Le 1er juin 2024 restera gravé comme une nouvelle démonstration de force de Valentina Shevchenko. À l’UFC 322, la championne des poids mouches a offert une classe de maître contre Weili Zhang, ancienne reine des pailles, dans un combat en cinq rounds où chaque mouvement semblait calculé au millimètre. Mais au-delà de cette 15ème victoire en 16 combats chez les 125 livres, c’est l’avenir de "Bullet" qui fait vibrer la planète MMA : un retour chez les poids coqs se profile-t-il à l’horizon ?
UFC 322 : quand la précision rencontre la domination
Face à une Zhang redoutée pour sa puissance explosive, Shevchenko a imposé un rythme méthodique, alternant entre frappes chirurgicales et contrôles au sol. "Je savais qu’elle était dangereuse à chaque instant, mais j’avais préparé chaque scénario", a-t-elle confié en conférence de presse. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 120 frappes significatives contre 45 pour Zhang, et un taux de précision de 58% – des statistiques qui soulignent l’écart technique entre les deux combattantes.
Ce qui frappe, c’est la facilité apparente avec laquelle Shevchenko a neutralisé les atouts de Zhang. Là où d’autres se seraient laissées surprendre par les spinning backfists de la Chinoise, la Kirghize a anticipé chaque attaque, répondant par des contre-pieds dévastateurs. "C’était comme jouer aux échecs avec un adversaire qui voit trois coups d’avance", a commenté l’analyste Daniel Cormier sur ESPN.
Pourtant, derrière cette performance clinique se cache une stratégie bien plus ambitieuse. Comme elle l’a révélé à MMA Junkie : "Ce combat était aussi un test pour mon corps. Je voulais voir comment je réagissais à un rythme soutenu sur cinq rounds, en vue d’un éventuel retour à 135 livres." Une confidence qui en dit long sur ses ambitions futures.
135 livres : le défi qui fait trembler la division
Le nom de Kayla Harrison est sur toutes les lèvres. Invaincue (16-0), double championne olympique de judo, l’Américaine incarne le plus gros défi technique que Shevchenko pourrait relever. "Son grappling est monstrueux, mais mon striking pourrait faire la différence", analyse la Kirghize. Un affrontement entre ces deux légendes vivantes promettrait un choc de styles inédit : la précision chirurgicale de Shevchenko contre la puissance brute et le ground game de Harrison.
Mais il y a aussi l’inachevé : Amanda Nunes. Leur rivalité (1-1) est l’une des plus intenses de l’histoire du MMA féminin. "Les fans méritent cette trilogie. Moi aussi, d’ailleurs", a admis Shevchenko avec un sourire en coin. Pourtant, l’incertitude plane : Nunes, absente depuis sa défaite face à Pena en 2022, n’a toujours pas confirmé son retour. "Si elle revient en forme, ce serait le combat parfait pour clore ce chapitre", confie un proche de la championne.
Derrière ces deux options se cache une question plus large : Shevchenko peut-elle dominer deux divisions simultanément, comme l’a fait Nunes avant elle ? "Physiquement, c’est possible. Mentalement, c’est un autre défi", explique son entraîneur Pavel Fedotov. Car à 36 ans, la gestion du poids et de la récupération devient cruciale. "Je ne veux pas juste monter de catégorie. Je veux y régner", a-t-elle martelé.
"Derrière les projecteurs" : ce que personne ne voit
Peu savent que Shevchenko a passé les trois dernières semaines avant l’UFC 322 à s’entraîner avec des partenaires 10 à 15 livres plus lourds qu’elle. "Je voulais recréer la pression physique des poids coqs", explique-t-elle. Un détail qui révèle sa préparation méticuleuse – et son obsession pour les défis.
Autre anecdote révélatrice : lors des pesées, elle a refusé de boire une seule goutte d’eau pendant 12 heures, non par nécessité, mais pour "tester sa discipline mentale". "Si je peux le faire à 125, je peux le faire à 135", a-t-elle lancé à son équipe, sous les rires incrédules.
Mais le plus surprenant vient peut-être de sa réaction après le combat. Alors que la plupart des athlètes s’effondrent de fatigue, Shevchenko a regardé la vidéo du combat en entier… dans les vestiaires. "Je cherchais les failles. Même dans une victoire, il y a toujours quelque chose à améliorer", confie-t-elle. Une mentalité qui explique pourquoi, à près de 40 combats professionnels, elle reste aussi affamée qu’une débutante.
L’équation impossible : héritage vs. nouveaux défis
Rester chez les poids mouches pour battre le record de défenses de titre (elle en est à 8, à une longueur de Demetrious Johnson) ou sauter chez les coqs pour devenir double championne ? Le dilemme est cornélien. "Valentina a déjà assuré sa place parmi les GOATs [Greatest Of All Time]. Maintenant, il s’agit de savoir quelle légende elle veut laisser", analyse le journaliste Ariel Helwani.
Les arguments pour rester à 125 livres sont solides :
- Une division qu’elle domine sans rival sérieux (ses deux dernières adversaires, Zhang et Chookagian, ont été écrasées)
- La possibilité de former la prochaine génération de combattantes via son académie au Kirghizistan
- Un corps moins sollicité par les coupes de poids extrêmes
Mais les sirènes des 135 livres sont tout aussi puissantes :
- Un niveau de compétition plus élevé, avec des noms comme Harrison, Nunes ou Penã
- La chance de devenir la première femme à détenir deux ceintures simultanément depuis Nunes
- Des combats plus lucratifs (les poids coqs attirent traditionnellement plus de PPV)
Shevchenko, elle, reste évasive : "Je prends les décisions avec mon cœur et mon corps, pas avec les réseaux sociaux." Pourtant, une source proche de l’UFC révèle que Dana White aurait déjà "réservé une date en décembre" pour son prochain combat… sans préciser la catégorie de poids.
Et si le vrai combat était contre le temps ?
À 36 ans, dans un sport où la plupart des athlètes déclinent après 30, Shevchenko semble défiée par l’âge. "Je me sens plus forte qu’à 25 ans", assure-t-elle, attribuant cela à une hygiène de vie draconienne (pas d’alcool, sommeil strict, méditation quotidienne). Pourtant, les experts notent une légère baisse de vitesse dans ses derniers combats – compensée par une intelligence tactique encore plus aiguisée.
"Elle compense sa perte de vitesse par une lecture du combat inégalée", explique l’ancien champion Henry Cejudo. C’est cette adaptation qui pourrait faire la différence face à des adversaires plus jeunes et explosives comme Harrison.
Alors, trilogie contre Nunes ou choc des titans face à Harrison ? La réponse pourrait venir d’un détail inattendu : Shevchenko a demandé à visionner les combats de Harrison… en poids léger. "Je veux comprendre comment elle gère les adversaires plus grandes", a-t-elle expliqué. Un indice qui pencherait pour un retour imminent chez les coqs.

