Quand les stars de l'UFC montent au créneau : Jones et Rousey en première ligne
La question des salaires dans l'UFC n'est pas nouvelle, mais elle a pris une tournure particulièrement médiatique ces derniers mois. Jon Jones, double champion des poids mi-lourds et lourds, a publiquement exprimé sa frustration après avoir reçu une offre de 15 millions de dollars pour un combat contre Tom Aspinall à la Maison-Blanche – une somme qu'il jugeait insultante au regard de ses 15 défenses de titre et de son statut de "meilleur combattant de l'histoire de l'UFC". De son côté, Ronda Rousey, ancienne reine des poids coqs féminins, a révélé avoir proposé à l'UFC un combat contre Gina Carano, avant de signer avec Most Valuable Promotions (MVP), la structure de Jake Paul, pour un retour diffusé sur Netflix.
Ces deux cas illustrent une tendance inquiétante pour l'UFC : ses plus grandes stars remettent en cause le modèle économique de la promotion. Pourtant, selon Matt Brown, vétéran de l'octogone et analyste régulier du podcast The Fighter vs. The Writer, ces tensions ne menacent pas la domination de l'UFC. "Non, nous ne sommes pas à un point de rupture", a-t-il déclaré. "L'UFC reste le mastodonte du MMA. La plupart des gens ne savent même pas qui sont les meilleurs combattants. Ils regardent ce que l'UFC leur propose et ils croient que c'est le top."
L'UFC, un géant aux pieds d'argile ? Les chiffres qui rassurent (et inquiètent)
Avec 325 millions d'abonnés à travers le monde, Netflix représente une menace potentielle pour l'UFC, surtout après l'annonce du combat Rousey vs. Carano, prévu pour 2026. Ce seul événement pourrait surpasser en audience les cartes phares de l'UFC, y compris celle organisée à la Maison-Blanche. Pourtant, Brown reste sceptique quant à la capacité des concurrents à ébranler l'hégémonie de la promotion. "Netflix peut investir des millions, mais l'UFC est un monstre. Ce n'est pas en organisant quelques combats avec des noms connus que l'on va détourner les fans du MMA. Quand l'UFC dit 'voici les meilleurs', les gens les croient."
Les chiffres donnent raison à Brown. En 2023, l'UFC a généré 1,1 milliard de dollars de revenus, un record pour la promotion. Son partenariat avec ESPN (1,5 milliard de dollars sur cinq ans) et son rachat par TKO Group Holdings (pour 4 milliards de dollars en 2023) ont encore renforcé sa position dominante. Même des événements comme UFC London, où Nate Diaz a finalement signé avec MVP pour plus de 10 millions de dollars, n'ont pas ébranlé la machine. Dana White, président de l'UFC, a reconnu avoir discuté avec Diaz, mais sans parvenir à un accord. "Il a reçu une offre qu'il ne pouvait pas refuser", a-t-il admis, une phrase qui résume à elle seule le pouvoir de négociation des combattants stars.
Pourtant, cette apparente invulnérabilité cache une réalité plus nuancée. Les contrats exclusifs de l'UFC, qui lient les combattants pour plusieurs années, sont de plus en plus critiqués. En 2020, une class action menée par Khabib Nurmagomedov et d'autres combattants a tenté de remettre en cause ces clauses, sans succès. "La seule façon de concurrencer l'UFC, ce serait une réforme juridique qui ouvre le marché", estime Brown. "Sans ça, même avec des millions, personne ne peut rivaliser."
Le syndrome du "trop gros pour échouer" : pourquoi l'UFC ne tremble pas
L'argument principal de Brown repose sur un constat simple : l'UFC a déjà traversé des crises similaires et en est toujours sortie renforcée. "Ils ont fait des combats gadgets avec CM Punk, ils ont lancé le MMA féminin avec Ronda Rousey, ils ont intégré Brock Lesnar… À chaque fois, ça a marché. Aujourd'hui, ils sont trop gros pour échouer. Même si un Nate Diaz part, il y a toujours un Justin Gaethje ou un Paddy Pimblett pour prendre la relève."
Cette stratégie de rotation des stars n'est pas sans risques. En 2016, le départ de Conor McGregor pour un combat de boxe contre Floyd Mayweather avait suscité des craintes. Pourtant, l'UFC a su rebondir, notamment grâce à l'émergence de nouvelles têtes d'affiche comme Israel Adesanya ou Alex Pereira. "Le public a une mémoire courte", analyse Brown. "Jon Jones est une légende, mais aujourd'hui, les fans veulent voir du sang neuf. L'UFC le sait et mise sur ça."
Un autre facteur clé est la fidélisation des fans. Contrairement à des sports comme la boxe, où les promoteurs rivalisent pour attirer les mêmes combattants, l'UFC bénéficie d'une base de supporters fidèles, peu enclins à suivre des alternatives. "Les gens regardent l'UFC parce que c'est l'UFC", résume Brown. "Même si un combat comme Ngannou vs. Jones n'a pas lieu, ils trouveront autre chose à proposer. Et les fans suivront."
Les salaires des combattants : un débat qui dépasse l'UFC
Le cœur du problème reste la rémunération des athlètes. En 2022, une étude du New York Times révélait que les combattants de l'UFC gagnaient en moyenne 33 000 dollars par combat, un chiffre bien inférieur à celui d'autres sports majeurs. Pourtant, les stars comme Jones ou Diaz peuvent négocier des contrats à sept chiffres, voire plus. "C'est une question d'offre et de demande", explique Loretta Hunt, journaliste spécialisée dans le MMA. "L'UFC a le monopole des meilleurs combattants. Tant qu'ils ne seront pas libres de signer où ils veulent, les salaires resteront bas pour la majorité."
La comparaison avec la boxe est souvent évoquée. Dans ce sport, les promoteurs comme Top Rank ou Matchroom se livrent une guerre des enchères pour attirer les meilleurs boxeurs, ce qui fait exploser les salaires. En MMA, l'absence de concurrence réelle permet à l'UFC de garder le contrôle. "C'est un cercle vicieux", poursuit Hunt. "Les combattants n'ont pas d'alternative, donc l'UFC peut se permettre de payer moins. Et comme ils paient moins, les alternatives peinent à émerger."
Pourtant, des signes de changement apparaissent. En 2023, ONE Championship, basé à Singapour, a signé plusieurs anciens champions de l'UFC, comme Demetrious Johnson ou Eddie Alvarez, avec des contrats plus avantageux. Mais ces transferts restent marginaux. "ONE n'a pas les moyens de l'UFC", tempère Brown. "Ils peuvent attirer quelques noms, mais pas assez pour menacer la domination de l'UFC."
Netflix, MVP et les autres : les challengers qui rêvent de détrôner l'UFC
L'arrivée de Netflix dans le MMA marque un tournant. Avec son audience mondiale et ses moyens financiers colossaux, la plateforme pourrait devenir un acteur majeur du sport. Le combat Rousey vs. Carano, diffusé en exclusivité sur Netflix, est un premier test. "Si ça marche, Netflix pourrait investir massivement", estime Kevin Iole, journaliste à Yahoo Sports. "Mais il faudra plus qu'un ou deux événements pour concurrencer l'UFC. Il faut une stratégie sur le long terme."
De son côté, Most Valuable Promotions, la structure de Jake Paul, mise sur des combats hybrides, mélangeant MMA et boxe, pour attirer un public jeune et connecté. Avec des stars comme Mike Tyson ou Amanda Serrano, MVP a réussi à créer un buzz médiatique. Mais là encore, Brown reste dubitatif. "Jake Paul est un bon promoteur, mais il n'a pas les moyens de l'UFC. Et puis, son public est différent. Les fans de MMA veulent voir des combats de MMA, pas des spectacles."
D'autres initiatives, comme PFL (Professional Fighters League), tentent de se démarquer avec un format de tournoi et des primes à la victoire. Mais malgré des investissements importants, la PFL peine à attirer les meilleurs combattants. "Le problème, c'est que l'UFC a verrouillé le marché", explique Ben Fowlkes, éditeur chez MMA Fighting. "Sans accès aux meilleurs athlètes, aucune organisation ne peut rivaliser."
Pourtant, Brown reconnaît que l'UFC n'est pas invincible. "Le jour où un promoteur parviendra à signer 10 des 20 meilleurs combattants du monde, les choses pourraient changer. Mais pour l'instant, c'est de la science-fiction."
La polémique autour des salaires des combattants de l'UFC n'est pas près de s'éteindre. Entre les critiques de Jon Jones, les départs de Ronda Rousey ou Nate Diaz, et l'émergence de concurrents comme Netflix ou MVP, la promotion est sous pression comme jamais. Pourtant, Matt Brown a raison sur un point : l'UFC reste un géant aux pieds d'argile, mais dont les fondations semblent inébranlables.
Le modèle économique de l'UFC repose sur une équation simple : contrôler les meilleurs combattants, fidéliser les fans, et inonder le marché de contenu. Tant que cette équation tiendra, aucune organisation ne pourra la détrôner. Mais si un jour les contrats exclusifs sont remis en cause, ou si un promoteur parvient à attirer suffisamment de stars, le paysage du MMA pourrait changer radicalement.
En attendant, les combattants continueront de se battre pour des salaires plus justes, tandis que l'UFC continuera de régner en maître. Comme le dit Brown : "Nous ne sommes pas à un point de rupture. Mais si l'UFC ne fait pas attention, ce jour pourrait arriver plus vite qu'elle ne le pense."

