est décédé d’une crise cardiaque à 39 ans, Pereira a promis de *"combattre pour lui"*.

Une promesse qui prend tout son sens aujourd’hui. Affronter Jon Jones, ce serait aussi, d’une certaine manière, honneur la mémoire d’Arthur. *"Je sais que ça peut paraître bizarre, mais je sens que c’est quelque chose que je dois faire"*, avoue Pereira. Une dimension personnelle qui ajoute une pression supplémentaire sur ses épaules.

Pourtant, même ses proches s’inquiètent. *"Alex a déjà tout accompli : double champion, légendes du kickboxing, victoires contre Adesanya et Ankalaev"*, souligne son manager. *"Pourquoi risquer ça ? Pour l’argent ? La gloire ? Il n’a plus rien à prouver."* Mais Pereira, lui, semble obéir à une logique différente. *"Parfois, ce n’est pas une question de raison. C’est une question de destin."*

Le destin d’Alex Pereira se joue sur un fil. D’un côté, une carrière déjà exceptionnelle à 205 lbs, avec des combats lucratifs et un héritage à défendre. De l’autre, l’appel des lourds, une division où un seul coup peut tout changer, mais où l’attendent aussi la gloire éternelle et un choc contre Jon Jones. Dana White a joué son rôle de protecteur, mettant en garde contre les risques. Maintenant, la balle est dans le camp de Pereira. Un combat test contre Sergei Pavlovich ? Une montée directe vers Jones ? Ou un retour aux affaires chez les mi-lourds ? Une chose est sûre : sa décision aura des répercussions bien au-delà de l’octogone. Car dans ce sport, comme dans la vie, les plus grands rêves s’accompagnent souvent des plus grands dangers. Et parfois, la légende se paie au prix fort.

Article rédigé par SkimAI Révisé et complété par Nakmen

Les autres en parlent

Sur le même sujet