Le choix de Michael Jackson : quand un combattant règle ses comptes avec l'UFC
Samedi dernier, à l'O2 Arena de Londres, Michael "Venom" Page a fait une entrée remarquée – et calculée. Sur les notes de They Don't Care About Us, le Britannique a envoyé un message clair à l'UFC, et plus particulièrement à Dana White. Ce dernier, visiblement mal à l'aise, aurait quitté les lieux avant même la fin du combat. Le choix du morceau, loin d'être anodin, résumait à lui seul l'état d'esprit d'une partie des combattants de l'organisation : un sentiment de mépris et d'injustice.
Page, recruté en 2024 après une carrière remarquée au Bellator, n'a pas mâché ses mots. "J’ai offert des combats spectaculaires, j’ai fait parler de moi, et pourtant, je me sens méprisé", a-t-il déclaré. Son indignation a été renforcée par la signature de Conor Benn chez Zuffa Boxing, une nouvelle entité lancée par TKO, la maison-mère de l'UFC, en partenariat avec l'Arabie saoudite. Pour 15 millions de dollars, Benn, un boxeur loin d'être au sommet de sa discipline, a obtenu un contrat que beaucoup de combattants de l'UFC, même parmi les meilleurs, ne verront jamais. "La façon dont il valorise les gens en dehors du sport qui a bâti sa réputation, c'est dérangeant", a lancé Page, avant d'ajouter : "Moi, je déteste entendre parler de combattants qui atteignent le sommet de leur carrière à l'UFC et qui sont quand même fauchés."
Ce n'est pas la première fois qu'un combattant exprime publiquement sa frustration, mais le timing et la notoriété de Page ont donné à ses propos un écho particulier. D'autant que d'autres stars, comme Sean O'Malley, ont emboîté le pas. "Je ne sais même pas qui est Conor Benn. C’est dingue de voir tout le travail qu’on fournit pour se forger une réputation… et ne pas gagner 15 millions de dollars", a ironisé l'Américain, tout en reconnaissant la stratégie de Zuffa.
Des millions engrangés, des salaires gelés : le modèle économique de l'UFC sous le feu des critiques
L'UFC n'a jamais été aussi riche. Avec un contrat de diffusion signé avec Paramount pour 1,1 milliard de dollars par an sur sept ans, l'organisation dispose de ressources financières colossales. Pourtant, ces revenus faramineux ne semblent pas profiter aux combattants. Selon les estimations, seulement 15 % des recettes sont reversées aux athlètes, un pourcentage bien inférieur à celui des autres grandes ligues sportives américaines, comme la NFL ou la NBA.
Frankie Edgar, ancien champion des poids légers, a résumé la situation avec amertume : "J'emmerde ces bonus, personne n'est payé plus. Si l'on compare à toutes les autres organisations sportives majeures, l'UFC est celle qui paye le plus mal." Les combattants pointent du doigt un système où les salaires de base restent bas, et où les bonus, souvent aléatoires, ne suffisent pas à compenser les inégalités. Même les champions, comme Aljamain Sterling ou Alexander Volkanovski, se plaignent de ne pas être rémunérés à leur juste valeur.
Le problème est structurel. Les contrats de l'UFC, souvent signés pour plusieurs années, incluent des clauses restrictives qui empêchent les combattants de négocier collectivement. Résultat : une absence totale de pouvoir de négociation pour les athlètes, qui se retrouvent pieds et poings liés face à une organisation en position de monopole. "C'est de la prédation", a dénoncé Sterling, qui a également critiqué le matchmaking, jugé incohérent et défavorable aux combattants les plus populaires.
MVP et Netflix : un nouveau venu qui pourrait bousculer l'ordre établi
Dans ce contexte de grogne généralisée, un nouvel acteur a fait son apparition : MVP, la promotion de Jake Paul, qui organisera sa première soirée de MMA le 16 mai prochain, diffusée en mondovision sur Netflix. Au programme, des noms prestigieux comme Mike Perry, Nate Diaz, ou encore Muhammad Mokaev, un prospect russo-britannique en pleine ascension. Mais c'est surtout la présence de Francis Ngannou et Ronda Rousey, deux anciens champions de l'UFC, qui a attiré l'attention.
Lors de la conférence de presse de présentation, Rousey n'a pas hésité à tacler son ancien employeur : "L'UFC est devenu l'un des pires endroits où signer." Ngannou, qui a réussi à quitter l'UFC pour négocier un contrat plus avantageux, a quant à lui tendu la main à Jon Jones, le "GOAT" (Greatest Of All Time) du MMA, en regrettant que ce dernier ne soit pas reconnu à sa juste valeur. "MVP veut souffler sur les braises de la colère actuelle", analyse un observateur du milieu. "Leur stratégie est claire : attirer les combattants mécontents et offrir une alternative crédible à l'UFC."
Pourtant, malgré le potentiel de MVP, les experts restent sceptiques. "Netflix a les moyens, mais rivaliser avec l'UFC, c'est une autre paire de manches", explique Matt Brown, ancien combattant de l'UFC. "L'UFC a un monopole quasi-total sur le marché. MVP peut attirer quelques noms, mais ils n'ont pas la capacité de concurrencer l'organisation phare sur le long terme."
Le matchmaking en question : quand l'UFC sacrifie la qualité au profit du spectacle
Outre les salaires, le matchmaking est l'autre grand sujet de mécontentement parmi les combattants. Alexander Volkanovski, champion des poids plumes, a récemment exprimé sa frustration face à la planification de ses combats. Alors qu'une rumeur lui promet un duel contre Jean Silva, le 6ᵉ prétendant de sa division, l'Australien a réagi avec colère : "Combien de fois vais-je devoir continuer à ne pas affronter le challenger n°1 ? Je vais finir par me demander : 'Mais qu'est-ce que je fous là ?'"
Aljamain Sterling, ancien champion des poids coqs, a lui aussi critiqué la qualité des cartes proposées par l'UFC. "On ne voit jamais les meilleurs athlètes s'affronter. C'est comme si l'organisation préférait éviter les combats qui pourraient faire mal", a-t-il déclaré. Pour Sterling, cette stratégie s'explique par des raisons financières : l'UFC privilégierait les combats "bankables", même si cela signifie sacrifier la crédibilité sportive.
Jon Jones, considéré par beaucoup comme le meilleur combattant de l'histoire de l'UFC, a également exprimé son mécontentement. Vexé de ne pas apparaître sur une affiche récente, il a réagi avec virulence à une déclaration de Dana White, qui avait affirmé ne "jamais avoir envisagé" sa présence. "Si l'UFC pense vraiment que c'est fini pour moi, alors je demande respectueusement à être libéré de mon contrat dès aujourd'hui", a lancé "Bones", laissant planer la menace d'un départ vers une autre organisation.
L'UFC, un monopole intouchable ? Les limites juridiques et politiques d'une révolution
Malgré les critiques et les tensions, l'UFC reste intouchable. Son monopole sur le marché du MMA, renforcé par des contrats restrictifs et des appuis politiques, lui permet de résister à toute tentative de concurrence. En 2024, un accord à l'amiable a mis fin aux poursuites antitrust engagées par d'anciens combattants, permettant à l'UFC de s'en sortir sans dommages majeurs. "Les contrats signés par les combattants les empêchent de négocier collectivement, ce qui maintient le statu quo", explique un juriste spécialisé dans le sport.
Les appuis politiques de l'UFC sont également un atout majeur. En témoigne le récent vote de la Chambre des représentants américaine, qui a modifié la Professional Boxing Safety Act pour permettre à Zuffa Boxing de copier le modèle de l'UFC dans le noble art. Une décision qui montre que, loin de subir des pressions, l'UFC et sa maison-mère TKO bénéficient d'un environnement législatif favorable.
Pour Matt Brown, la révolution dans l'octogone n'est pas pour demain. "L'UFC sait qu'elle n'a pas de concurrente de taille. MVP et Netflix ont du potentiel, mais ils ne feront pas le poids face à une organisation qui domine le marché depuis des années. La seule façon de faire bouger les choses, ce serait un procès antitrust qui aboutirait à une injonction. Et ça, c'est peu probable."
En attendant, l'UFC continue de signer des contrats avantageux pour ses stars, comme Alex Pereira, qui a récemment prolongé son engagement. "L'UFC prend soin de moi", a déclaré le Brésilien, tout en reconnaissant que son nouveau contrat, qui prévoit huit combats, l'empêchera de quitter l'organisation avant longtemps. Une situation qui résume à elle seule le pouvoir de l'UFC : même les combattants les plus critiques finissent par plier, faute d'alternative.
L'UFC traverse une période de turbulences inédites, avec des combattants de plus en plus nombreux à dénoncer ses pratiques. Pourtant, malgré les critiques et l'émergence de nouveaux acteurs comme MVP, l'organisation reste solidement ancrée à la tête du MMA mondial. Son monopole, ses appuis politiques et ses contrats restrictifs lui permettent de résister à toute tentative de remise en question.
Pour les combattants, la situation reste donc inchangée : soit ils acceptent les règles du jeu imposées par l'UFC, soit ils risquent de se retrouver sans plateforme pour exercer leur sport. Dans ce contexte, la révolution tant attendue semble encore lointaine, et l'UFC peut continuer à dormir sur ses deux oreilles.
Reste à savoir si MVP et Netflix parviendront à ébranler ce statu quo. Une chose est sûre : pour la première fois depuis des années, l'UFC a des raisons de s'inquiéter.

