Shevchenko, entre préparation et projection : quand une reine envisage l’avenir
À quelques semaines de son combat contre Zhang Weili – un choc qui promet d’électriser l’UFC – Valentina Shevchenko démontre une fois de plus pourquoi elle incarne l’excellence des poids mouches (57 kg). Pourtant, plutôt que de se concentrer uniquement sur son adversaire chinoise, la championne quirguize prend le temps d’analyser l’évolution de sa division. Et dans son collimateur, une nom brille particulièrement : Natália Silva, la Brésilienne invaincue qui monte en puissance comme une traînée de poudre.
Avec sept victoires consécutives à l’UFC, dont des performances aussi dominatrices que spectaculaires, Silva s’impose comme la révélation de l’année. Son palmarès impeccable (10-0-1 en carrière) et son style offensif, où chaque coup semble calculé au millimètre, ont attiré l’attention de Shevchenko. "Elle a quelque chose de spécial", confie la championne, avant d’ajouter : "Son karaté apporte une dimension tactique rare dans le MMA. C’est rafraîchissant de voir une athlète aussi complète émerger."
Mais pourquoi Shevchenko, au sommet depuis des années, s’intéresse-t-elle autant à une combattante en devenir ? La réponse réside peut-être dans sa propre philosophie. Contrairement à d’autres champions qui évitent d’évoquer les menaces potentielles, la Quirguize assume son rôle de mentor autant que de rivale. "Je ne crains pas les défis, bien au contraire", déclare-t-elle. Une approche qui rappelle celle de Anderson Silva en son temps, quand le Spider encourageait les jeunes loups tout en restant intouchable.
"Un style unique" : quand le karaté rencontre le MMA
Ce qui fascine Shevchenko chez Natália Silva, c’est cette capacité à marier la précision chirurgicale du karaté avec l’agressivité du MMA moderne. La Brésilienne, formée dès l’enfance aux arts martiaux traditionnels, a su adapter son jeu pour l’octogone sans perdre en fluidité. Ses spinning back kicks et ses enchaînements de poings, souvent suivis de projections au sol, désorientent ses adversaires.
"Elle ne se contente pas de frapper fort, elle construit ses attaques comme une partie d’échecs", analyse Shevchenko. Une comparaison qui n’est pas anodine : la championne, elle-même ancienne pratiquante de muay-thaï et de boxe, connaît l’importance de la stratégie. Pourtant, elle reconnaît que le karaté de Silva introduit une variable imprévisible. "Dans nos divisions, beaucoup de combattantes ont un style similaire. Elle, elle casse les codes."
Preuve de son potentiel, Silva a dominé des adversaires expérimentées comme Andrea Lee ou Viviane Araújo, toutes deux connues pour leur résistance. Son dernier combat, une victoire par KO contre Miranda Maverick en mai 2024, a marqué les esprits : un high kick suivi d’une volée de coups au sol, le tout en moins de deux minutes. "C’est ce genre de performance qui montre qu’elle est prête pour les grands défis", commente Shevchenko, visiblement impressionnée.
Respect mutuel : quand deux philosophies martiales se rencontrent
Ce qui frappe dans les déclarations de Shevchenko, c’est l’absence de mépris ou de sous-estimation. Bien au contraire, la championne insiste sur le respect qu’elle porte à Silva, malgré la possibilité d’un futur affrontement. "Les arts martiaux, c’est bien plus que gagner ou perdre. C’est une question de croissance, d’humanité", rappelle-t-elle, évoquant les valeurs qui l’ont guidée depuis ses débuts au Kirghizistan.
Cette philosophie transparaît dans son approche des médias. Là où d’autres champions évitent de mentionner leurs rivaux par crainte de leur donner de la visibilité, Shevchenko, elle, n’hésite pas à mettre en lumière le talent de Silva. Un geste qui n’est pas passé inaperçu : la Brésilienne a réagi sur les réseaux sociaux en remerciant la championne pour ses "mots inspirants".
Pourtant, derrière cette courtoisie se cache une réalité implacable : si les deux femmes en viennent à s’affronter, ce sera pour le titre. Shevchenko, bien que dominante, n’est pas éternelle. À 36 ans, elle sait que chaque combat pourrait être le dernier. "Je ne pense pas à la retraite, mais je sais que des combattantes comme Natália représentent l’avenir. Et ça, c’est excitant."
Un duel qui pourrait redéfinir les poids mouches
Imaginons un instant ce combat : Valentina Shevchenko, la reine technique aux contre-attaques mortelles, face à Natália Silva, l’ouragan brésilien qui avance sans cesse. D’un côté, l’expérience et la science du combat ; de l’autre, la jeunesse et l’audace. Les bookmakers auraient du mal à trancher, et les fans du MMA en saliveraient d’avance.
Pour l’instant, Silva doit encore gravir les échelons. Une victoire contre une top 5 (comme Manon Fiorot ou Alexa Grasso) serait nécessaire pour prétendre à un titre. Mais Shevchenko, toujours en avance d’une longueur, anticipe déjà : "Si elle continue comme ça, ce sera inévitable. Et ce jour-là, ce sera un honneur de partager l’octogone avec elle."
En attendant, la championne a un autre défi à relever : Zhang Weili, une adversaire tout aussi redoutable, mais aux antipodes du style de Silva. Ironie du sort, c’est peut-être en battant la Chinoise que Shevchenko ouvrira la voie à un futur affrontement contre la Brésilienne. Une chose est sûre : dans l’univers des poids mouches, l’ère Shevchenko n’est pas encore terminée, mais la relève, elle, se prépare déjà dans l’ombre.
Derrière les projecteurs : le rôle méconnu de Shevchenko dans la croissance du MMA féminin
Peu de gens le savent, mais Valentina Shevchenko joue un rôle clé dans le développement des jeunes talents, notamment au sein de sa propre équipe, les Tiger Muay Thai en Thaïlande. Elle organise régulièrement des stages où elle partage son expérience avec des combattantes en devenir, dont certaines, comme Silva, pourraient bien devenir ses futures rivales.
"Je me souviens de mes débuts, quand personne ne croyait en moi", confie-t-elle. "Aujourd’hui, j’ai la chance d’aider celles qui rêvent de monter sur les plus grandes scènes. Et si demain l’une d’elles me prend ma ceinture ? Tant mieux. Ça voudra dire que j’ai contribué à élever le niveau." Une vision qui contraste avec l’image souvent égoïste des champions, et qui explique pourquoi des athlètes comme Silva la voient comme une figure inspirante, bien au-delà du simple statut d’adversaire.

