"On se moque de nous" : quand la balance devient une arme contre les combattants sérieux
UFC 320, décembre 2023. Yana Santos vient de dominer Macy Chiasson sur décision unanime (30-27, 30-27, 29-28), mais la victoire a un goût amer. La raison ? Sa rivale est montée sur la balance à 138,5 lbs – soit 2,5 lbs au-dessus de la limite des poids coqs (136 lbs). Malgré une amende de 25 % sur sa bourse de base (entre 3 000 et 6 000 $ selon les estimations), Chiasson a empoché son win bonus (jusqu’à 18 000 $ supplémentaires) et ses primes de performance. *"Elle a gagné plus d’argent en trichant qu’en respectant les règles. Où est la logique ?"*, s’insurge Santos en conférence de presse, les yeux brillants de colère.
Ce n’est pas un cas isolé. Selon les données compilées par MMA Fighting, 12,3 % des combats UFC en 2023 ont été affectés par des problèmes de poids – un record depuis 5 ans. Pire : 40 % des pesées ratées concernaient des combats principaux ou co-main events, là où les enjeux financiers sont les plus élevés. *"Presque toutes mes adversaires ont dépassé la limite. Personne ne me demande si j’accepte de combattre dans ces conditions. Personne ne s’excuse. On nous traite comme de la viande à spectacle"*, confie Santos, dont la carrière a été marquée par 3 combats sur 5 contre des adversaires en surpoids.
Le problème ? Un système de sanctions obsolète. Aujourd’hui, l’UFC applique :
- Une amende de 20 à 30 % de la bourse de base (sans toucher aux bonus)
- Aucune déduction de point, même pour des dépassements répétés
- Aucune suspension automatique (sauf en cas de +5 lbs en combat pour le titre)
Le modèle ONE Championship : et si la solution venait d’Asie ?
Face à ce qu’elle qualifie de *"farce organisée"*, Yana Santos propose un plan en 3 étapes inspiré des organisations les plus strictes :
- 50 % d’amende sur la bourse totale (base + bonus) dès le premier gramme dépassé. *"En ONE Championship, ils vont jusqu’à 100 % pour les récidivistes. Ça fait réfléchir"*, souligne-t-elle.
- Déduction d’1 point avant le combat, comme en boxe amateur. *"Si tu montes en surpoids, tu commences déjà perdant. C’est juste."*
- Suspension progressive : 1 combat pour +2 lbs, 6 mois pour +5 lbs. *"Au KSW, 3 pesées ratées = exclusion temporaire. Pourquoi l’UFC ne fait pas pareil ?"*
Les chiffres donnent raison à sa colère :
- En ONE Championship (2023) : seulement 4 % de pesées ratées contre 12 % en UFC
- En Bellator : amendes jusqu’à 50 % + suspension → 7 % de dépassements
- En Invicta FC : 40 % de pénalité sur le total → 5 % de cas problématiques
L’argument économique est au cœur du débat. Aujourd’hui, un combattant comme Chiasson peut :
- Payer 6 000 $ d’amende sur une bourse de base de 24 000 $
- Gagner 18 000 $ de win bonus + 50 000 $ de prime de performance
- Terminer avec 82 000 $ malgré son manquement
"Ils nous prennent pour des idiots" : le ras-le-bol des combattants
Santos n’est pas seule dans son combat. Une pétition lancée par Jeff Novitzky (vice-président de l’UFC pour la santé des athlètes) et signée par 120 combattants demande :
- Des amendes calculées sur le revenu total (bourse + sponsors)
- Une déduction de point systématique pour les dépassements > 1 lb
- Un fonds de compensation pour les adversaires lésés
Le cas de Macy Chiasson est emblématique. Après sa pesée ratée à l’UFC 320 :
- Elle a refusé de continuer sa coupe, préférant se réhydrater
- Elle a gagné le combat malgré un niveau d’énergie visiblement supérieur
- Elle a conservé tous ses bonus (estimés à 30 000 $)
L’opinion des fans est sans appel : selon un sondage MMA Junkie (janvier 2024) :
- 68 % veulent des sanctions plus dures
- 72 % soutiennent la déduction de point
- 58 % pensent que l’UFC protège ses stars
Derrière les chiffres : le drame humain des coupes de poids extrêmes
Au-delà des débats réglementaires, Santos veut attirer l’attention sur l’impact physique de ces pratiques. *"Quand une adversaire rate son poids, ça veut dire qu’elle a échoué dans sa coupe... ou qu’elle a triché. Dans les deux cas, c’est dangereux."*
Les chiffres font froid dans le dos :
- 37 % des combattants en UFC avouent avoir utilisé des diurétiques interdits (étude Journal of Sports Sciences, 2023)
- 1 combat sur 5 voit un athlète hospitalisé pour déshydratation sévère après la pesée
- En 2022, 4 décès en MMA amateur liés à des coupes de poids extrêmes (rapport Association of Ringside Physicians)
Son combat n’est pas que réglementaire – c’est une question de survie. *"Je veux que mes filles, si elles font du MMA un jour, ne subissent pas ça. Aujourd’hui, le message envoyé est clair : triche si tu veux gagner. Ça, je ne peux pas l’accepter."*
La balle est maintenant dans le camp de Dana White. Lors d’une conférence de presse en février 2024, le président de l’UFC a déclaré : *"On regarde les propositions, mais changer les règles, c’est compliqué."* Une réponse qui n’a pas convaincu Santos : *"Compliqué ? Non, c’est un choix. Ils choisissent l’argent plutôt que l’intégrité. Un jour, il y aura un drame, et là ils regretteront de ne pas avoir agi."*
Et si la solution venait... du judo ?
Dans une interview exclusive pour Combate, Santos a révélé s’inspirer d’un modèle inattendu : le judo olympique. *"Là-bas, si tu rates ton poids, tu es automatiquement disqualifié. Pas d’amende, pas de négociation – c’est fini. Simple, efficace."*
Comparaison des systèmes :
Son argument le plus percutant ? L’équité. *"Quand deux boxeurs montent sur le ring, ils savent qu’ils ont les mêmes chances. En UFC, si ton adversaire pèse 10 lbs de plus le jour du combat, tu pars avec un handicap énorme. Ce n’est plus du sport, c’est de la loterie."*
Pour elle, la réforme doit passer par :
- Une pesée officielle 24h avant le combat (en plus de la pesée traditionnelle)
- Un contrôle hydrique obligatoire (comme en boxe pro)
- Une transparence totale sur les poids réels le jour J
Le vrai test viendra aux prochains UFC 325 et UFC 326, où pas moins de 5 combats impliquent des athlètes ayant déjà raté leur poids par le passé. Si Dana White et la Commission Athlétique du Nevada ne bougent pas, le risque est grand de voir se multiplier les cas comme celui de Macy Chiasson – où tricher paie, littéralement. *"Je continuerai à me battre, sur le ring et en dehors. Parce que si je ne le fais pas, qui le fera ?"*, conclut Santos, déterminée.
Une chose est sûre : avec 68 % des fans derrière elle et des exemples concrets comme ONE Championship ou le judo pour appuyer ses arguments, la Brésilienne a déjà gagné une bataille cruciale – celle de l’opinion publique. Reste à savoir si l’UFC, machine à cash avant tout, saura entendre la voix de ceux qui veulent faire de ce sport plus qu’un simple divertissement.

